Nuit du Festival Lumière 2018: Le Seigneur des Anneaux

illustration-nuit-du-festival-lumiere-2018_1-1531220628

Après nous avoir régalé de Nuits anthologiques les années précédentes (tel que La Nuit de la Peur ou La Nuit Alien), l’annonce de la cuvée 2018 du Festival Lumière à Lyon était attendue avec impatience par tous les cinéphiles. Et les organisateurs n’ont pas déçu en nous révélant que ce sera la trilogie (en version longue) de Peter Jackson, Le Seigneur des Anneaux, qui aura la faveur d’être projeté sur l’écran gigantesque de la Halle Tony Garnier le Samedi 20 Octobre de 19h à 8h du matin. Un choix vraiment pertinent tant on sait l’influence monumentale que cette saga épique a eu dans le monde, que ce soit au niveau du public qui se déplaça en masse à chaque volet de la trilogie, de la critique auparavant souvent condescendante avec le cinéma fantastique ou de l’industrie cinématographique (pour le meilleur et pour le pire). Peut-être faut-il revenir en quelques mots sur l’origine du projet car Peter Jackson était alors plutôt connu comme le meilleur réalisateur Gore au monde (même si Créatures Célestes et Fantômes contre Fantômes avaient démontré respectivement son talent pour l’émotion et le grand spectacle), et son idée de transcrire sur grand le roman réputé le plus inadaptable prêtait à sourire chez pas mal de professionnels, qui prédisaient même l’enterrement de New Line, la compagnie qui finançait ce projet titanesque. Mais c’était mal connaître Peter Jackson, ce passionné perfectionniste, qui s’entoura de la meilleure équipe imaginable pour réussir ce pari impossible. Que ce soit le casting, les effets spéciaux, les décors, les costumes ou la musique, tout fut pensé de A à Z pour faire surgir l’imaginaire foisonnant de Tolkien à l’écran de la meilleure façon possible. On connait la suite, tous les spectateurs du monde entier furent sidérés par ce déferlement poétique, épique et fantastique qu’on espérait pas aussi intense et habité, surtout après l’énorme déception causée par la nouvelle trilogie de George Lucas, Star Wars.

C’est donc avec une grande fébrilité que nous nous sommes retrouvés avec des amis ( accompagnés de 2 x 5000 personnes au total, une Nuit précédente ayant été proposé après la vente éclair de tous les tickets pour cette soirée) ce samedi 20 Octobre pour célébrer la saga sur le gigantesque écran de la Halle Tony Garnier à Lyon. La salle étant déjà presque pleine, nous devons nous assoir au 3eme rang, ce qui est vraiment très près pour un écran de cette taille. Nous croisons quelques fans en costume, l’ambiance est vraiment très sympathique, les bénévoles très souriants, nous faisons le plein de bières, de sandwichs et de confiseries avant d’embarquer pour la Terre du Milieu… Alors que pour les éditions précédentes, un maître de cérémonie prestigieux avait inauguré la soirée (Jean-Pierre Jeunet, Alain Chabat ou Alexandre Astier), ce n’était pas hélas le cas cette année. Une personne (qui ne s’est pas nommée mais qu’on imagine être un des organisateurs) est apparue sur scène pour un discours de 10mn dont la moitié était consacrée à lire un texte publicitaire d’Orange (le sponsor de la soirée) sur son smartphone. Si la présence et l’évocation  d’un sponsor n’est évidemment pas problématique en soi, ce moment assez gênant était inapproprié pour une Nuit de cette importance. Peu importe, les lumières s’éteignent, le public hurle de joie lorsque le titre Lord Of The Rings apparaît à l’écran.

 

J’ai une affection toute particulière pour le 1er volet, La Communauté de l’Anneau, sûrement parce que celui-ci est le plus contemplatif, poétique et fantastique de la saga. Si le dantesque prologue nous permet de cerner immédiatement les enjeux et l’importance de l’anneau, le début du film dans la Comté est absolument remarquable de simplicité, d’humour et de bonté. On se laisse porter par cette atmosphère campagnarde puis de liesse à l’approche d’une fête donnée par Bilbo Baggins et la présence débonnaire d’un vieux magicien au regard malicieux, Gandalf le Gris. On n’a qu’une envie, celle de rejoindre immédiatement ce monde si tendre et proche de la nature. Mais bientôt l’aventure se met en place et la noirceur du Mordor va peu à peu s’insinuer dans le récit. Le public fait un tonnerre d’applaudissements à chaque apparition (Legolas et Aragorn remportent la palme du public à ce jeu-là) des principaux protagonistes et on ne peut être qu’émerveillé de redécouvrir ce chef-d’œuvre de la Fantasy sur un écran qui rend honneur à la réalisation impeccable de Peter Jackson. Les basses vrombissent dangereusement lorsque la musique d’Howard Shore illustre avec maestria les attaques des forces de Sauron sur notre petite compagnie, un son tonitruant se propage dans toute la salle portée dès ce 1er film par la beauté épique qui se dégage de cette trilogie. Quelle émotion de redécouvrir la fragilité belliqueuse de Boromir, l’amitié débonnaire qui unit les hobbits, la beauté froide du monde des elfes, le caractère grognon de Gimli sans parler des blocs narratifs époustouflants qui construisent le récit. A titre personnel, c’est celui de la Moria qui reste le plus cher à mon cœur : la découverte de ce lieu époustouflant puis la bataille terrible qui s’en suit avant la course-poursuite hallucinante qui se conclue par la plus incroyable créature jamais vu sur un écran, le Balrog. La fin complétement déprimante de ce 1er volet est contrebalancée par l’espoir jamais anéanti des héros qui feront tout leur possible pour endiguer le mal qui prolifère sur la Terre du Milieu…

Après un entracte de 30mn indispensable pour se dégourdir les jambes et refaire le plein de café, il nous sera proposé un petit making-of promotionnel assez inutile de 5mn visant à vanter les mérites du 2eme volet. Quelle drôle d’idée de nous proposer cet interlude plutôt qu’une bande-annonce décalée qui aurait fait le bonheur des festivaliers comme cela avait été le cas par exemple pour la Nuit de la Science-Fiction. Une bande-annonce du dessin animé de Ralph Bakshi (Le Seigneur des Anneaux, 1978), d’un film de Peter Jackson ou même d’un film d’Heroïc-Fantasy comme Conan le Barbare aurait été plus original à mon goût. Bref, nous embarquons pour Les Deux Tours qui nous plonge directement au cœur de l’action avec la lutte finale entre Gandalf et le Balrog. Revoir cette scène mythique m’a fait frissonner de plaisir tant la puissance épique qui se dégage de cette étourdissante confrontation est colossale. Si La Communauté de l’Anneau possédait un spectre chromatique assez doux, qui allait du vert chatoyant de la comté au blanc spirituel de Fondcombe, Les Deux Tours est un film dont la tonalité graphique principale sera sombre et grisâtre. Nous découvrons alors le monde des Hommes, avec ce qui les caractérise, de l’honneur à la couardise, du sens du devoir à la traîtrise. Dès lors, les principaux protagonistes n’auront de cesse de convaincre et de parlementer afin d’engager les indécis et les indifférents à prendre part à la lutte contre les forces du mal. Et c’est là une grande force morale du film de Peter Jackson que d’accorder autant d’attention au sens des responsabilités de chacun. Que ce soit Aragorn, Frodon ou le peuple des Ents, chaque personnage a le devoir d’embrasser sa destinée, quel qu’en soit le prix. On ne peut, on ne doit pas rester indifférent au sort du monde. Chacun a le devoir de trouver sa place pour aider le monde à aller mieux. Si je ne peux énumérer tous les personnages marquants de cette saga, comment ne pas évoquer la magistrale incarnation du roi Théoden par Bernard Hill ? La trajectoire de cet homme prisonnier d’un infâme sortilège qui devra se libérer de lui-même et de ses peurs pour embrasser l’honneur de ses ancêtres est véritablement bouleversant à plus d’un égard. La bataille finale du gouffre de Helm est un monument de fureur guerrière qui n’a pas perdu une once de sa superbe, on reste tétanisé par la violence des Uruk-Hai, la déflagration des corps qui se fracassent les uns contre les autres ou les charges épiques de chevaux montés par des cavaliers survoltés de rage et de courage, le tout accompagné par la magistrale composition de Howard Shore.

