Prometheus

C’est véritablement avec l’arrivée du magnétoscope et des vidéo-cassettes que ma cinéphilie naissante s’est trouvée décuplée. Même si à l’époque (le début des années 80), la TV proposait alors quantité de bons films (Phantom Of The Paradise programmé un Dimanche soir à 22h30 sur TF1, vous le croyez ?), ce fut une véritable révolution culturelle de découvrir une avalanche de films disponibles dans les vidéo-clubs et de pouvoir ainsi échanger ses goûts et ses passions avec d’autres clients. Avec gourmandise, j’engloutissais chaque week-end tous les classiques du cinéma fantastique tel que Shining, Evil Dead, Hellraiser et tant d’autres. Parmi tous ces grands titres, l’un d’eux me traumatisa au plus haut point, jamais je n’avais ressenti une atmosphère aussi étouffante, une horreur indéfinissable alliée à une esthétique inoubliable fit immédiatement d’Alien l’un de mes films cultes.

Le talent visuel de Ridley Scott, le scénario palpitant de Dan O’Bannon, le mécha-design novateur de Robb Cobb et Chris Fross, et bien sûr l’immense talent de l’artiste suisse H. R. Giger font de Alien une expérience unique de cinéma, un sommet de l’angoisse de l’homme face à l’immensité de l’univers. Très intelligemment, James Cameron prit le contre-pied des séquelles et livra une vision tout autre du même univers, Aliens, considéré et à juste titre comme l’une des meilleures suites au cinéma avec entre autres L’Empire Contre-Attaque et Terminator 2 (de James Cameron également !). Hélas, le studio Fox, bien connu pour ne pas faciliter la tâche des réalisateurs, empêcha le jeune (et peu connu à l’époque) David Fincher de livrer entièrement sa vision sombre et religieuse (se référer à l’excellent coffret DVD/Blu-Ray pour se rendre compte de l’excellent travail escamoté), néanmoins Alien3 demeure une très belle réussite de science-fiction horrifique. Passons sous silence le grotesque Alien 4 de Jean-Pierre Jeunet qui a plutôt l’allure d’une blague au sein de cet univers ultra-sombre et porteur de réflexions passionnantes sur l’homme face à l’inconnu. Dois-je enfin parler des calamiteux Alien Versus Predator  ? Ces navets doivent plutôt être vite oubliés ! L’annonce d’un Alien 0 par Ridley Scott lui-même fit l’effet d’une bombe, soulevant le plus grand enthousiasme mais aussi quelques vives inquiétudes ! En effet, il est bien loin le temps ou Scott réalisa Blade Runner (un chef-d’œuvre absolu de la S-F), et la préquelle indigeste de Star Wars : La Menace Fantôme par le révisionniste George Lucas a plutôt donné envie aux cinéphiles de laisser les mystères non résolus du  7eme art là ou ils sont !

(« Necronom 4″ par H.R. Giger, la peinture à l’origine du design de l’Alien)

Malgré cela, l’envie de découvrir cette préquelle non officielle d’Alien était très forte d’autant plus que la technologie actuelle pouvait emmener cet univers unique vers de nouveaux terrains visuels. Prometheus impose sa griffe immédiatement avec une scène d’introduction absolument fabuleuse qui renvoie aux plus belles pages des BD européennes de SF dans les années 70. Ridley Scott utilise la 3D d’une manière très intelligente, absolument pas tape-à-l’oeil, invitant l’œil du spectateur à une immersion aussi profonde que discrète. Du jamais-vu depuis Avatar, preuve s’il en est que la 3D est un véritable outil cinématographique totalement dépendant du talent du réalisateur. L’ambiance sombre et lourde n’égale certainement pas Alien, modèle du genre, mais en ces temps ou triomphent Transformers et autre Avengers, il est bon de voir un blockbuster qui ne mise pas son succès sur un « fun » décérébré. L’aspect visuel du film est à se décrocher la mâchoire, chaque plan fait preuve d’une attention au niveau du design et de l’éclairage qui ravit nos rétines, et l’alliance des décors inspirés du film matrice avec la nouvelle technologie est un joli tour de force.

Bien qu’éloignées du design de Giger, les créatures cauchemardesques de Prometheus font honneur à l’Alien original en respectant bien la terreur sexuelle sous-jacente qui se love dans ces formes tentaculaires et gluantes inspirant l’effroi et le dégoût, mais également une fascination morbide. Aperçu à l’état de cadavre dans le film original lors d’une scène devenue culte dans l’histoire du cinéma, le Space Jockey est au centre de l’histoire de Prometheus. Son implication au sein de l’univers d’Alien est tout simplement vertigineuse, il faut saluer le scénario qui donne une dimension gigantesque au film à la mesure du mythe initial. Chaque réponse apporte son lot de questions insondables, et les protagonistes ne peuvent que subir le déferlement de terribles événements et révélations  à venir.

Mais tout n’est pas parfait dans Prometheus. Même si la plupart des personnages ont été bien écrits et interprétés (mention spéciale à Noomi Rapace et Michael Fassbender), certains ne passent pas le cap de l’ébauche vite esquissée, et certaines scènes deviennent de ce fait carrément embarrassantes (révélation à la Star Wars, une attaque digne d’un mauvais film de loup-garou, le sempiternel sacrifice des pilote sympas,…). Signalons également une musique anecdotique de  Marc Streitenfeld qui n’arrive jamais à la cheville des superbes décors qui nous plongent dans l’ambiance. Et si une toute dernière scène inutile (qui je l’espère sera peut-être absente d’un Director’s Cut très attendu) vient légèrement ternir Prometheus, le point d’interrogation empli de peur et d’espoir qui clôt le long-métrage illustre bien l’audace de Ridley Scott qui réalise là son meilleur film depuis des lustres, établissant un pont fascinant entre les mystères de la SF des années 70 et notre époque, férue de réponses technologiques.

(Vu au cinéma Les Amphis à Bourg-en-Bresse)

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