Friponnes de porcelaine, Eric Rohmer

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Cela ne fait que quelques années que je m’intéresse au cinéma d’Eric Rohmer. Ses films étaient typiquement le genre d’œuvres que j’aurai dénigré avec rage voilà une dizaine d’années. Verbeux, mal joué, sans mise en scène, tristement réaliste, voici quelques adjectifs bien sentis que je n’aurais pas manqué de lancer à un amateur du cinéaste. Heureusement, les goûts évoluent, des aspirations artistiques et intellectuelles apparaissent et c’est avec joie que je découvre aujourd’hui des œuvres tel que Pauline à la plage ou L’arbre, le maire et la médiathèque.

RHM_friponnes-double-page(Friponnes de porcelaine est le titre d’une pièce de théâtre abandonnée qui sera l’ébauche du film Pauline à la plage.)

 

Tout d’abord, les films de Rohmer m’ont intrigué, puis interrogé et enfin séduit au plus haut point. Au-delà de la finesse insolente de la description des relations humaines, j’aime follement ce contraste tellement osé entre un style visuel documentaire dépouillé et sans esbroufes, et des dialogues extrêmement travaillés, qui, plutôt que de coller au réalisme des images, explorent avec un verbe littéraire des plus précieux toutes les pensées et les émotions de personnages ancrés dans un quotidien des plus banal. Ce mélange à la fois subtil et détonnant aboutit à une forme cinématographique unique qui peut ravir ou irriter.

rohmer-box1(Gargantuesque coffret DVD/Blu-ray consacré au réalisateur comprenant plus d’une vingtaine de longs-métrages et de nombreux suppléments)

Pour ma part, étant toujours dans l’exploration de la filmographie de ce cinéaste, je suis constamment étourdi par la profondeur de ses films, qui questionnent avec humour et élégance notre condition humaine dans des situations (presque) quotidiennes. Souvent tiraillés entre l’élan du corps et la retenue intellectuelle (ou l’inverse), les personnages de Rohmer nous renvoient constamment à nos propres interrogations existentielles, mais toujours de manière très légère, pratiquement désinvolte.

(musique d’Eli & Jacno réalisée pour Les nuits de la pleine lune, 1984.)

Cette réflexion sur le travail cinématographique d’Eric Rohmer se prolonge désormais avec  la lecture de Friponnes de porcelaine, un recueil de huit nouvelles pratiquement toutes adaptées par leur auteur au cinéma…mais quelque fois avec trente ans d’écart ! Il est fascinant de découvrir le style littéraire de Rohmer, glacé et linéaire, qui correspondra plus tard à merveille avec son style cinématographique, réaliste et sans artifices. On retrouve bien sûr les dialogues finement ciselés qui feront la renommée du Genou de Claire (la nouvelle Qui est comme Dieu ?) ou de La femme de l’aviateur (appelé ici Une journée). Je dirais même que la lecture de ces fascinantes nouvelles a aiguisé mon regard sur le travail du cinéaste Rohmer, mais je suis persuadé qu’elles sont très agréables à lire en tant que telles pour un lecteur découvrant cet auteur sans le connaître cinématographiquement parlant.

FbmR8lyXWM(La femme de l’aviateur, 1981)

Preuve en est avec les deux dernières nouvelles, Une femme douce et Un fou dans le métro, non adaptées au cinéma. Ces récits légèrement névrosés emportent leurs personnages respectifs dans d’étranges directions, à la fois drôles et paranoïaques. Bref, voilà un ouvrage que je ne peux que recommander chaleureusement à tous les amoureux d’Eric Rohmer !

(Clip de Granville, Le Slow, réalisé à partir d’une séquence de Pauline à la plage)

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