Nous sommes déjà au beau milieu de la nuit, et il nous reste encore Le Retour du Roi, conclusion foudroyante de beauté épique de ce poème cinématographique. Le prologue relatant la transformation de Sméagol en Gollum est un petit bijou qui donne le ton de ce 3eme volet qui, même au sein de luttes gigantesques, prends le temps d’explorer l’émotion ressentie des protagonistes. La montée en puissance des événements est stupéfiante, on est scotché au siège, on vibre avec Aragorn qui embrasse enfin son destin, on souffre avec Frodon qui ploie sous le poids maléfique de l’anneau, on pleure avec Sam qui voit son meilleur ami le rejeter pour s’enfoncer dans les ténèbres avec Gollum; tous les personnages s’envolent vers leur destin, la trilogie atteint enfin son apothéose dans une lutte titanesque, nous vivons une véritable épiphanie. Que ce soit dans les scènes de guerre qui tiennent du jamais-vu (et qui n’ont jamais été dépassé jusqu’à présent) ou les moments d’introspection, Le Retour du Roi transcende son déroulement narratif par une incarnation visuelle d’une puissance et d’une beauté qu’aucun  spectateur n’aurait pu rêver. La salle applaudit à tout rompre à chaque moment de bravoure, et on finit ému aux larmes, comblé par une conclusion qui prends véritablement le temps de quitter comme il se doit tous ces personnages auquel nous nous sommes tant attachés et qui restent aujourd’hui présents en nous. Le tonnerre d’applaudissements qui se déclenche à la fin du film me confirme que nous avons tous  vécu un immense moment de cinéma, une communion qui nous a permis, à nous les amoureux de cette trilogie qui a changé nos vies, de nous retrouver une nouvelle fois propulsé dans l’univers de Tolkien revisité par Peter Jackson. Il ne nous restait plus qu’à nous diriger, hagards, heureux et courbaturés vers le petit déjeuner que le Festival nous offrait généreusement. Vers 7h30, dehors, une horde silencieuse et bienveillante sortit de la Halle Tony Garnier pour emporter avec elle un petit bout de la Terre du Milieu…

Publicités
Publié dans Cinéma, Evenements | Tagué , , , , , , , | Laisser un commentaire

Retrouvailles avec quelques connaissances d’Asie…

61O-aVaz4aL

Nous sommes au tout début des années 90. Le monde du cinéma vient de connaître un tremblement de terre avec un tout petit film indépendant réalisé par un ancien vendeur de vidéo-cassettes et cinéphile boulimique, Quentin Tarentino. Reservoir Dogs ouvre la porte à une décennie cinématographique riche de tous les genres qu’elle abrite: thriller, drame, horreur, science-fiction, comédie… Mais c’est également aux autres pays que les jeunes cinéphiles vont pouvoir s’ouvrir: le Danemark avec Lars Von Trier, l’Angleterre avec Danny Boyle, l’Espagne avec Pedro Almodóvar, le Mexique avec Guillermo del Toro… C’est donc dans ces années-là que je découvre avec un ami dans un petit cinéma de Lons-le-Saunier un film japonais réalisé par un certain Takeshi Kitano, Violent Cop. Quelle claque ! La réalisation est aussi sèche et brutale que la violence des protagonistes, l’humour décalé et la poésie urbaine des situations nous scotchent au siège, bref on vit un très grand moment de cinéma et on découvre un immense réalisateur ! La suite de la filmographie de Takeshi Kitano que je découvre au fur et à mesure sur Canal+ (du temps où cette chaîne avait encore une belle identité culturelle) fait que je tombe totalement amoureux de l’art de ce réalisateur iconoclaste et unique en son genre: A Scene at the Sea, Sonatine, Kids Return, Hana-Bi et L’Eté de Kukijiro sont également des chefs-d’œuvre que je regarde en boucle sur mon magnétoscope, subjugué par la poésie enfantine et violente du réalisateur, magnifiquement accompagnée par les mélodies belles à pleurer de Joe Hisaishi (qu’on retrouve également chez le plus grand réalisateur d’animation au monde, Hayao Miyazaki). C’est donc avec surprise et plaisir que je découvre dans le catalogue de la Bibliothèque Départementale de l’Ain, un petit recueil du réalisateur sobrement intitulé Boy (paru au Japon en 1987 et aux éditions Wombat en 2012). Il faut dire que Takeshi Kitano est un véritable touche-à-tout ! Tout d’abord connu au Japon comme animateur TV complétement déjanté, il cumule également d’autres talents comme la peinture, le jeu d’acteur (inoubliable dans Furyo), la sculpture et la poésie. Je ne peux que fortement conseiller aux fans du réalisateur de lire cet ensemble de trois courtes nouvelles car on y retrouve toute l’émotion contrastée, à la fois rugueuse et profonde, faussement simpliste, qui fait la force et la fragilité de ses films. Que ce soit Tête creuse, Nid d’étoiles ou Okamé-san, l’écriture de Takeshi Kitano capte quelque chose d’essentiel non seulement de l’enfance telle qu’elle est vécue mais également de la douce nostalgie lorsque nous replongeons avec tendresse ou amertume dans de lointains souvenirs. En ce sens, l’art de Takeshi Kitano est universel et il est difficile de ne pas être ému à la lecture de Nid d’étoiles, où deux frères tentent de s’échapper par l’astronomie d’une quotidien bien difficile… A noter que les excellentes éditions Piquier ont publié La vie en gris et rose, une autobiographie de l’artiste écrite en 1984; de quoi replonger encore avec délice dans l’univers essentiel de Takeshi Kitano.

294798.jpg-r_1280_720-f_jpg-q_x-xxyxx

Attention, changement total d’univers ! De 1998 à 2003 paraît en France une série qui va révolutionner le monde du manga et de la science-fiction, BLAME!, du mangaka Tsutomu Nihei. Un récit complétement hermétique dont chaque tome apparaît comme une pièce d’un puzzle impossible à reconstruire dans sa totalité, un héros, Killy, aussi charismatique que muet (et accessoirement muni d’un pistolet provoquant une déflagration digne d’une petite bombe nucléaire, donnant ainsi son titre au manga), et surtout un graphisme complétement dingue, où on peut passer des heures sur chaque planche à découvrir des détails étourdissants qui puisent leur inspiration dans l’architecture moderne, H.R Giger, le cyber-punk et Bilal. L’atmosphère de cette ville (planète?) tentaculaire totalement envahie par la technologie est terriblement étouffante, comme les protagonistes on se perd complétement dans ce dessin tortueux et cette quête opaque et envoutante. Bref, vous l’aurez compris, je place ce manga très haut dans mon cœur. Après avoir suivi les parutions successives de l’auteur (dont un sublime art-book et une incroyable adaptation de Wolverine), j’ai délaissé sa dernière œuvre, Knights of Sidonia, quelque peu dubitatif de l’aspect plus commercial (enfin tout est relatif) de ce manga qui reprends des codes bien connus de l’animation japonaise, style Gundam et consort. Suite à une demande d’un jeune usager qui voulait des mangas S-F à la médiathèque où je travaille, j’ai fais venir les cinq premiers tomes de cette série que je me suis empressé quand même de lire à la suite de mon jeune lecteur ! Et grand bien m’en a pris, car là où Tsutomu Nihei se perdait en circonvolutions inutiles sur ses dernières séries, le cadre donné par sa nouvelle série lui permet de gagner en clarté scénaristique et de rendre la confrontation entre les habitants d’un gigantesque vaisseau spatial, le Sidonia, et de monstrueuses créatures, les Gaunas, absolument palpitante ! L’auteur en profite pour insuffler un humour involontaire à son personnage principal, permettant ainsi d’aérer le récit avant de replonger dans de grandioses confrontations proprement époustouflantes ! J’espère pouvoir lire un jour les 10 tomes restants pour suivre les péripéties de ces chevaliers du futur…

blame-3

A noter que le manga Blame (illustration ci-dessus) va être réédité en format Deluxe dès le mois de Novembre aux éditions Glénat, oh joie !)

139864989355

headersidonia

Bien, passons au coup de gueule maintenant ! Ayant depuis peu Netflix, j’ai été ravi de découvrir que deux de mes mangas préférés avaient été adapté en animé, à savoir BLAME! et Gantz (un incroyable manga de SF, mélangeant bastons homériques et scènes sexy) de Hiroya Oku. Je me doutais bien que pour BLAME!, le résultat ne pouvait pas être à la hauteur du manga, mais tout de même, je pouvais espérer une ambiance au scalpel dans un univers à la fois glauque et hyper-technologique. Résultat : j’ai réussi à tenir 15 mn avant d’arrêter cette bouse grotesque et surtout indigne de l’œuvre originale ! Animation décevante, récit bêtifiant, on oublie cette purge sans nom et on se rabat sur Gantz:0 qui prends le risque inconsidéré de démarrer son récit en plein milieu de l’histoire initiale !!! Autant vous dire que si vous ne connaissez pas le manga d’origine, vous risquez d’être sévèrement largué en plus d’être sacrément frustré ! Pour les fans, on pleure devant la misère de l’animation des personnages (ah ces scènes cinématiques dignes de la PS2 !) avant de prendre quand même son pied devant la ribambelle de monstres déments qui vont attaquer le groupe. Bref, heureusement que la touche avance rapide existe !

