Aphex Twin : « Drukqs »

Il faut remonter au tout début des années 90 pour entendre parler pour la première fois d’Aphex Twin. Les premières raves anglaises faisaient leur apparitions à la campagne et dans des entrepôts désaffectés. Parmi toute une nouvelle génération de musiciens  anglais surgit du fin fond des Cornouailles Richard D. James plus connu sous les pseudos d’Aphex Twin, AFX ou Polygon Window qui impose une Techno jamais entendue auparavant, à la fois faite de sonorités industrielles et de mélodies époustouflantes. Très vite, les albums s’enchaînent, la plupart devenant immédiatement des classiques absolus de la musique du 20eme siècle (Selected Ambient Works vol. 2, …I care because you do, Richard D. James). Mais c’est avec deux clips réalisés par Chris Cunningham que Aphex Twin va se fait connaître du grand public : les démentiels Come to Daddy (1997) et Windowlicker (1998) explosent les conventions musicales en se réappropriant d’une façon stupéfiante l’électro hardcore pour le premier titre et le R’&B’ pour le deuxième. Encore aujourd’hui, ces deux titres sont l’inspiration majeure de nombre de producteurs au service d’artistes plus ou moins inspirés et qui n’ont certainement jamais entendu parler du génie anglais. Le label Warp surfe sur le succès d’Aphex Twin et cela commence à agacer sérieusement Richard D. James qui a toujours préféré l’obscurité solitaire de son studio que la lumière aveuglante de la célébrité. L’annonce d’un double album en 2001 affole les fans ainsi que la sphère musicale qui attendent le monstre avec une impatience démesurée. C’était sans compter sur l’humour et l’humeur du musicien qui va prendre tout ce joli monde à rebrousse-poils…

Drukqs se présente comme un énorme coffre rempli de vieux  jouets que Richard D. James va prendre un malin plaisir à assembler n’importe comment. L’effet est terrifiant, on est au premier abord perdu au milieu de ces bruits, distorsions et autres sons chaotiques qui se fracassent au gré de rythmiques épileptiques qui n’en finissent pas de se réinventer. Une musique éprouvante pour les oreilles non averties mais qui cache en son sein une  beauté mélancolique, une extrême nostalgie de l’enfance, une bouleversante solitude qui se dévoile surtout quand les instruments tombent en panne et ne reste plus que le son d’un piano déformé et bidouillé . L’influence d’Eric Satie se fait pour la première fois explicitement sentir dans les compositions d’Aphex Twin, ce dernier collectionnant tous les enregistrements des oeuvres ce grand pianiste français.

Mais dans la chambre d’enfant d’Aphex Twin se trouve également d’inquiétantes zones d’ombre angoissantes, en y regardant de plus près, d’immenses gouffres sans fond nous invitent à nous perdre dans leur ténèbres. Ainsi est fait Drukqs, cet album complexe et foisonnant impossible à appréhender en quelques écoutes. Sans fil conducteur apparent, cet album est fait de montées arides et de descentes vertigineuses entrecoupées de refuges dans les souvenirs de Richard. Jouant avec les contrastes, nous invitant à nous réconcilier avec notre part enfantine, totalement anti-commercial, Aphex Twin démontre encore que ce monstre de créativité est un alien unique dans la jungle musicale moderne qui ravira les mélomanes curieux et exigeants.

(CD disponible à la médiathèque de St-Amour)

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Un commentaire pour Aphex Twin : « Drukqs »

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