A la recherche de Marcel Proust

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Depuis quelques (longs) mois je m’intéresse de (très) près aux techniques d’écriture d’écrivains, en collectant des témoignages de leur rapport à l’écriture, des photos de leurs bureaux et de leurs carnets. Aimant raturer des pages à mes heures perdues, je m’interroge sur le fait de me lancer plus en avant dans l’écriture. Seulement, j’ai l’impression d’être devant un gouffre immense et de devoir sauter à pieds joints. Alors, en attendant cette chute fatidique, voyez-vous, je fais des provisions, je me rassure en lisant des écrits d’écrivains sur leur écriture…

Bref, au gré de mes recherches, je suis tombé sur un manuscrit de A la recherche du temps perdu d’un certain Marcel Proust. Je ne m’étais jamais penché sur son œuvre, mais mon entourage plus ou moins proche m’en avait dissuadé : « Des phrases à n’en plus finir », « assommant de détails inutiles », « un étalage prétentieux de bourgeoisie », etc.

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Plus le temps passait, et plus le personnage me fascinait. Comment un homme a-t-il pu créer une œuvre aussi imposante, aussi définitive ? Alors, je me suis documenté sur l’homme et me suis construis ma vision de Marcel Proust. J’y ai découvert un être à la sensibilité exacerbée, obsédé par ses obsessions, à l’écoute de ses sentiments les plus profonds, captivé par l’aristocratie et vouant à sa mère un amour incommensurable.

Marcel Proust sent en lui la vocation d’écrivain, mais tient à baser son œuvre sur une notion philosophique, une idée qui permettrait à son auteur d’inonder les pages de mots et de former au final une œuvre littéraire totale. Et c’est la mort de sa vénérée mère qui, le laissant seul, le libérera totalement, et lui donnera le fondement de son œuvre littéraire : le Temps.

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A la recherche du temps perdu peut commencer, pour Marcel en 1907 et pour moi en 2014. Il est impossible de lire Proust distraitement, pour se détendre. Il y a certains soirs ou je sais que, par fatigue, je ne toucherais pas le premier volume, Du côté de chez Swann, de peur de passer à côté de la délicatesse de chaque mot, de chaque phrase, de chaque inspiration que l’on peut y puiser. Oui, les phrases y sont longues et fourmillent de détails, mais ce qu’on ne m’avait pas dit, c’est à quel point l’écriture de Marcel Proust est voisine de la plus belle cathédrale que l’on puisse imaginer. De chaque description de sensation, de lieu, de matières ou de manières, l’on est fasciné, et l’on voit en même temps s’esquisser le grand dessein de l’œuvre entière. On ne m’avait pas prévenu non plus que le livre serait aussi drôle avec toutes ces croustillantes et irrésistibles anecdotes sur le fonctionnement moral et pratique de la petite et grande bourgeoisie et de l’aristocratie. On ne m’avait pas dit que cette présentation d’un milieu que Proust connaissait si bien transcende en définitive son sujet et se fait le portrait de traits humains que l’on peut retrouver ici où là.

Marcel_Proust-original1-841x1024(Portrait de Marcel Proust, par Jacques-Emile Blanche, 1892)

Et puis, je commence à peine à escalader l’édifice de A la recherche du temps perdu que déjà le livre travaille en moi, m’interroge sur mes souvenirs, mes sensations, la supposition que je me fais d’eux, mon rapport à mon écriture, et enfin au temps, ce précieux ami autant que notre pire ennemi.

Ainsi , cher lecteur, j’ai décidé de lire chaque année un volume de A la recherche du temps perdu, afin de ne pas risquer une indigestion proustienne et de garder mon plaisir intact. Ce qui me conduira tranquillement en 2021, avec le dernier volume, Le Temps retrouvé. En attendant, je vous souhaite d’agréables lectures !

 

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7 commentaires pour A la recherche de Marcel Proust

  1. « A la recherche du temps perdu » a souvent croisé mon oreille sans jamais avoir pu atteindre mes yeux : ce titre a pourtant toujours évoqué chez moi de l’intérêt, surtout par le mystère qu’il évoquait ; mais comme toi, je n’avais entendu que des mots décourageants.
    L’époque a changé et de plus en plus de témoignages, de lecteurs expriment au sujet de cette oeuvre une passion aussi bien dévorante que communicative. Ce qui finit d’achever mon intérêt pour l’oeuvre, fut cette extraordinaire émission « Un été avec Proust » sur France Inter (en 2013) qui me permit d’en avoir une légère vision comme si j’avais pu regarder par le fenêtre de la maison de Marcel Proust : très succinct, certes, mais déjà un premier pas pour reconnaître les lieux avant de m’avancer plus loin dans l’univers de cet auteur.
    Aujourd’hui, « A la recherche du temps perdu » est avec moi dans son édition intégrale chez Quarto Gallimard et n’attend qu’une chose : que je sois prêt à l’accueillir en moi, que je sois prêt à ouvrir les pages pour m’immerger dans une oeuvre incontestable de la littérature française ; et les nombreuses discussions ou commentaires que j’ai entendu sur le sujet par ceux qui l’ont lu, ou essayé de le lire, ceux qui l’ont aimé, ou détesté, ne font que augmenter le désir que j’ai de le lire.
    Et puis je me dis que si j’ai pu survivre à la lecture de « Sur la route » de Jack Kerouac, dans la version « le rouleau original » dans la collection « du monde entier » chez Gallimard, j’arriverais à survivre à l’oeuvre de Marcel Proust.

  2. Je crois que cette œuvre demande en effet une grande patience, c’est d’ailleurs ce qu’il y a de merveilleux avec les livres, ce que les années passent pour nous, et ils seront toujours là, à attendre que nous soyons à leur portée. Comme toi, j’ai écouté ces émissions très intéressantes sur France Inter, je te conseille également sur France Culture (me semble-t-il) l’émission littéraire consacrée à la correspondance de Proust avec sa voisine, absolument délicieuse et qui permet de mieux se faire au langage proustien. Si tu as envie d’en savoir plus avant de plonger, je peux te prêter un excellent hors-série fait par le Figaro, qui a le mérite d’aborder de multiples aspects de Proust et de son œuvre.

    • Avant de faire le grand plongeon dans l’oeuvre, je suis entrain de me familiariser avec elle par l’intermédiaire du « Dictionnaire amoureux de Marcel Proust » écrit par Jean-Paul et Raphaël Enthoven, édité chez Plon/Grasset : un livre empreint d’un certain humour, tiré essentiellement de l’oeuvre, mais surtout d’un amour inconditionnel de deux hommes aux âges différents pour une « Recherche » qu’ils réalisent toujours après leur multiple lecture.

  3. Oui, j’ai lu des critiques de ce livres, je pense que je lirais une fois La recherche terminée, mais c’est intéressant de lire avant comme tu le fais.

  4. Ping : Le Côté de Guermantes, Marcel Proust | C'est arrivé près de chez moi

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  6. Ping : Le Temps retrouvé, Marcel Proust | C'est arrivé près de chez moi

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