Mais ne terminons cet article sur une note négative, car sur Netflix, on peut retrouver aussi Okja, le dernier film de l’immense cinéaste sud-coréen Joon-Ho Bong qui nous avait ravi avec Memories of Murder, Mother ou l’incroyable film de monstre The Host. IL FAUT ABSOLUMENT VOIR CE FILM !!! Comment être plus clair ? A la fois terriblement émouvant, parfois hilarant, doté d’une force de frappe politique et écologique qui scotche littéralement le spectateur, et de prime formidablement bien interprété, Okja réussit le tour de force de prendre complétement aux tripes tout en offrant un champ de réflexion pour tout citoyen de cette planète devenue complétement folle. Je n’en dirais pas plus pour vous laisser la surprise, mais ce film est un bienfait pour l’humanité, rien que ça !

okja_a

 

Publié dans Cinéma, Littérature, Mangas | Tagué , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Laisser un commentaire

Stranger Things

STRANGER-THINGS-1-Season-1-Saison-1-Visuel-Série-TV-Netflix-2016-picture-1-Go-with-the-Blog

STRANGER-THINGS-1-Season-1-Saison-1-Visuel-Série-TV-Netflix-2016-picture-2-Go-with-the-Blog

Ah, les années 80 ! Né en 1975, j’ai totalement baigné dans la pop-culture de ces années-là; mon enfance, qui n’a été qu’une source de joie et d’émerveillement (il vaut mieux ranger au placard les vieilles frayeurs et poussiéreuses angoisses), s’est partagée entre les sorties entre copains (foot, vélo, promenades en forêt), les jeux (livres dont vous êtes le héros, jeux vidéo, de plateau ou de société), les jouets (Maîtres de l’Univers, MASK, G.I Joe, Transformers…), la lecture (BD franco-belge, comics de Marvel et DC, Pif Gadget, Le Journal de Mickey, Le Club des 5…), la télévision (dessins animés et séries), sans oublier le cinéma (Indiana Jones, Star Wars, Predator, Terminator, Gremlins, Les Griffes de la Nuit, Starfighter, S.O.S Fantômes, L’Histoire sans Fin…). Bref, l’imaginaire était au pouvoir et nous passions des journées à inventer des histoires incroyables. Pour ma part, cela s’est concrétisé à l’âge adulte par l’écriture de petites histoires effrayantes et un goût certain pour le fantastique qui n’a cessé de me suivre tout au long de ma vie. Mon enfance est véritablement un âge d’or, celui où, en plus d’une cellule familiale aimante, ma chambre constituait une chambre aux trésors où j’accumulais religieusement et avec passion quantité d’objets qui transcendaient le quotidien d’un petit garçon vivant à la campagne…

Stranger-Things-Ce-que-l-on-sait-de-la-suite-de-la-serie-Netflix

Ceci étant dit, les années 80 ont par la suite été le sujet de farouches railleries, parfois justifiées, parfois condescendantes. Les années 90 ont été de mon point des vue les années de la désillusion et de la technologie, nous offrant des sommets comme Nevermind de Nirvana ou la Playstation de Sony avant que les années 00 ne sonnent comme le glas d’un monde moderne qui ne sait plus à quel saint se vouer. Entre les attentats terroristes, le passéisme musical et l’effondrement culturel général, cette décennie m’apparaît comme la pire de toutes celles que j’ai vécu. Heureusement, les années 10, malgré de dramatiques événements, sont venues égayer mon goût et mon appétence pour la curiosité avec la puissance d’Internet qui a permis à chacun de se construire (ou de s’annihiler!) selon ses propres critères. Moi qui suis totalement passionné par la musique électronique, j’ai pu découvrir une faune gigantesque dont je finis pas de découvrir de nouveaux horizons (du Dungeon-Synth en passant par l’Ambient japonais). Mais on dirait que ce monde moderne crée également une réaction épidermique : le conservatisme ! Outre une vision politique qui se résume à « C’était mieux avant », on a vu réapparaitre en France des artistes musicaux complétement has-been se lancer avec succès dans des tournées à guichet fermé. Je ne veux pas critiquer la fièvre nostalgique de ces personnes, je serais d’ailleurs très mal placé étant donné ma collection de vinyles des années 80 qui ne cesse de croître, mais j’ai constaté au fil de conversations qu’il y avait systématiquement un rejet du temps présent et principalement des nouveaux courants artistiques (qu’ils soient musicaux, cinématographiques ou plastiques).

Heureusement, on peut compter sur une ribambelle de jeunes talents qui ont pris le meilleur des caractéristiques des années 80 pour les réinjecter dans leur œuvre, créant ainsi un surprenant monde rétro-futuriste. Si J.J. Abrams avait déjà posé de solides bases avec Super 8, c’est bien dans la série Stranger Things que sera rendu le plus bel hommage aux enfants des années 80. Puisant sa source thématique et visuelle dans le cinéma de Steven Spielberg (E.T et Rencontre du troisième type en tête), la série des Duff Brothers, deux jumeaux  nés en 1984, va inonder de façon éhontée mais tout à fait cohérente et respectueuse les spectateurs de multiples références: Evil Dead, Jaws, Donjons & Dragons, Stephen King… En ce sens, Stranger Things est véritablement une série nostalgique pour ma génération en nous berçant de malicieux flashs visuels mais aussi sonores avec une B.O aux petits oignons. Car outre une compilation de tubes, la musique est surtout mémorable pour la composition (disponible en deux volumes) de Kyle Dixon & Michael Stein,  fortement inspirée par la synthwave, ce mouvement qui modernise de façon radicale ou respectueuse la musique synthétique des années 80.

Mais ce qui caractérise une bonne série moderne est avant tout l’attention portée aux personnages, et de ce point de vue, Stranger Things va rallier tout le monde, geeks branchés, nostalgiques barbus ou hipsters du dimanche ! Ce groupe de jeunes garçons autour duquel la série se déroule crée immédiatement une grande empathie sur le spectateur car au-delà du sexe et de l’époque, les Duffer Brothers ont su capter toute l’innocence sauvage de l’enfance, tout comme l’avait fait avec brio des bijoux  tel que le film Stand by Me ou le roman IT. De plus, la bande s’enrichit de toute une belle galerie de personnages, avec en premier lieu un shériff inoubliable qui passera à nos yeux de gentil beauf à héros inconsolable. Le récit en soi n’a rien de transcendant, on pourrait le rapprocher d’un excellent épisode de X-Files mais la puissance iconique et sentimentale de Stranger Things provient de ce contraste formidablement maîtrisé où le fantastique s’incarne dans le quotidien de façon très réaliste. Ici aussi, impossible de ne pas penser aux romans de Stephen King des années 80, où le maître de l’horreur n’avait pas d’égal pour instaurer un climat à la fois inquiétant et rassurant, des personnages facilement identifiables et très bien brossés, et instaurer une menace surnaturelle qui va s’insinuer crescendo dans le récit avant de faire basculer l’œuvre dans un combat épique du bien contre le mal.  Stranger Things est donc une réussite totale que je reverrais avec plaisir sur Blu-ray (si Netflix a l’idée de le sortir un jour) avec un volume sonore scandaleusement fort !

6f712548-2a70-4af8-b974-e424dc9c242f-st2_vertical-main_pre_us

 

Publié dans Série TV | Tagué , , , , | Laisser un commentaire

Les Raisons de ma Colère

43041060_707181552977671_5772714973885104128_n

Il y a des livres qui marquent à jamais la vie d’un lecteur pour de multiples raisons. Le Hobbit, American Psycho, Jessie, Livre de sang et Dracula sont des romans qui ont changé ma vie de jeune lecteur grâce à leur puissance stylistique et leur imaginaire débridé. Plus tard, jeune adulte, ce sont d’autres envies qui m’ont guidé vers L’art de la guerre, Hagakure, Le clan des Otori et La Religion, des œuvres où l’honneur viril était au premier plan. Puis ce fut il y a déjà une dizaine d’années, la redécouverte de Zola et de Maupassant qui opéra une profonde transformation dans mes goûts artistiques et culturels et dont la lame de fond se fait toujours sentir aujourd’hui. Ces deux auteurs, pour ne citer qu’eux, cultivent à mon sens, deux savoir-faire indéniables qui font les grands romans : l’esquisse psychologique des protagonistes et le climat social au sein duquel se déroule le récit. Ajoutez à cela un style d’écriture admirable et vous obtenez des chefs-d’œuvre indépassables.

