L’Apollonide (souvenirs de la maison close)

Le cinéma érotique est un genre qui m’a toujours profondément ennuyé. Il ne fait aucun doute que j’ai un nombre impressionnant d’excellents films à voir dans ce registre, mais cela se résume trop souvent à une esthétique pseudo-bourgeoise à l’atmosphère évanescente ponctuée de dialogues soporifiques et de quelques scènes coquines peu émoustillantes. Je reviendrais certainement dans un autre article sur mon amour du cinéma « paillard » (à défaut de trouver un autre terme) français, italien et américain qui, lui, fait preuve d’un humour et d’une générosité sans pareille mesure dans sa représentation du sexe à l’écran. Il me semble que le cinéma érotique est finalement toujours passé à côté de ce qui pourrait vraiment le rendre singulier, à savoir dresser le portrait intime d’une femme, une forme d’étude psychologique explorant toute la complexité du désir féminin et ses figurations visuelles.

Je ne sais pas si l’on peut qualifier d’érotique le film de Bertrand Bonello, L’Apollonide, mais en tout cas, il contient tout ce que j’attendais désespérément de ce genre cinématographique. Le film nous plonge dans l’intimité d’une maison close à Paris en 1899 et nous fait partager le quotidien de prostituées prisonnières de leur condition. Dès les premières images, la magie opère, un voile trouble se pose sous nos yeux aussi libres et prisonniers que les occupantes de cette maison close. Les actrices magnifiques et sensuelles évoluent dans un monde factice fait de champagne, de rires, de caresses et de regards langoureux. L’unique élément extérieur est bien sûr le client, un mâle bourgeois venant assouvir ses fantasmes et décrocher pour un temps de la dure réalité du monde. C’est précisément là que se joue la grande force de L’Apollonide, dans cette confrontation entre les personnalités profondes des prostituées et la vision faussée qu’en ont les hommes, les voyant uniquement comme des objets de désir à l’esprit léger.

Si le film est érotique, c’est grâce à ce beau portrait de femmes faisant subir à leur corps des chocs physiques qui se répercuteront irrémédiablement sur leur psychisme, les scènes de sexe montrent surtout comment l’homme nie complétement l’esprit de la femme, imposant son désir sans souci de le faire partager à se partenaire. L’Apollonide envoute par sa troublante atmosphère, d’un rêve élégant porté par la beauté des costumes et des décors on passe à un cauchemar insoutenable ou certaines filles n’en sortiront pas indemnes. A l’heure actuelle ou certains esprits réactionnaires s’insurgent contre le fait de condamner les clients des prostituées, L’Apollonide, sur une brutale note finale, nous fait prendre conscience de l’horreur de la prostitution, ce « plus vieux métier du monde » réduisant la femme à un tas de chair prêt à être consommé par des hommes voraces totalement dénués de la moindre empathie.

(Vu au cinéma La Grenette à Bourg-en-Bresse)

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2 commentaires pour L’Apollonide (souvenirs de la maison close)

  1. OLIVIER Cathy dit :

    Bonsoir Pascal
    Je n’ai pas vu ce film, mais je voulais le voir justement car il traite de « prostitution » …
    C’est pour moi LE combat qu’il est urgentissime d’amplifier ! En tout cas, commencer à ne plus l’accepter et comprendre qu’aucune prostituée n’est heureuse, n’est pas dans une démarche volontaire… C’est un piège dans lequel on sombre, sans pouvoir ou très très difficilement s’en sortir. Début décembre, à l’Assemblée Nationale, un débat a eu lieu sur la possibilité de « pénaliser  » le client, pour qu’il prenne conscience que ce n’est pas un acte anodin. La France se positionne officiellement comme abolitionniste de ce point de vue.
    Je suis personnellement impliquée dans cette bataille, mais ce qui m’écoeure plus encore c’est lorsqu’il s’agit d’enfants ! C’est pourquoi avec PLANETE ENFANTS je voudrais que : »‘L’ENFANCE NE SOIT JAMAIS PLUS UN COMMERCE » Lien : http://www.planete-enfants.org/
    Au plaisir de te lire pour un nouvel article. J’aime bien ce que tu fais.
    Cathy

  2. Merci pour tes encouragements Cathy !
    En effet, j’ai eu la très désagréable surprise de constater que quelques hommes (et femmes !) avaient encore une pensée d’un autre âge par rapport à la prostitution. Sous prétexte de « plus vieux métier du monde », ce serait une activité qui permettrait selon certains d’empêcher des viols, la prostituée étant donc une soupape de sécurité pour les dégénérés ! Bien sûr, aucune étude ne démontre cela, c’est un ramassis de lieux communs et de « prêt-à-penser » qui me désole. Merci pour ton lien, c’est effectivement un combat de la plus haute importance.

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