Rebelle

La fin des années 90 aura vu un bouleversement dans le domaine du cinéma d’animation américain. Alors qu’au fil des ans, Disney, qui façonna sa légende à travers des chefs-d’œuvres  impérissables tel que Bambi, Blanche-Neige et les 7 Nains ou Cendrillon, sombrait artistiquement avec des productions au mieux amusantes mais la plupart du temps insipides, la société Pixar, une bande de geeks cinéphiles et férus de technologie, apporta un vent nouveau, que dis-je, une véritable tornade au sein du petit monde des dessins animés. Considérant avec intelligence que la technologie n’est utile que lorsqu’elle sert à raconter l’histoire, Pixar a émerveillé les yeux et le cœur des enfants, du grand public et des cinéphiles du monde entier. Monstres & Cie, Le Monde de Nemo, Les Indestructibles, Wall-E et Là-Haut ont chacun à leur manière repoussé la technologie de l’animation en images de synthèse et ouvert de nouveaux horizons narratifs à un genre qui hélas prend trop souvent les enfants pour des gamins décérébrés. Surfant sur la vague, une pléthore de studios s’engouffra dans la brèche mais sans absolument aucune ambition cinématographique. Si des films comme Shreck ou L’Age de Glace se regardent sans déplaisir, que dire des navets qui inondent les salles obscures à chaque vacances scolaires ?

Le deal signé entre Disney et Pixar (à la faveur de ce dernier) était quelque peu préoccupant. La folle créativité du studio californien allait-elle se perdre dans ce pillier de l’industrie du divertissement ? Le dernier rejeton de cette nouvelle ère, Rebelle, laissait entrevoir un spectacle épique où la mythologie, l’univers des contes et légendes, voire l’Héroïc-Fantasy, allait permettre encore une fois à Pixar de surprendre les spectateurs en proposant du jamais-vu. Et l’on pouvait espérer que l’utilisation de la 3D allait enfin nous venger de toutes ces productions qui ne cessent de bâcler le potentiel de ce nouvel outil cinématographique réduit à un vulgaire gadget commercial.

Hélas, rien de tout cela n’apparaît dans Rebelle. Si la facture visuelle du film est de toute beauté, la 3D est une énorme déception, aussi inutile que désagréable pour profiter des détails de l’animation, une seconde vision en DVD et en 2D s’imposera pour apprécier la prouesse technique du film. La réalisation malgré quelques fulgurances est extrêmement pauvre, oscillant entre des plans panoramiques honteusement copiés sur le monumental Le Seigneur des Anneaux de Peter Jackson et un découpage hystérique et illisible lors des scènes d’action. Le rythme de Rebelle alterne ainsi entre scènes inutiles et interminables tandis que des thèmes ou des personnages intéressants (fascinant Mor’du) sont lamentablement sacrifiés sur l’autel de l’efficacité commerciale.

On comprends vite que malgré les apparences, on est en face d’un film Disney ! Et s’il n’y avait qu’une seule scène pour prouver cette supercherie, je citerais volontiers cette première séquence où l’on suit la cavalcade de la princesse Merida exprimant tout son besoin de liberté et d’aventures, un passage important qui se voit complétement massacré par une chanson d’une niaiserie incommensurable (du moins en VF) annihilant instantanément le statut épique de l’ascension ainsi que l’attention du spectateur qui doit se boucher les oreilles pour conserver sa bonne santé mentale et auditive ! Malgré quelques gags qui font mouche, la plupart d’entre eux sont traités sur un mode frénétique, comme si la quantité devait nous faire oublier le peu de soin apporté aux personnages secondaires. Quel dommage, Pixar tenait pourtant là un très beau portrait de jeune fille doublé d’une lecture audacieuse et épurée des légendes, au lieu de quoi on doit supporter un scénario cousu de fil blanc qui suggère un développement créatif douloureux. Reste à savoir si Rebelle est un simple faux-pas au sein de la filmographie exemplaire de Pixar, ou le début d’une nouvelle façon de cimenter l’association des deux studios, à savoir un emballage visuel bien trompeur sur la qualité profonde de l’œuvre. Les prochaines productions devraient nous aider à y voir plus clair, mais l’avenir apparaît soudainement bien sombre pour le cinéma d’animation américain.

(vu au cinéma Les Amphis à Bourg-en-Bresse)

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2 commentaires pour Rebelle

  1. Pour appuyer mon propos, voici un lien qui démontre que Pixar a également un côté obscur : http://www.elbakin.net/fantasy/news/17594-Rebelle-:-Brenda-Chapman-revient-sur-sa-mise-a-lecart

  2. lemaf dit :

    Tu passes sous silence que notre rebelle est le premier personnage a ne pas avoir les cheveux… lisses! Une belle prouesse technologique…

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