0018559.JPG

C’est toujours le même problème, abreuvés constamment par les nouveautés qui ne cessent de pleuvoir, saturés d’informations où le médiocre peut s’afficher royalement  face à la discrète qualité, nous ne savons plus faire machine arrière pour retrouver le goût de la découverte des très grandes œuvres, qu’elles soient musicales, cinématographiques ou littéraires. Soyons clair, il y a un indéniable nivellement culturel par le bas qui est en marche et il faut y répondre soit par un recul salutaire et un choix drastique soit par un retour à ce qui a fait notre histoire. Le problème étant que cette course folle vers l’avant nous pousse à ne pas se retourner, ne pas penser et perdre tout esprit critique. Mais c’est pourtant bien la mémoire de l’homme, de l’humanité, qui peut nous faire avancer sans refaire inlassablement les mêmes erreurs.

LePictographe-Dorothea Lange-photos 03

Suis-je donc un vulgaire réactionnaire en bêlant bêtement que c’était mieux avant ? Bien sûr que non, mais à l’heure où la pensée capitaliste, sous couvert de nécessité et d’efficacité, construit une société complétement inhumaine où la solidarité devient un vain mot, où l’empathie est un défaut, à l’heure où le fanatisme religieux tente de nous imposer un modèle de société illusoire et totalitaire, il est bon de replonger dans l’histoire pour s’apercevoir que le drame que nous vivons à l’heure actuelle ne nous est pas tombé dessus par hasard. Comme beaucoup de cinéphiles, j’ai été tétanisé par le grand classique américain Les raisins de la colère réalisé par John Ford en 1941, qui nous invite à suivre l’itinéraire d’une famille à la recherche d’un travail durant la Grande Dépression. Et ce n’est qu’aujourd’hui que je me décide à livre le livre de John Steinbeck édité en 1939. Mon avis en une phrase : ce livre est un chef-d’œuvre absolu ! L’auteur, plaçant son récit au cœur de la misère sociale la plus absolue, va parvenir à éviter tout misérabilisme déplacé grâce à une écriture qui va rester viscéralement vissée à ses personnages. Pas de recul intellectuel ou sentimental, vous allez ressentir avec cette famille et vos tripes la destruction, la honte, la violence, l’incompréhension, la faim et la folie économiste.

1 MAiSWhIocVmf_LppSaBkUg.jpeg

Les raisins de la colère est un parcours du combattant qui met K.O à chaque page. John Steinbeck, avec un sens du détail hallucinant, va décrire le délitement social, psychologique et physique de cette famille qui cherche juste un peu d’espoir. Chaque membre de la famille nous marque au fer rouge, avec une pensée particulière pour la mer, roc inattaquable de dignité. Cette traversée terrible des États-Unis sera l’occasion pour la fratrie (et le lecteur) de rencontrer une galerie de personnages qui auront tous un avis sur ce qui se passe dans le pays. Et c’est là que Les raisins de la colère prend une nouvelle dimension et emporte cette œuvre au sommet de la littérature. Chaque rencontre sera l’occasion de soulever une problématique sociale, économique, politique ou religieuse. Et face à la douleur infernale d’une famille qui meurt, que peut valoir ces belles paroles remplies de bon sens ?

81885_0

C’est en lisant ces pages sublimes et effrayantes que le parallèle se crée indubitablement avec notre monde moderne. Mise à l’écart des pauvres et des étrangers, efficacité économique au détriment de la solidarité humaine, pensée religieuse culpabilisante et autoritaire, inégalités sociales, tout est là, tout avait été écrit en 1939. Alors que faire ? Se moquer du monde moderne et vivre sa vie du mieux possible, rêver d’une autre société en hurlant sa haine, profiter du système en crachant sur les autres ? Toutes les formations politiques au pouvoir échouent à proposer une voie aux citoyens de ce monde, le désintérêt pour notre société crée au mieux une indifférence face à l’autre, au pire une radicalisation de la pensée qui peut prendre les pires aspects. Alors que faire ? S’investir à son petit niveau quel qu’il soit. Pour ma part, si j’ai choisi d’être bibliothécaire, c’est justement parce que je cherchais un sens à ma vie, et cela passait par rendre service du mieux possible à la population. Il m’a fallu du temps et des bonnes gamelles pour comprendre que ma passion pour la culture et mon goût de l’échange pouvaient être un atout indéniable pour aider des gens. Je sens parfois un léger parfum de condescendance lorsque j’évoque mon métier. On peut me voir comme un caissier qui passe des documents en prêt et en retour, un animateur pour enfants qui prend trois livres et deux marionnettes pour faire passer le temps, et pourtant s’ils savaient la joie dans mon cœur lorsque personnes âgées, parents ou enfants me remercient pour mon travail, mon implication et mes conseils. Il ne s’agit pas de gonfler mon ego mais de m’encourager à poursuivre ce projet de société que sont les bibliothèques, des lieux libres, ouverts à tous, où chacun est le bienvenu. N’est-ce-pas le rôle de notre société ?

Publié dans Littérature, Politique, Réflexions | Tagué , , , , , , , | Laisser un commentaire

Twin Peaks, The Return

img_59b9885e46745

(Cet article contenant de nombreuses révélations sur les 3 saisons et le film de Twin Peaks, j’invite les non-initiés à passer leur chemin en attendant de découvrir l’univers sombre et passionnant créé par David Lynch.)

twin-peaks-the-return

25 ans ! Il aura fallu attendre 25 ans pour tous les dingues (et j’en fais partie!) de la série Twin Peaks pour savoir ce qui est arrivé à l’agent Dale Cooper ! Petit rappel, Dale se fait posséder par Bob, Audrey Horne et Annie sont de sales draps, bref le dernier épisode de la saison 2 se finit vraiment très très mal, et laisse sur le carreau tous les spectateurs du monde entier. Le culte perdure et le monde entier (ou presque!) retient son souffle quand David Lynch annonce en 1992 la sortie d’un film intitulé Twin Peaks: Fire walks with me. Horreur et stupéfaction ! Alors que nous pension retrouver l’univers confortable et légèrement terrifiant de la série, le réalisateur nous balance le revers de la médaille en nous présentant un drame ultra-réaliste contenant d’immenses scènes oniriques hautement perturbantes !  Le film divise les fans et la critique: pour certains, Lynch a complétement raté sa cible en ne respectant pas le cahier des charges attendu par tous, pour d’autres (comme moi), le film est un chef-d’œuvre absolu et se positionne comme une œuvre majeure du cinéma américain contemporain. Eh oui, bien avant George Lucas, David Lynch s’était déjà essayé au difficile exercice de la préquelle et y a laissé des plumes ! Qu’importe, le réalisateur part gravir de nouveaux sommets cinématographiques avec Lost Highway et Mulholland Dive, avant de nous quitter avec le déroutant Inland Empire, empilement extrême, cauchemardesque et obsessionnel dont on sort dérouté et quelque peu dubitatif. Depuis Lynch touche à différents supports pour créer : musique, peinture, sculpture…

Et Dale Cooper dans tout ça ? Qu’est ce qui a bien pu se passer pendant tout ce temps ? On imagine bien ce Bob/Dale après l’euphorie de cette possession inattendue se jouer des habitants de Twin Peaks et semer la zizanie avant de répandre la terreur ! Quand Lynch et Mark Frost ont annoncé le retour de Twin Peaks pour 2017 (et avec pas moins de 18 épisodes réalisés par Lynch himself s’il-vous-plaît !), la communauté des fans a pleuré de joie, enfin nous allions avoir toutes les réponses à toutes nos questions, la boucle allait se boucler, à nous le café, les donuts et la tarte à la cerise ! Youpi, en plus tout le monde (ou presque) reprend du service pour la bonne cause! Allez allez on laisse tomber les reines de dragons et autres profs de chimie dealers de drogue, et on s’installe confortablement devant sa télé…

