17 Filles

L’adolescence est un état particulier qui se prête merveilleusement bien au cinéma. Cette période fragile nous fait passer par de multiples et contradictoires états émotionnels, l’association des réflexes encore enfantins aux réflexions pré-adultes provoquant un déséquilibre qui peut devenir vertigineux. L’énergie mystérieuse débordant de ces corps graciles et maladroits a été représenté de belle manière au cinéma, il suffit de revoir des oeuvres comme Thirteen, Virgin Suicides, Pique-nique à Hanging Rock, Créatures Célestes, Stand By Me, et dans un registre plus trash, les films subversifs de Larry Clark et de Gregg Araki.

Basée sur des faits réels survenus aux Etats-Unis, l’histoire de 17 Filles relate la contagion qui gagne un groupe de filles lorsque l’une d’entre elles tombe enceinte et décide de garder l’enfant malgré son jeune âge. A partir de cet étonnant point de départ situé dans une petite ville de Bretagne, les réalisatrices Delphine et Muriel Coulin brossent le portrait sensible d’une adolescence partagée entre ennui, envies, rires et déceptions. La grande qualité du film est de nous faire pénétrer  l’état émotionnel de ces jeunes filles espérant grâce à une grossesse commune se libérer de la pesanteur sociale qui les attends à la sortie de l’école, et ainsi se créer un  nouveau modèle social, très éloigné de celui tenu par leur parents complétement dépassés par les évènements.

A fleur de peau, avec une délicatesse frémissante, la réalisation nous emporte et nous ramène à notre propre état adolescent, quand le poids de la réalité ne nous empêchait pas de rêver à un mode vie meilleur et différent. On s’attache énormément à ce groupe d’adolescentes jouées par des actrices prometteuses, et c’est un plaisir de revoir l’une des meilleures actrices françaises, Noémie Lvovsky, après sa brillante prestation dans L’Appolonide.

N’idéalisant jamais ces adolescentes éprises de liberté, 17 Filles, avec une belle justesse de ton, raille doucement le monde adulte et ses médias qui veulent désespérément une explication rationnelle pour comprendre le geste collectif des jeunes filles. Le film se conclue sur une note douce-amère, émouvante, qui me fait penser, à l’heure ou des forces obscures (de tout bord) dénigrent la place de la femme dans la société, que les hommes devraient accroire leur intérêt au féminisme, garant de la bonne tenue d’une démocratie.

(Vu au cinéma La Grenette à Bourg-en-Bresse)

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2 commentaires pour 17 Filles

  1. Pauline dit :

    J’ai lu le livre qui a inspiré le film, et c’était vraiment un régal ! Je te le conseille vraiment, et je m’en vais de ce pas essayer de regarder ce film que j’ai manqué au ciné (faut dire aussi qu’à Saint Amour, le choix des films est limité ^_^)

  2. J’espère que le film te plaira autant que le livre, même si le traitement est très différent d’après ceux qui ont lu le livre et vu le film. Il me semble qu’il est toutefois plus intéressant pour une adaptation cinématographique de s’éloigner du matériau original pour proposer une autre vision, une autre lecture, qui permet aux deux œuvres de se compléter.

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