A Dangerous Method

Quel parcours exceptionnel que celui de David Cronenberg ! Débutant dans les années 70, le cinéma de ce réalisateur canadien fut immédiatement reconnu par les cinéphiles comme unique et novateur. Ses premiers films d’horreur (Frissons, Rage), dérangeants et réalistes, abritaient des thèmes et des obsessions qui allaient devenir récurrents dans toute sa filmographie mais sous des aspects traités à chaque fois de manière différente. Transformation et mutation…

La démonstration des répercussions physiques sur le psychisme (et inversement) par un vecteur sexuel se retrouve dans nombre de ses films ( Crash, Faux-Semblants, Chromosome 3). Ce terreau immense et tortueux a permis aux spectateurs d’être intellectuellement interpellés par des images obsédantes et choquantes. Revoir encore aujourd’hui des films comme La Mouche ou Vidéodrome demeure une expérience viscérale et cérébrale éprouvante. L’esprit et la chair se confrontent et s’assemblent pour donner naissance à une nouvelle entité, une réinvention de la matière, un esprit libéré des carcans sociaux et philosophiques et s’aventurant sur un chemin inconnu, aussi dangereux que vertigineux.

C’est véritablement avec Spider qu’un changement important se fit sentir chez David Cronenberg. Même si eXistenZ avait quelques peu désappointé des fans par son côté ludique, le film suivant suscita des réactions de rejet assez virulents chez certains, le réalisateur étant taxé de cinéaste poseur et embourgeoisé reniant son passé de maître de l’horreur. Il est tout à fait compréhensible de regretter les débordements visuels de sa première moitié de carrière (période que je vénère au plus haut point), mais après l’exploration de la chair pervertie à l’écran, Cronenberg décide d’explorer le versant le plus cérébral et le plus intimiste (donc forcément moins spectaculaire) de ses obsessions, à savoir la transformation de la pensée humaine, et son orientation après une situation sortant du cadre établi par la société.  History Of Violence et Les Promesses De L’Ombre démontrent que le réalisateur a su négocier parfaitement son virage artistique pour continuer d’explorer plus profondément l’humain.

 A Dangerous Method s’avère absolument fascinant . Le cinéaste, toujours là ou on ne l’attends pas, pousse son art dans une direction incroyable en illustrant le combat invisible entre deux pensées. Prenant le risque de dépouiller son cinéma pour n’en garder qu’une magnifique austérité intellectuelle (qui repoussera nombre de spectateurs peu habitués à être bousculés de la sorte), A Dangerous Method nous emmène aux balbutiements de la psychanalyse tiraillée par deux visions différentes de cette médecine moderne, celle de Carl Jung (Michael Fassbender) et celle de Sigmund Freud (Viggo Mortensen). Un affrontement passionnant se dessine au fur et à mesure du long-métrage, le combat se compliquant par la présence d’un troisième esprit directement touché dans sa chair celui-ci, Sabina Spielrein (Keira Knightley). Un magnifique trio d’acteurs (sans oublier la musique du fidèle Howard Shore)au services des obsessions toujours présentes mais plus diffuses de ce réalisateur précieux qui, loin de se reposer sur ces lauriers, ose toujours s’aventurer plus loin, chaque oeuvre lui permettant de donner une nouvelle dimension à ses interrogations sur l’interaction entre la pensée, la chair et la sexualité.

(vu au cinéma La Grenette à Bourg-en-Bresse)

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