Kyle-MacLachlan-Twin-Peaks-Return-red-room-2017

25ans, c’est long, très long, Lynch en a conscience et va carrément jouer là-dessus. Le monde a changé, Twin Peaks a changé, les gens ont changé et on va vite s’en apercevoir. Pour tenter de comprendre la différence entre Twin Peaks saison 2 et Twin Peaks The Return, essayez d’imaginer que votre série préférée passe d’un seul coup de la saison 2 à la saison 25 !!! Oui, tout est là, mais rien n’est pareil. Twin Peaks s’est ouvert au monde pour le meilleur et surtout pour le pire. Les écrans sont partout, le mal s’est propagé partout, dans la rue et dans les foyers, la pensée néolibérale règne en maître dans cet enfer terrestre. Et la petite ville de Twin Peaks a vieilli avec ses habitants. Une nouvelle génération a vu le jour, moins patiente, plus violente, qui envoie valser toute l’ambiance que nous attendions bien sagement assis devant nos postes de télévision. Eh oui, David Lynch, tout comme il l’a fait avec le film tiré de la série, va complétement déjouer nos attentes, en laissant libre cours à son imagination surréaliste plutôt que de nous conforter dans une attitude béate de nostalgie. Aïe aïe aïe ça va encore grincer des dents !

dougie

Vous vouliez du Dale Cooper ? Eh bien, raté les fans ! Il faudra attendre la fin de la série pour revoir l’agent du FBI en pleine possession de ses moyens ! Eh oui, on est loin des panels de scénaristes réfléchissant à la meilleure manière de faire une série (et donc de satisfaire le public), on est face à l’œuvre d’un artiste, d’un vrai, qui va produire de l’art sans se soucier de savoir quel impact cela aura sur tel ou tel public. Le personnage de Dale va en fait se scinder en deux personnalités aussi extrêmes l’une que l’autre. D’un côté, Dougie, représentant la part naïve et bonne de Cooper, de l’autre Mr C. (ou Evil Coop), un Dale/Bob vraiment flippant par sa sauvagerie complétement maitrisée. Les deux ont pour point commun d’être quasiment muets et de conduire les actions narratives de la série. Mais pour aller où? Et vers quoi ? Et c’est là où Lynch va encore exploser les codes de la série 25 ans après en nous proposant un puzzle qui tient du jamais-vu, fascinant, agaçant, stupéfiant, atomique ! L’œuvre est à ce point avant-gardiste qu’elle va permettre à chaque spectateur de supposer, de chercher et de rêver à sa guise ! Comme vous le voyez, on est à des années-lumière de ces séries géniales qu’on bouffe à longueur de journée. Lynch nous perturbe, nous interroge, et tant pis si cela ne nous plaît pas, si ce n’est pas ce que nous attendions, on n’est pas au McDo !

bomb

Pour moi, la grande affaire de cette saison est le temps. Scènes dilatées jusqu’à l’exaspération, visages burinés par la vieillesse, acteurs au bord de la mort, retour vers le passé, moments suspendus ou violence fulgurante (la série est vraiment terrible à ce niveau-là), tout concourt après les espaces évoqués dans les précédentes saisons (que ce soit les bars, hôtels, forêts ou loges) à faire du temps le nouvel élément fondateur de la poésie de David Lynch. Le réalisateur va d’ailleurs en profiter pour réquisitionner son passé artistique (toute sa filmographie y passe) pour le redistribuer dans cette œuvre colossale et jusqu’au-boutiste.

Cette nouvelle saison s’annonce infinie car on pourra y trouver des pistes de lecture selon l’angle, l’état d’esprit et ce qui nous pousse vers elle. Par exemple, je m’intéresse beaucoup aux trous noirs en ce moment, et j’ai appris que loin de l’imaginaire collectif, ces ahurissants phénomènes cosmique sont en réalités sphériques ! En leur centre, le temps n’existe pas. Et boum, impossible pour moi de ne pas penser à Twin Peaks avec toutes ces sphères inconcevables qui tournoient autour de notre univers ! D’ailleurs, je trouve que cette nouvelle saison s’aventure encore plus loin du côté de la science-fiction avec certains décors, certaines rêveries… Même le mal spirituel y est montré comme la conséquence possible de la bombe nucléaire dans un épisode 8 absolument phénoménal !

twin-peaks-the-return-season-3-episode-7-review-theres-a-body-all-right

J’avoue que j’ai été quelque fois vraiment agacé par la série, mais elle m’obsède totalement désormais, je ne sais plus si elle vit en moi ou si je vis en elle. Et que dire sur cet épisode final complétement nihiliste ? Dale Cooper se réveille tel une icône, fonce à toute allure, sans marquer de pause, action, action, action, pas le temps de réfléchir les gars, on a perdu 25 ans, faut foncer ! Et boum Bob, ça c’est fait, et hop, retour dans le passé pour sauver Laura et en plus on va se faire cette vilaine entité maléfique (cachée dans Sarah Palmer ?),et…Et…NON ! NON ! NON ! Pas ça, tout mais pas ça ! Pauvre Dale, condamné pendant 25 ans à errer dans la loge, et au moment de son triomphe, arrive le pire : prisonnier d’un nouvel espace-temps qu’il a lui même conçu en pensant manipuler à sa guise des forces qui le dépassent…

5Ce45q0

Des âmes égarées, voilà ce que nous sommes à présent… Nous ne sommes plus possédés, nous sommes perdus dans le temps. C’est terrible. Et inconsolable. Nous avions peur des nouveaux espaces, et c’est le temps qui nous a tué, cet ennemi invisible. Et là, ça fait très très peur, parce qu’on peut comprendre que Dale Cooper a mis les pieds dans un engrenage métaphysique dont il ne pourra jamais sortir vainqueur. A moins qu’il arrive à vaincre l’espace-temps… David, tu fais une saison 4 s’il-te-plaît ? Tu va pas nous laisser comme ça hein ? Coincé dans nos vies, nos souvenirs.

Nous sommes avec Dale Cooper.

Nous sommes Dale Cooper.

 

Publié dans Cinéma, Série TV | Tagué , , , , | Laisser un commentaire

Lectures d’été

40065100_446095962552706_1071137226982686720_n

Ah le mois d’Août… Moment idéal pour laisser tomber la pollution incessante des écrans le temps d’une location à la montagne ou à la mer, où même confortablement installé dans son hamac ou sur son canapé. L’été est pour moi une saison où j’aime consacrer mes lectures à des ouvrages plus « légers » ou originaux. Pour ma semaine de vacances hors du domicile, j’ai choisi deux ouvrages très différents, Mr Mercedes de l’inusable Stephen King et le documentaire Le Prince des Profondeurs de Peter Godfrey-Smith.

39389295_251213962172668_1444959863187701760_n

J’aime particulièrement lire un roman de Stephen King l’été, car ses gros pavés se lisent très facilement et l’intrigue nous tient en haleine durant plusieurs jours, nous faisant ainsi oublier l’écrasante canicule. Bref, pour s’évader et frissonner, c’est parfait ! Et ce n’est pas ce Mr Mercedes qui me fera mentir ! Dès le prologue,nous sommes happés par une excellente description d’une scène anodine à travers l’échange sympathique de deux personnes qui se rencontrent dans une file d’attente d’une foire à l’emploi. Et là, va surgir l’horreur la plus absolue avec l’apparition démentielle d’une énorme Mercedes fonçant sur la foule. Une scène terrifiante, insoutenable, qui nous met en état de choc. C’est bon, c’est parti, accrochez vos ceintures, Stephen King, décidément toujours aussi en forme, ne va pas nous faire lâcher le livre durant presque 500 pages.

static1.squarespace.com

Nous suivons ensuite un inspecteur à la retraite, Bill Hodges, dans son misérable quotidien. Alors qu’on le sent proche du suicide, cet homme au glorieux passé, qu’on croirait tout droit sorti d’un film de détective privé des années 50, va recevoir une lettre qui va à nouveau bouleverser son existence : le tueur à la Mercedes lui écrit pour le narguer et l’enfoncer plus bas que terre ! Démarre alors un impitoyable jeu du chat et de la souris entre l’inspecteur vieillissant et le jeune tueur toujours en cavale. Stephen King sait construire avec une maestria inégalée son récit et va adjoindre à ce stressant et palpitant duel une galerie de personnages très attachants (ou énervants!) comme lui seul en a le secret.

