Les onze mille verges

Etant un grand amateur de cinéma trash et underground, qu’il vienne d’Europe, d’Asie ou des Etats-Unis, j’ai ainsi vu un joli paquet d’oeuvres déviantes qui s’amusaient à repousser les limites quelle qu’elles soient. Mon seuil de tolérance ne se situe pas à priori à la violence des  atrocités perpétrées à l’écran, mais plutôt au talent du réalisateur et de sa façon de transgresser les tabous et le confort du spectateur. C’est la raison qui fait que je n’ai jamais succombé au charme du cinéma pornographique ni à un certain genre de films gore et craspec venant d’Allemagne et du Japon.

Cet attrait étant essentiellement visuel, je n’ai jamais recherché dans la littérature des oeuvres faites consciemment ou pas pour choquer le lecteur. Les amateurs de bizarreries se souviennent certainement de la collection GORE, ces petits livres de poche parus dans les années 80 aux éditions Fleuve Noir et qui avaient la particularité d’avoir des couvertures peu ragoûtantes. Je n’ai jamais eu la tentation de lire ces ouvrages, préférant les histoires horrifiques de Stephen King.

L’exploration de la littérature à laquelle je m’adonne depuis quelque temps m’a poussé jusqu’à ce petit livre de Guillaume Apollinaire, Les onze mille verges. Doté d’une sulfureuse réputation, provoquant l’indignation la plus totale de lecteurs offusqués, il m’a semblé que c’était l’oeuvre idéale pour m’initier aux joies de la littérature outrageante.

N’y allons pas par quatre chemins, ce livre m’a estomaqué, dégoûté, révulsé et surtout enthousiasmé ! Car ce qui ne pourrait être qu’un insupportable étalage de sexualité bestiale et immorale devient par l’immense talent d’Apollinaire un voyage de la perversité humaine si horrible qu’il en devient drôle. Et rien, absolument rien ne nous est épargné, viols, tortures, scatologie, meurtres, inceste, nécrophilie et pédophilie, toutes ces monstrueux actes parsèment le récit qui ne laissera pas un instant de répit au pauvre lecteur aux cheveux dressés sur la tête et à l’estomac secoué de haut-le-coeur !

Il n’y a que les premières pages qui soient fréquentables, ensuite l’imagination débridée de l’écrivain s’emballe et cela devient par la suite rare de lire la moindre ligne sans au moins une grossièreté ou la description d’un acte immonde. Le récit fort joyeux nous invite à suivre les péripéties à travers le monde du prince Vibescu de Bucarest accompagné par son serviteur l’imposant Cornaboeux, une manière idéale de faire respirer le texte au milieu de cet étalage d’atrocités.

La prise de contact avec Les onze mille verges est extrêmement choquante, si l’on est amusé par les premiers chapitres narrant les aventures pornographiques du prince libidineux, on est vite horrifié par les nombreuses pratiques dégoûtantes qui m’ont d’ailleurs obligé à poser le livre pour finir mon repas en toute tranquillité ! Et lorsque qu’on croit que le pire du pire est arrivé, Apollinaire brise toutes les morales et nous plonge dans un bain d’atrocités inépuisables.

Et pourtant, malgré ou à cause de cela, Les onze mille verges est un livre remarquable. Car son outrance excessive est telle qu’on ne peut que s’amuser de l’audace complétement folle de l’écrivain, créant un monde lubrique sans aucune moralité pour freiner les envies les plus perverses. Le dépaysement des divers lieux rends la lecture très agréable,  la drôlerie des chassé-croisé des personnages aussi rocambolesques que leur pratiques procurent une bonne humeur constante qui nous permets de survivre à toutes ces horreurs, et la longueur parfaite de ce cours roman (environ 110 pages en format de poche) nous oblige à nous immerger suffisamment longtemps dans la folie de ce livre sans jamais éprouver la moindre lassitude. Un livre qui est donc réservé à des lecteurs très avertis, mais qui saura faire écarquiller les yeux d’un public possédant assez de recul pour voir la farce cachée de toute cette horreur !

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2 commentaires pour Les onze mille verges

  1. Bardou dit :

    je ne pense pas que ce soit la photo de Guillaume Appolinaire. Une de ses connaissances, peut-être que oui…

  2. Effectivement, ce jeune homme n’a pas les traits d’Appolinaire, merci pour la remarque !

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