« Une Bibliothèque Idéale » de Hermann Hesse

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La lecture est considérée comme une activité indispensable pour vivre en société bien sûr, mais également comme la façon la plus sûre et élégante de se cultiver ou de se passer le temps. Que lire, comment lire, pourquoi lire ? Ces quelques questions ont peut-être traversé tout lecteur confronté à une surproduction littéraire pharaonique. Hermann Hesse tente de nous apporter des éléments de réponse dans ce petit ouvrage d’une centaine de pages, Une bibliothèque Idéale, publié chez Rivages dans la collection « Petite Bibliothèque ». Peut-être faut-il rappeler rapidement  qui est Hermann Hesse : né en 1877 et mort en 1962, cet écrivain allemand est également poète et peintre. En 1946, il obtient le prix Nobel de littérature. Parmi tous ses romans romantiques et spirituels, citons Le Loup des Steppes et Le Jeu des Perles de Verre comme ses plus grandes réussites.

Une Bibliothèque Idéale est constituée d’un ensemble de textes hétérogènes autour de la lecture : constitution d’une bibliothèque, rapport aux livres, différents types de lecture, écriture, traduction… Tous ces textes forment une unité cohérente qui rapprochent l’ouvrage de l’essai, exercice littéraire que pratiquait avec brio Hermann Hesse. Autant le dire d’entrée, le texte clair et incisif fera certainement grincer quelques dents, surtout à l’heure actuelle. Attention, Hermann Hesse ne propose pas une collection « idéale », bien au contraire, mais nous délivre dans un style romantique tout son amour pour la littérature qui l’a construit et accompagné toute sa vie. C’est après que cela se corse, quand l’auteur définit trois types de lecteurs et donc de lecture. Nous avons tout d’abord le lecteur avide de lecture légère, boulimique, il recherche les œuvres les plus dépaysantes et qui se rapprochent le plus de ses goûts. Puis arrive le lecteur érudit et averti qui, voulant lire uniquement les plus grandes œuvres, cherche à étendre sa culture littéraire selon le bon goût en vigueur.

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Enfin, Hermann Hesse brosse le portrait d’un troisième type de lecteur, beaucoup plus difficile à décrire. Un lecteur qui s’appuierait sur la littérature pour approfondir la connaissance de soi, pour créer un lien entre ses aspirations intellectuelles et spirituelles. Ce lecteur ne constituerait pas sa collection sur la mode abrutissante ni sur le bon goût autoritaire pour se constituer sa collection, mais il créerait de toutes pièces un cheminement littéraire intime et sensible.

Cette façon de concevoir la lecture ne signifie pas qu’il faille proscrire la lecture légère ou au contraire éloigner les œuvres de Victor Hugo ou de William Shakespeare de sa bibliothèque, mais Hermann Hesse a la ferme conviction que lire uniquement de la même façon les mêmes choses est une perte de temps monumentale, que ce temps serait bien mieux employé à des activités gratifiantes plutôt qu’engloutir tel un goinfre littéraire des livres qui ne laisseront finalement qu’une impression de satisfaction sentimentale ou littéraire, sans que son moi intime en soit touché. Cela et tant d’autres réflexions attendent le lecteur de Une Bibliothèque Idéale, livre qu’on relira avec plaisir tout au long de sa vie.

Table de travail de Hermann Hesse(Table de travail de Hermann Hesse, musée de Gaienhofen)

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Un commentaire pour « Une Bibliothèque Idéale » de Hermann Hesse

  1. Brignone dit :

    merci pour ce passionnant article !

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