PicMonkey Collage

Pur thriller horrifique, Mr Mercedes fait partie de ces bouquins (comme souvent avec King) dont il est littéralement impossible de décrocher une fois la lecture enclenchée. Et l’auteur sait vraiment y faire, le récit monte en puissance, le moteur s’emballe, et au dernier quart du récit, alors qu’on pensait être à fond de cinquième, voilà qu’on découvre qu’il existe une sixième vitesse !!! Et là, c’est bon, tant pis, on lira jusqu’au petit matin s’il le faut, mais on ira jusqu’au bout de ce roman au suspense infernal. Et dire que Stephen King en a encore sous le coude car Mr Mercedes est le premier volet d’une trilogie ! Vivement l’été prochain…

C5OsDlTWQAUda1L

Quittons à présent le sanglant asphalte pour plonger au cœur des océans afin d’y rencontrer et de tenter de percer le mystère des fascinants céphalopodes. Peter Godfrey-Smith (professeur d’histoire et de philosophie des sciences à l’université de Sydney) signe avec Le Prince des Profondeurs un essai extrêmement bien documenté, foisonnant et très original. C’est à l’occasion d’une plongée sous-marine dont l’auteur est particulièrement friand que son regard va croiser celui d’une seiche géante. A partir de ce moment séminal va se poser toute une série de questions pour le scientifique : quel est le niveau d’intelligence de cette espèce ? Peut-on seulement comparer nos intelligences si différentes dont les buts ne sont pas les mêmes? A quel moment de l’évolution nos chemins se sont-ils séparés ? Ce ne sont là que quelques esquisses de questionnements que le livre soulève.

 

A l’aide d’une multitude de rencontres et de sources différentes, Peter Godfrey-Smith va construire un essai philosophiquement étonnant et intellectuellement très stimulant, à la lecture toujours fluide et compréhensible, même pour les personnes comme moi qui n’ont que des connaissances basiques en biologie. A partir de l’étude des céphalopodes, l’auteur va en creux nous interroger sur notre propre intelligence, notre façon de penser et notre relation à l’écosystème. Et ce qui est le plus remarquable, contrairement à nombre d’ouvrages actuels, c’est que l’auteur, dans un pur esprit scientifique, n’apporte pas de réponses toutes faites ! Il soulève des problématiques,  rassemble ses connaissances et sa documentation, émet des hypothèses qui à leur tour soulèvent de nouveaux questionnements !

octopus-cephalopods-underwater-photo-Gabriel-barathieu

J’ai toujours été fasciné par les poulpes, ou les pieuvres comme les a appelé pour la première fois Victor Hugo, mais je n’ai jamais compris pourquoi. C’est à la lecture de ce livre passionnant que je peux éclaircir quelque peu cet attachement à cette étrange créature qui peut prendre toutes les formes. Le poulpe a ce regard incroyablement inquiétant et fixateur, qui vous ausculte alors que tout autour de lui, son corps part dans toutes les directions, dans une danse chatoyante faite de tentacules dont les principes vous échappent totalement! Le poulpe est un animal solitaire qui ne craint pas la vie en « société », sa durée de vie est extrêmement courte (autour de 2 ans), ce qui ne concorde absolument pas avec la taille conséquente de son cerveau ! Le poulpe représente donc en quelque sorte le mystère de l’évolution des espèces, et au-delà le mystère de la vie…

ad2f559c47_38659_pieuvre

C’est donc avec ces deux ouvrages très différents, mais passionnants chacun à leur manière, que s’achève ce bel été. J’espère que vous en avez aussi profité pour lire et vous relaxer, n’hésitez pas à me faire part de vos lectures estivales dans les commentaires !

 

 

Publié dans Littérature, Sciences | Tagué , , , , , , , , , , , , , | Laisser un commentaire

Lectures imaginaires

1 -EoDIqUKf4QWMCCzemIh7A.jpeg

Cela fait bien longtemps que je me suis éloigné de la littérature de l’imaginaire, même si j’y reviens de temps à autre, guidé par ma seule intuition. Mais depuis que j’ai un petit cercle de lectrices et de lecteurs intéressés par ce genre (et avec qui j’ai de passionnantes conversations) dans la médiathèque où je travaille, je me suis imposé de pratiquer une veille documentaire plus importante pour tenter de dénicher de bons romans, que ce soit dans le domaine du fantastique, de la fantasy ou de la S-F…

couverture

Et c’est grâce à l’excellent site Elbakin que je suis tombé sur ce roman de Scott Hawkins, publié en Juillet 2017 dans la collection Lunes d’encre chez Denoël, La Bibliothèque de Mount Char. Intrigué par le titre et la très belle couverture, je décide de me procurer l’ouvrage en question tout en espérant ne pas être déçu par cette nouvelle excursion dans le genre. Heureusement grand bien m’en a pris, car je n’ai pas lu un excellent roman, j’ai lu un récit exceptionnel !!! Ce qui m’a énormément plu d’entrée de jeu, c’est que nous somme plongés dans un monde (le nôtre en l’occurrence mais avec une galerie de personnages qui n’évoluent pas sur le même plan) auquel nous ne comprenons rien, car aucune indication précise ne nous est donné par l’auteur. Et ça marche ! On avance à pas de loup dans cette histoire dense et sombre, les détails nous sont donnés de manière brutale et jubilatoire, faisant appel à notre pouvoir d’imagination. On sent bien que l’auteur a énormément bossé son texte pour lui donner ce rythme si singulier, qui varie au fil de révélations dantesques et de réflexions profondément intimes sans que la continuité du fil rouge en soit perturbé, bref c’est un véritable tour de force !

91aMvrcfA5L

Scott Hawking, en bon conteur d’histoires fantastiques, nous entraîne au fur et à mesure à la découverte d’une mythologie totale, qui nous propulse à travers l’espace et le temps tout en restant bien ancré dans le réalisme de ses personnages, très attachants. Sans vous dévoiler l’histoire (quel gâchis ce serait, d’ailleurs je vous conseille de ne pas lire la 4eme de couverture qui contient beaucoup trop de révélations), disons simplement que nous suivons Carolyn, une jeune américaine aux vêtements excentriques, qui va entrainer Steve, rencontré dans un bar, dans une aventure, que dis-je, dans une guerre qui défie l’esprit humain. Carolyn fait partie d’un groupe d’orphelins aux pouvoirs très spéciaux élevés par Père, un être si mystérieux qu’on peut s’interroger sur sa nature réelle, ne serait-ce pas un Dieu ? Chaque enfant possède un ouvrage, un catalogue, révélant à chacun un talent bien précis. Ces livres se trouvent dans une bibliothèque aux proportions gigantesques dont nous ne savons rien. Voilà, vous n’en saurez pas plus, à vous de lire maintenant ce récit incroyable où ces jeunes bibliothécaires vont être  entrainés au carrefour de l’horreur mystique, de la révélation divine, du suspense policier et de la fantasy urbaine !

ij6PKry3FmPCcdKbZrDaHojPtOE

Du coup, je ne pouvais en rester là et j’enchainais ensuite avec un autre livre qui me faisait de l’œil depuis un moment, Quelques minutes après Minuit, de Patrick Ness (d’après une idée originale de Siobhan Dowd), publié en Septembre 2014 chez Folio Junior. Là encore, je suis sorti de ma zone de confort littéraire, car non seulement ce roman appartient au genre Fantastique mais également au genre Adolescent, que je ne lis pratiquement jamais ! J’avoue avoir été déstabilisé par le style des premières pages, que je trouvais trop simple, mais petit à petit, j’ai été complétement happé par ce récit mystérieux et très émouvant que je recommanderais chaleureusement aux lectrices et lecteurs de 10 à 110 ans ! Conor, 13 ans, est un adolescent très solitaire et renfermé sur lui-même, qui doit jongler entre la maladie très grave de sa mère, un arbre-monstre qui vient lui rendre visite chaque nuit pour lui conter des histoires à la morale bizarroïde et enfin faire face à un cauchemar plus épouvantable que tout… A partir de ce postulat, Patrick Ness va tisser un récit envoutant, poétique et ténébreux. On ne peut qu’être profondément touché par cet enfant qui va se retrouver pris entre une réalité cauchemardesque et un imaginaire peu accueillant. A signaler que ce récit (à lire de toute urgence également) a fait preuve d’une adaptation cinématographique dont je ne sais rien si ce n’est que j’ai déjà eu l’occasion d’écouter l’excellente composition.

Quelques_minutes_apres_minuit

Comme vous le voyez, je suis revenu plus que comblé de ce petit voyage au pays de l’imaginaire, je vous invite donc à mon tour à parcourir sans apriori ces terres inconnues du grand public pour y découvrir une littérature libre, sombre et terriblement humaine…

A Monster Calls. Patrick Ness.

