Carnage

Le vaudeville est un genre vraiment jubilatoire du théâtre, on assiste généralement à une savoureuse confrontation entre des personnages haut en couleurs. Les répliques fusent, les quiproquos sont légion, l’histoire fait souvent preuve d’une extravagance qui finit par remporter à grands éclats de rire l’adhésion du public.

Pour conserver intact au cinéma le dynamisme de ce genre sans sombrer dans un montage hystérique avec des acteurs en faisant des tonnes pour restituer toute l’énormité de la situation, il faut une adaptation talentueuse et réfléchie, à l’inverse, on peut également se voir infliger à l’écran une mise en scène figée qui nous fait amèrement regretter de ne pas avoir vu la pièce originale au théâtre.

Roman Polanski choisit donc d’adapter Le Dieu du Carnage de Yasmina Reza, une pièce de théâtre décrivant la rencontre de deux couples bien sous tous rapports pour régler l’altercation de leurs fils, bien sûr rien ne se passera comme prévu… On perçoit immédiatement le thème du film qui intéresse le réalisateur, à savoir la personnalité profonde de chacun qui apparaît lorsque les conventions sociales s’effritent. J’avais hâte de découvrir ce que Polanski allait apporter à ce genre, la réponse fut sans appel : rien !

Non pas que Carnage soit un mauvais film, loin de là, mais à aucun moment, on est surpris par le cheminement artistique du long-métrage. Plutôt que de bousculer un genre établi, le réalisateur va confortablement s’installer, prendre ses aises, et merci au spectateur de ne pas déranger et de ne pas demander une touche originale, un acte irrévérencieux. Je me demande même si j’aurais été aussi indulgent avec ce film s’il n’était porté par un quatuor d’acteurs chevronnés.

Attardons-nous un instant sur chaque personnage. Jodie Foster campe une femme dont le côté névrosé puis limite hystérique ne débouche finalement sur rien, aucune critique intéressante ne ressort de ce portrait d’une « bobo » new-yorkaise. Pour Kate Winslet (au doublage catastrophique), son personnage est désespérément creux, n’a rien à dire et ne nous dit rien. Involontairement, le récit appuie cette critique puisque il faut une scène de vomi abominable et un état alcoolisé avancé pour lui donner une certaine consistance ! La réalisation devient d’une lourdeur indigeste lorsque la caméra adopte les mouvements désordonnés de Winslet au cas ou le spectateur distrait n’aurait pas compris ce qu’il se passait à l’écran ! Heureusement, les personnages masculins s’en sortent nettement mieux. Dans le rôle de l’homme conciliant et sympathique, John C. Reilly fait apparaître au fur et à mesure de Carnage un être bourru et sexiste accro à sa maman provoquant des éclats de rire bienvenus. Mais le meilleur vient de Michael Longstreet, un homme d’affaire cynique impeccablement joué par Christoph Waltz. D’une suffisance absolue et hilarante, l’acteur fait mouche à chaque regard, à chaque réplique.

L’immoralité mordante du personnage semble d’ailleurs faire abdiquer le film car là ou pensait avoir droit à un troisième acte dément après que les masques soient tombés, que le vernis social craquèle de toute part, Carnage décide de…s’arrêter ! Une terrible frustration envahit le spectateur qui attendait justement un final transcendant le genre du vaudeville et apportant une conclusion originale, voire démesurée. Au lieu de ça, Polanski choisit paresseusement de souligner l’absurdité de la situation avec une image finale grotesque me laissant avec cette unique phrase en tête : << J’aurais vraiment voulu voir cette pièce au théâtre !>>.

(Vu au cinéma La Grenette à Bourg-en-Bresse)

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