Lucrèce Borgia

La famille Borgia inspira un grand nombre d’artistes qui se succédèrent pour illustrer les nombreuses débauches morales et physiques de cette sanglante famille italienne. Mais il me semble qu’aucune œuvre n’arriva aussi bien que Lucrèce Borgia de Victor Hugo à dépeindre avec autant de force toute l’horreur et la perversité de cette terrible lignée sans tomber dans une grotesque caricature comme par exemple la bande dessinée Borgia de Milo Manara et Alejandro Jodorowsky.

Fruit de l’inceste entre Lucrèce Borgia et son frère, Gennaro, orphelin ignorant tout de sa redoutable mère , se voit courtiser et idolâtrer par cette dernière, dont il ne connaît d’elle que sa réputation méritée de femme manipulatrice et meurtrière. Victor Hugo dresse là un portrait incroyablement fascinant d’une femme mystérieuse, une irrépressible envie s’empare du lecteur pour deviner les origines de ce monstre de perversité et pour comprendre cette passion immorale pour son fils né d’une union interdite.

(édition Eugene Renduel illustrée par Célectin Nanteuil, 1883)

Lucrèce, dans sa tragique folie, croit pouvoir laver son nombre incalculable de pêchés en donnant tout son amour à Gennaro. C’est une farce atroce que nous livre là Victor Hugo, quel effrayant humour noir de nous décrire que le seul moyen pour cette femme de rentrer dans le droit chemin est, selon elle, de commettre le plus grand crime de l’humanité, l’inceste ! Cet esprit mordant est appuyé par l’irrésistible Gubetta, le mentor de Lucrèce, qui n’aime pas voir sa maîtresse arpenter le chemin de la moralité et préfère l’accompagner dans ses petites habitudes faites de crimes, de complots et de démonstrations de pouvoir. Les dialogues plein d’ironie et de félonie de Gubetta tranchent merveilleusement avec les discours nobles et fiers des soldats de Venise, amis de Gennaro.

(Film français de 1952)

Cette pièce de théâtre démontre qu’un grand cœur ne saurait résister au redoutable machiavélisme d’une âme plus sombre que la plus profonde des grottes, emportant ses victimes agonisantes sur le devant d’une scène vouée à la mort, et laissant le lecteur sonné par ce court texte d’une force aussi incroyable que la cruauté incontrôlable de l’ensorcelante Lucrèce Borgia.

(Portrait de Lucrezia Borgia par Bartolomeo Veneto)

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