Publié dans Littérature | Tagué , , , , , , , , | Laisser un commentaire

Le Sexe « Faible »

ob_eefac7_sli

Nous vivons quand même une drôle d’époque… Alors que la parole des femmes a rugi pour envahir l’espace médiatique et public, dénonçant l’attitude et/ou les actes hautement répréhensibles de tout un pan de la gente masculine qui, le plus souvent ,  utilise comme levier l’intimidation physique ou hiérarchique pour imposer aux femmes des gestes ou des paroles déplacées (quand ce n’est pas beaucoup plus grave), on entend très fréquemment au détour de conversations entre amis ou collègues que ces soi disant victimes font quand même pas mal de bruit pour rien, voire utilisent cette vague de dénonciations dans un but peu reluisant dont celui de se faire un peu de publicité…

Pourtant, nous avons tous entendu des paroles de femmes agressées ou insultées au moins une fois dans leur vie. Et ceci devrait être considéré comme « normal » ? Le pire étant que ce sont également des femmes victimes de violences masculines qui s’érigent contre ce mouvement de ras-le-bol de la domination masculine au quotidien…

Moi, ce que j’aime le plus chez les femmes, c’est leur ambivalence, leur paradoxe et leur mystère.  Et j’adore retrouver ces caractéristiques diffuses dans un personnage de roman dont on n’aura de cesse d’épuiser toutes les strates psychologiques qui se révèlent les unes après les autres tout au long du récit.

Tout cinéphile qui se respecte a au moins vu une fois Le journal d’une femme de chambre, réalisé en 1964 par François Buñuel avec l’inoubliable performance de la regrettée Jeanne Moreau en domestique désabusée, cynique et sensuelle. Mais après avoir vu ce très beau film à plusieurs reprises, j’ai pensé qu’il serait bon d’aller à la source, à savoir le roman d’Octave Mirbeau, paru en 1900 (!).

81SiOSv+6pL

Je ne m’amuserais pas ici à faire des comparaisons entre le roman et le film, ce n’est pas le propos, mais j’invite très chaleureusement les lectrices et lecteurs à lire ce chef-d’œuvre (si si !) de la littérature française. Reprenons depuis le début… Célestine décide d’écrire son journal intime en s’adressant à un hypothétique lecteur pour lui conter les déboires de la vie tourmentée et tumultueuse d’une domestique naviguant de maître en maître sans pouvoir se faire une place pérenne. Puisque nous sommes (prétendument !) dans un journal intime, l’auteure peut tout se permettre, tout dire, exposer les recoins les plus sombres de son intimité et faire partager au plus près son expérience physique et psychologique de femme plongée dans un état de servitude sexuelle et sociale, malgré une gouaille cinglante et un caractère bien trempé qui font des ravages. C’est bien simple, une fois lu Le journal d’une femme de chambre, vous ne pourrez plus jamais oublier Célestine, cette femme incroyable et complexe, qui va jouer avec l’amour et la mort tout au long de sa vie. Et quelle vie ! Octave Mirbeau, dans un style superbe, classique et limpide, va tirer à boulets rouges sur l’aristocratie et la bourgeoisie mais sans faire du « petit peuple » un monde de saints, loin de là ! Si le roman est enjoué, enlevé et parfois érotique, sa noirceur apparaît bientôt jusqu’à engloutir complétement le récit, personne n’en sort indemne et surtout pas le lecteur ! Au vu de certaines scènes ahurissantes (dont je ne dirais pas un mot ici pour vous laisser la surprise), on se demande vraiment si ce roman dantesque a bien été écrit en 1900 tant on est choqué par la crudité sombre et sensuelle qui s’empare de Célestine. Bref, Le journal d’une femme de chambre est un véritable choc littéraire que je vous recommande !

En parlant de choc, de sexe et de femme, il est impensable que je ne vous parle pas de la puissance dévastatrice du premier roman de Leïla Slimani, Dans le jardin de l’ogre, écrit en 2014. Adèle, le personnage principal de ce roman qui se lit d’une traite (parce qu’il est IMPOSSIBLE de s’arrêter en cours de route!), est une femme parfaite sous tous rapports, avec un chirurgien pour mari, maman d’un petit garçon, journaliste, bref une personne « normale ». Sauf que Adèle a un terrible secret, elle souffre d’addiction sexuelle, ce qui l’entraîne quotidiennement dans un enfer de mensonge, de débauche et de fuite en avant. L’auteure aurait pu en faire des tonnes avec une histoire comme celle-ci, mais Leïla Slimani a l’intelligence artistique de désosser son texte avec une rage froide et glaçante en ne laissant que les nerfs à vif et en se refusant à juger son personnage. Le résultat est tout simplement époustouflant ! On plonge avec Adèle dans sa dépendance qui lui fait vivre des atrocités insoutenables mais on est également confronté à sa clairvoyance d’un futur morne, lisse et impersonnel si elle cède à son entourage qui veut faire d’elle une femme « normale ». On pourrait qualifier le roman sulfureux de Leïla Slimani de féministe, mais je pense qu’on est bien au-delà, nous sommes dans un roman profondément humaniste, qui nous parle directement, qui nous questionne par rapport à la norme sociale, à notre désir d’épanouissement et nos relations familiales, amicales et amoureuses. Avec une écriture sèche mais profonde, l’écrivaine signe un immense premier roman, une véritable gifle littéraire qui laisse une marque bien visible sur la joue du lecteur!

112703600_o.jpeg

 

Voilà pourquoi j’ai aimé ces deux romans, ces deux portraits de femmes, car ils sont chacun à leur manière tout sauf basiques (@orelsan), il n’y a pas de noir ni de blanc chez un individu, mais une infinité de nuances qui peuvent varier différemment au cours d’une vie, selon les choix que l’on fait, selon les actes ou les paroles que nous subissons. Il ne s’agit donc pas d’une chasse aux sorciers moderne que nous traversons actuellement, mais une invitation pour nous les hommes à réfléchir au rôle que nous jouons dans une société patriarcale et obsolète. Il ne s’agit donc pas de « renoncer » à être un homme, bien au contraire, mais à être un « nouvel » homme, débarrassé des archétypes qui enferment les femmes dans un rôle dont elles ne veulent plus. Qu’est-ce que disait Simone de Beauvoir déjà ? Ah oui : « on ne nait pas femme on le devient. ».

Publié dans Littérature | Tagué , , , , , , , , , , , | Laisser un commentaire

L’étrange enfance

totsukuni_no_shojo_892649

L’enfance est une période tellement fascinante à vivre pour de multiples raisons : pas (ou très peu) de responsabilités, découverte spontanée du monde, apprentissage des codes sociaux, appétit naturel pour les connaissances… Mais pour moi le plus intéressant, le plus merveilleux et le plus inquiétant est la capacité de l’enfant à croire à l’imaginaire. Travaillant dans une médiathèque, je reçois très fréquemment des enfants pour des temps de lecture, de création artistique ou de médiation culturelle. Récemment, lors de la lecture d’un conte d’origine japonaise où apparaissait soudain un impressionnant dragon, les enfants (d’une classe de CE1/CE2) m’ont demandé le plus sérieusement du monde si ces créatures existaient vraiment. S’en est suivi un débat passionnant où certains défendaient dur comme fer l’existence de ces magnifiques chimères.

18541298_original

Et c’est précisément cela que je trouve magnifique chez l’enfant, cette capacité à concrétiser l’imaginaire dans le réel. Même les petits durs qui font la tête en sachant que je vais leur lire une histoire restent souvent bouche bée en vivant le récit à travers ma voix et les illustrations de l’album. Chez l’enfant, il n’y a pas de barrières, pas de filtres, tout peut être absolument merveilleux comme monstrueusement inquiétant. En tant qu’adulte, j’ai bien entendu une grande responsabilité à ne pas choquer un enfant, mais en tant que médiateur culturel, j’ai également cette formidable mission de faire connaître aux enfants des milliers de mondes, dans lesquels chacun y puisera ce dont il a besoin pour se nourrir intellectuellement et émotionnellement.

totsukuni_no_shojo_903707

L’enfant est donc une frontière extrêmement poreuse entre le réel et l’imaginaire. Cette formidable faculté est une aubaine pour les créateurs de récits fantastiques qui vont pouvoir jouer sur cette corde raide pour perdre le lecteur en terrain inconnu. Nous, les adultes, êtres tellement responsables et sûrs de nous, sommes tellement empêtrés dans les mailles du réel que nous sommes complétement désarçonnés face à un élément incongru, bizarre, qui n’a rien à faire dans notre vision cadrée et donc étroite du monde, alors que les enfants vont accepter ce même élément comme une pièce de plus à ajouter au mystérieux et infini puzzle de l’existence.

