L’Exercice de l’Etat

En caricaturant un peu, on pourrait dire qu’une bonne partie du cinéma français s’est un peu perdu ces dernières années dans une overdose de comédies romantiques par et pour des trentenaires urbains et désabusés. Heureusement, des oeuvres singulières comme L’Exercice de l’Etat (de Pierre Schoeller) interpelle notre vie quotidienne et nous propose une nouvelle expérience de cinéma hexagonal.

La vie politique est souvent traitée dans le cinéma américain comme un prétexte à un thriller bien huilé, comportant son lot de scènes d’action et de rebondissements scénaristiques mais proposant finalement bien peu de réflexion sur un sujet aussi important. Imaginez de suivre pendant 2 heures le quotidien d’un ministre des transports, sur le papier, cela n’a rien de vraiment enthousiasmant. Et pourtant, comme la sublime femme qui se fait engloutir par un énorme crocodile (dans une scène d’introduction incroyable), on se fait littéralement happé par cette immersion dans les coulisses du pouvoir, en suivant le parcours de Bertrand Saint-Jean (Olivier Gourmet magistral) et des personnes gravitant autour de lui (casting impeccable dominé par un Michel Blanc émouvant et solennel).

L’Exercice de l’Etat est une réussite ahurissante aussi bien sur le fond que sur la forme. Photographie, montage, cadrage et musique (quasi expérimentale) participent à saisir avec intensité la puissance et l’angoisse du pouvoir qui ronge à sa manière les espoirs et les valeurs de chacun. On le ressent continuellement, dans chaque geste, chaque parole, chaque non-dit. S’il vient à disparaître, tous les moyens sont bons pour le récupérer, plus rien ne compte, ni l’amour ni l’amitié ne peuvent rivaliser avec ce rouleau compresseur.

Evitant tous les clichés démagogiques et populistes dans lequel nombre de films auraient pu s’engouffrer pour donner bonne conscience au spectateur, L’Exercice de l’Etat nous pousse à nous questionner, nous demandant si dans le même cas, nous arriverions à agir différemment, à ne pas nous laisser corrompre par le goût délicieux du pouvoir, à éviter l’inéluctable, une prise de conscience effrayante, d’un cynisme horriblement humain.

(Vu au cinéma La Grenette à Bourg-en-Bresse)

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2 réponses à L’Exercice de l’Etat

  1. laboucheaoreille dit :

    Tout à fait d’accord avec cette excellente critique : c’est un film très fort et très beau.

  2. Merci beaucoup, je m’étais éloigné longtemps du cinéma français qui ne m’intéressait plus guère (mis à part quelques réalisateurs), mais depuis l’année dernière, je prends un grand plaisir à fréquenter de nouveau des productions hexagonales innovantes et détonantes.

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