Metropolis : le ciné-concert de l’Institut Lumière

Les ciné-concerts sont toujours un moment privilégié que je vénère au plus haut point. Outre le fait de redécouvrir un grand classique sur grand écran, le fait d’assister à une création musicale en direct et en accord avec le film est tout simplement un moment magique. Je garde encore un souvenir ému de l’incroyable ciné-concert Les mains d’Orlac (chef-d’oeuvre de Robert Wiene,1924) par le talentueux organiste Thierry Escaich au festival de musique à Salon-de-Provence en Juillet 2010.

Metropolis étant l’un de mes films préférés (comme de nombreux cinéphiles), je fus ravi de l’annonce faite par l’Institut Lumière de Lyon qui organisa le Mercredi 18 Janvier 2012 en collaboration avec l’ARFI (association musicale lyonnaise) un ciné-concert du titanesque long-métrage de Fritz Lang (nouvelle restauration emmenant le film à 2h33) accompagné d’une inédite création musicale de Actuel Remix. Ce duo de musique électronique proposa pour cette occasion une composition exigeante collant parfaitement avec l’avant-gardisme de Metropolis. En effet, Xavier Garcia et Guy Villerd ont réuni deux musiques d’artistes complétement différentes pour créer  une nouvelle oeuvre hybride et mutante. D’un côté, nous avons Iannis Xenakis, immense compositeur d’une musique électro-acoustique foisonnante et expérimentale, et de l’autre  Richie Hawtin, une légende de la Techno, originaire de Détroit, là ou ce genre musical est né. Une collision forcément intrigante et excitante…

Après s’être confortablement installés dans les sièges de l’Institut Lumière (plein à craquer), les spectateurs applaudirent le duo venu s’installer à la gauche de l’écran devant une table ou étaient disposés Mac et machines électroniques. Les lumières s’éteignent, le film commence, et aussitôt je suis soufflé par le son de Actuel Remix ! J’imaginais que la musique serait à dominante « classique » et que les rythmes Techno donneraient un rythme discret et entêtant, eh bien pas du tout ! La musique est audacieusement dirigée par les basses vrombissantes et les cliquetis métalliques de Plastikman (célèbre pseudo de Richie Hawtin), les sonorités étranges et expérimentales de Iannis Xenakis venant quant à elles s’insinuer dans cette machinerie rythmique pour un résultat final époustouflant !

(Vous pouvez essayer de lancer les deux vidéos en même temps, le résultat est intéressant et vous donnera une petite idée du ciné-concert!)

Il est de prime abord un peu déstabilisant de voir Metropolis habillé de cette nouvelle pulsation, mais le travail hallucinant des musiciens créent un univers sonore répondant parfaitement aux images poétiques et futuristes de ce dernier monument de l’expressionnisme allemand. La surprise continua pendant la projection lorsque je découvrais que la musique ne se contentait pas de se synchroniser sur le rythme des machines infernales qui habitent Metropolis, mais insuffle une vision subtile et pertinente, ou l’âme des hommes et des machines se confrontent, se répondent et fusionnent. La hardiesse de cette composition ira jusqu’à faire entendre des voix pendant une scène de « dialogue » du film, ajoutant une touche d’étrangeté détonante. Le coup de grâce arriva lors de la séquence monumentale (l’une des plus belles du cinéma) ou la femme-robot prends les traits de Maria, l’inventivité folle des deux artistes décupla l’émotion ressentie et me donna la chair de poule ! Une longue salve d’applaudissements de spectateurs enthousiastes vient conclure cette expérience unique qui restera un très grand moment de cinéma !

(le magnifique « Metropolis » de Kraftwerk sur des images du film)

En attendant une hypothétique version DVD et Blu-Ray de cette rencontre artistique  entre Fritz Lang et Actuel Remix, voir Metropolis dans une salle de cinéma est une chance incroyable, redécouvrir la gesticulation de corps étouffés et perdus dans cette ville-machine sur grand écran est un choc fascinant. Les scènes inédites sont un ajout inestimable, l’allongement de la séquence de la nuée d’enfants emmenée par Freder et Maria emmènent le film vers de nouveaux sommets. Et que dire de ce plan de quelques secondes qui me foudroya, ou l’on voit Maria hurlant de frayeur au premier plan tandis que derrière elle, une meute d’hommes déchaînes s’apprête à lui fondre dessus. Après avoir pu découvrir mon film culte 2001, A Space Odyssey sur l’écran gigantesque de la Halle Tony Garnier l’année dernière (la plus forte expérience cinématographique de ma vie à ce jour), 2012 a démarré sur les chapeaux de roues avec la vision sur grand écran de Metropolis, demeurant près de 80 ans après sa création une oeuvre immense, visionnaire et sidérante.

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