81Z1ZQcwfkL

Preuve en est avec ce grand classique de la littérature fantastique, Le tour d’écrou, écrit en 1898 par Henry James. Une respectable gouvernante est appelée pour faire l’éducation de deux enfants absolument parfaits. Tout serait idéal si ce n’était l’inquiétante apparition de deux silhouettes rôdant sans cesse autour des bambins… Ce court mais intense récit de fantôme dont je ne dirais rien de plus pour ne pas gâcher le mystère est vraiment une passionnante confrontation entre le monde de l’enfance, ouvert et libre, et celui de l’adulte, fermé et cloisonné. L’ambiance gothique et anglaise est lugubre à souhait pour qui souhaite se perdre dans un territoire aux contours non définis. Henry James soigne l’atmosphère régnant dans ce manoir non seulement par son art de la description à la fois très précis mais toujours étrangement évanescent mais également par un savant contraste entre des dialogues à la langue soutenue et la brutalité glaçante des apparitions spectrales. Moi qui enfant avait très peur des fantômes, j’avoue que ce classique m’a fait de l’effet !

Je profite de cet article pour revenir un instant sur L’enfant et le maudit, dont le 4eme tome est paru en France cette année. Là encore, nous nageons en plein conte fantastique, avec cette petite fille, Sheeva, entouré par des démons victimes d’une mystérieuse malédiction. Loin de faiblir, le récit se déploie de façon extraordinaire tout en gardant cette intimité qui rend si touchant le quotidien de la petite fille et du professeur. Lecteur, je t’en supplie, ne dévore pas ce manga magique comme un énième volume de Naruto, mais prends plutôt le temps de savourer chaque case à sa juste valeur, de laisser le temps filer entre chaque page pour insérer ton esprit dans les méandres dilatés et poétiques de ce conte magistral. La petite Sheeva représente à elle seule le trait d’union innocent  et fragile entre le monde des hommes et celui des chimères, créant ainsi un contraste aussi dramatique qu’amusant entre l’étrangeté voire l’horreur de certaines situations et la beauté de la vie dans sa plus vivace simplicité. Vivement la sortie prochaine du 5eme tome pour suivre ce sortilège artistique sans égal.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Enfin, pour conclure, je souhaiterais vous faire découvrir à travers un très court roman le grand illustrateur américain Edward Gorey (1925-2000). Le rapetissement de Treehorn (1971) est un classique de la littérature jeunesse anglo-saxonne dont il faut saluer la publication française de l’éditeur Attila (désormais renommé Le Tripode) en 2009. Ecrit par Florence Parry Heide, le récit narre la mésaventure du jeune Treehorn qui n’en finit pas de rapetisser de jour en jour sous les yeux mi-désinvoltes mi-agacés des adultes. Brillant de par sa concision qui mène jusqu’à une inquiétante étrangeté, le texte est en sourdine un virulent coup de canon lancé au monde des adultes, pris aux pièges de la norme sociale et de l’apparence. On nage constamment entre l’humour et l’absurde, le tout dégageant au final un terrible sentiment de solitude, car ce que nous dit ce livre au fond, c’est que nous avons grandi et oublié d’écouter l’enfant qui est resté quelque part bien caché au fond de nous. Ce roman est illustré avec maestria par Edward Gorey dont j’avais découvert le travail avec l’insoutenable Le couple détestable. Cet illustrateur, qui influença nombre d’artistes dont en premier lieu le célèbre Tim Burton, possède un trait génial, qui n’a pas son pareil pour décrire l’horreur de la banalité du quotidien, la solitude qui habite chaque être et l’humour noir  de l’existence qui fait que nos vies s’achèveront tôt ou tard dans le néant. Si le récit peut bien sûr rappeler Alice au pays des merveilles, c’est dans un contexte totalement inversé, car avec Le rapetissement de Treehorn, le fantastique est contraint, rabaissé, diminué par la morne réalité qui n’a que faire d’un élément extraordinaire. Le fantastique, l’imaginaire, est donc ainsi vu comme une perturbation, une mise au défi de la norme. Et ne serait-ce pas aussi l’enfant, sans limites, sans a priori, qui ne serait pas quelque fois le révélateur de notre supercherie ? Quand nous pensons tout connaître, tout contrôler, heureusement que l’enfant est là pour mettre son grain de sable dans ce rouage si décevant par son inconcevable routine. Et si l’enfant n’est pas là, peut-être devrions-nous aller le chercher en nous et lui poser cette question : « comment ça va, toi ? ».

38578209

Publié dans Illustrations, Jeunesse, Littérature, Mangas | Tagué , , , , , , , , | Laisser un commentaire

L’Idiot, Dostoïevski

A38963_idiot.indd

Mon rapport avec la littérature russe se limitait jusqu’à présent à un seul et unique auteur, Tolstoï. C’est donc avec un certain engouement (mais également une légère appréhension vu l’épaisseur du roman) que je jetais mon dévolu sur L’Idiot de Dostoïevski (lu dans l’édition Folio Classique). Pourquoi ce choix en particulier ? J’avoue que je ne sais plus, je me laisse aller au hasard au fil de mes lectures, mais toujours soucieux au fond d’en apprendre un peu plus sur moi-même, la nature humaine et le monde qui m’entoure. Néanmoins, je me rappelle avoir été ébloui par la lecture qu’en avait proposé Guillaume Gallienne dans son indispensable et merveilleuse émission radiophonique, Ca peut pas faire de mal.

Auteur

On démarre donc ce pavé impressionnant divisé en quatre grands parties. Immédiatement, on est saisi par la qualité insensée de l’écriture qui va carrément nous envoyer au ciel avec ses dialogues rythmés à la perfection. Il n’est pas évident pour un lecteur comme moi de se faire aux noms russes qui apparaissent en très grand nombre au fur et à mesure de la lecture, mais cela apporte en réalité un très grand charme, dépaysant et aride, au livre. Nous suivons donc le parcours d’un prince revenu au pays, après s’être soigné de longues années en Suisse. La personnalité de notre héros est profondément atypique car, outre le fait d’être épileptique et orphelin, son trait de caractère le plus fort et le plus singulier est d’être d’une candeur sans égal. Et ce jeune homme, dans toute sa naïveté sacrée (voire christique), va être confrontée à toute une multitude de personnages aussi névrosés les uns que les autres (quoique singulièrement différents dans leurs caractéristiques psychologiques, comme nous tous).

aff_idiot-1.jpeg

Ce prince, ne possédant donc pas l’hypocrisie sociale qui empêche de se révéler les uns aux autres, va apparaître comme le miroir de chacun, révélant au choix le mensonge, la laideur morale, l’absurdité mondaine ou la vénalité fourbe de son interlocuteur. Ce statut si particulier va donc entraîner le prince dans une spirale sociale absolument chaotique, où les protagonistes vont demander tour à tour leur aide à l’homme candide qui n’a en fait rien à proposer sinon la vérité dans toute sa lumineuse et intolérable crudité. Cela provoquera la colère de toute cette galerie haute en couleurs qui se voit complétement désarçonnée par les propos si simples, si humbles et si intelligents d’un prince qu’on dit atteint d’idiotie.

[L'idiot_texte_d'André_Barsacq_d'après_[...]Cande_Daniel_btv1b9002181q.JPEG

Avouons-le, il faut quand même être un lecteur chevronné par arpenter l’écriture dense, tortueuse et magistrale de Dostoïevski. Le récit est un véritable tourbillon où on se perd littéralement, à l’image du prince, trimballé de situations intrigantes en bavardages confus. On se demande par moment où cette histoire veut en venir, même si on sent qu’au fond, très très loin, quelque chose se passe, quelque chose se dit. Alors on y va, on continue, on s’accroche, et on arrive à la quatrième partie qui va nous exploser en plein visage.  Au chapitre VII exactement, tout va basculer et tout prendra sens sous nos yeux effarés. C’est comme si jusque là, un torrent secret et pur circulait sous la terre sans que nous ne puissions identifier réellement sa présence. Et soudain, le jaillissement ! Je n’en dirais pas plus, mais l’auteur atteint là le sommet de son art et nous propulse à des hauteurs littéraires vertigineuses.

16860440159_2

Il ne reste plus ensuite au lecteur qu’à s’acheminer vers une fin morbide et labyrinthique, à l’image de l’état mental de notre héros. On referme le livre, épuisé, éreinté, par ce torrent littéraire qui a failli nous noyer de par sa complexité et sa densité. Il est difficile de conseiller ce livre au premier venu, mais on sait en son for intérieur qu’on vient de lire une œuvre fulgurante, abyssale, qu’on emportera avec soi jusqu’au bout.

 

Publié dans Littérature | Tagué , , , , , , | Laisser un commentaire