L’Assommoir

C’est après de très longues années d’abstinence que je reviens enfin à la littérature classique. Il m’aura fallu bien du temps pour séparer la beauté des oeuvres de la pesante obligation scolaire d’ingurgiter et de commenter d’imposants pavés qui devenaient par dépit indigestes. Je préférais de loin jeter mon dévolu sur la littérature fantastique de H.P Lovecraft, Edgar Allan Poe, Stephen King et tant d’autres. Plus tard, ce fut la littérature américaine qui accompagna mes insomnies avec des auteurs tel que Charles Bukowski, Bret Easton Ellis, Tom Wolfe, Phillip Roth ou Joyce Carol Oates. Et mon envie assez récente d’élargir mon horizon culturel m’amena tout naturellement vers les plus grands auteurs français.

Après avoir dévoré certaines œuvres de Maupassant et de Molière, je décidais de me frotter au géant Zola. Aimant les oeuvres sombres, mon choix se porta sur  L’Assommoir, ce dernier ayant la réputation d’être un récit terrible et sans issue. Et je dois dire que le résultat fut au-delà de mes espérances !

Décrivant avec minutie la chute inexorable de Gervaise, une jeune femme simple de campagne qui se retrouve dans le Paris infernal de 1870, L’Assommoir est un pur cauchemar effroyablement réaliste. Le lecteur est pris sans ménagement par le col et est plongé la tête la première dans un torrent de mots ne nous épargnant aucun détail de la vie ouvrière à Paris et n’omettant surtout pas la crasse et la misère qui se propagent dans chaque foyer, dans chaque pensée.

Emporté par un tourbillon d’évènements, on est totalement immergé au milieu de cette galerie de personnages attachants grâce à une écriture inouïe ne se faisant ni juge ni bourreau, seulement le témoin amusé de la vie et des sentiments d’une poignée de petits gens s’agrippant désespérément les uns aux autres, englués dans une misère sociale qui les empêche d’avoir le recul intellectuel nécessaire pour se sortir de cet enfer. Emile Zola fait preuve d’un humour grinçant en prenant la défense des actes peu scrupuleux et de viles pensées qui accompagnent la vie des protagonistes qui ne voient pas le gouffre sans fond qui s’étend à leur pieds.

Et lorsque arrive la chute, on assiste impuissant à un implacable délabrement, ou les amis d’autrefois deviennent les ennemis de demain, ou le malheur des uns fait le bonheur des autres, ou les maigres espoirs cèdent la place à une passivité dépressive, ou les bons sentiments se transforment en une amertume malsaine, et le récit ne cesse de s’enfoncer inexorablement, noyé sous les litres et les litres d’alcool innommable, rendant fous et stupides tous ceux qui succombent à cette tentation accessible à chaque coin de rue. Alors, tout est foutu, tout est perdu, il est trop tard pour faire machine arrière, le désastre est total, l’horreur et la tristesse engloutissent l’histoire et l’achèvent sur une note d’une noirceur insondable laissant le lecteur dévasté par cette oeuvre immense et inépuisable, un chef-d’oeuvre absolu à lire au moins une fois dans sa vie.

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2 commentaires pour L’Assommoir

  1. Ping : Pour une nuit d’amour, Emile Zola | C'est arrivé près de chez moi

  2. Ping : Pour une érotique du bonheur | C'est arrivé près de chez moi

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