Take Shelter

Le cinéma fantastique va mal. Depuis l’explosion de la culture « Geek » dans les médias, ce genre si riche s’est perdu dans d’insipides blockbusters qui ne cessent de déferler sur les écrans les uns après les autres. Le constat devient inquiétant quand on regarde de plus près le travail de quelques géants : Peter Jackson retourne en Terre du milieu, Guillermo Del Toro accumule les projets mais n’a rien tourné depuis Le Labyrinthe de Pan et John Carpenter vient de signer avec The Ward le film le plus mineur de sa carrière. Mais le plus grave est de ne pas voir apparaître un jeune réalisateur proposant une nouvelle vision du fantastique, lui donnant un nouveau souffle, l’extirpant des gros studios prêts à le désosser de sa substance profonde.

Même si ce genre s’éloigne de mes goûts actuels, je surveille toujours assidument le sursaut tant espéré. Et contre toute attente, c’est en découvrant Take Shelter que j’imaginais comme un excellent drame psychologique que je fus confronté à une nouvelle vision du fantastique, intime voir introverti. Il n’y a aucunement besoin d’effets spéciaux pour décrire l’impossible, voilà ce que semble dire le réalisateur Jeff Nichols au cinéma fantastique. C’est peu et c’est énorme. Tout se passe à travers le regard de Curtis (joué magistralement par Michael Shannon) qui va nous amener à nous demander ce qui se passe sous nos yeux, et n’attendez surtout pas un cliché du cinéma de genre (à part une  scène, la seule petite fausse note du film d’ailleurs), Take Shelter n’a rien a voir avec ses prédécesseurs, il construit autre chose, ailleurs.

On pourrait imaginer un roman de Stephen King débarrassé de ses effets grandiloquents mais conservant ses personnages profondément marqués , on pourrait imaginer un film de Terrence Malick décidant de repenser le cinéma de genre, mais non, Take Shelter est unique et ne ressemble qu’à lui. L’image de cet homme confronté à un immense ciel gris nous transmet sur grand écran un sentiment d’inquiétude d’une force et d’une subtilité tétanisantes. La sublime photographie alliée à une musique étrange nous fait pénétrer dans l’intimité d’une famille de la middle class américaine, et nous donne l’impression de découvrir ce portrait pour la première fois. Car avant tout, Take Shelter parle de l’humain, de sa difficulté à communiquer avec ses semblables, de la peur de voir un être proche s’enfermer dans un univers intérieur. A la différence de We need to talk about Kevin (aux raccourcis scénaristiques édifiants) , le thème de la schizophrénie est traité avec délicatesse, et interroge avec force le système médical, voir la société toute entière. Dommage que le grand public soit plus réceptif à de gros spectacles en 3D, car Talk Shelter est véritablement une expérience incroyable et…fantastique !

(vu au cinéma La Grenette)

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