Le Fléau, Stephen King

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Enfin je l’ai lu !!! Je ne sais pour quelle mystérieuse raison j’avais repoussé jusqu’à aujourd’hui la lecture de cette œuvre majeure de Stephen King, Le Fléau, d’autant plus que je suis plutôt un inconditionnel du maître de l’horreur depuis mon adolescence. C’est en tout cas un réel plaisir de redécouvrir l’écriture du King des années 80, qui nous immerge au cœur de l’Amérique profonde, avec tout une galerie de personnages simples et très attachants évoluant dans des paysages ruraux ou urbains très finement esquissés.

Stephen King, Author. Miami Bookfair International, 1993.

Le 1er volume du Fléau est absolument magistral et se place sans problème dans les meilleurs écrits qu’ait produit l’auteur. Son art de la narration est époustouflant, partant d’infimes détails qui, se regroupant patiemment les uns aux autres, apportent au lecteur un sentiment de catastrophe imminente qui donne la chair de poule ! Il devient vite impensable de lâcher le livre pour retourner à la réalité, et quand bien même, on se surprend à écarquiller les yeux quand on aperçoit une personne éternuer dans la rue ! L’apocalypse est-elle déjà là ? Quand une œuvre de fiction arrive à ce point à infecter la réalité, on peut parler avec aplomb d’une franche réussite !

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Le rythme général des différents récits introduisant les protagonistes est parfaitement maîtrisé, on passe d’une histoire à l’autre avec gourmandise et inquiétude, en se demandant fiévreusement quand tout ce beau monde sera réuni. A l’époque, Stephen King pouvait se montrer d’une incroyable cruauté avec ses personnages, et Le Fléau ne déroge pas à la règle, les dernières pages du 1er tome étant même par instant insoutenables. On n’est pas près d’oublier le sourire figé et angoissant d’Harold Lauder, la naïveté  émouvante de Tom Cullen, la destinée de Nadine Cross qui, rejetée, n’aura d’autre choix que d’épouser les pires ténèbres qui soient, la traversée anthologique d’un tunnel sans fin par Larry Underwood, et aussi Fran Goldsmith, Stu Redman, Nick Andros, Glen Bateman, Ralph Brentner et tous les autres…

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Dans le 2eme volume, Stephen King joue sur un contraste intéressant qui empêche son roman de verser dans un simple manichéisme entre les forces du bien et du mal. Les personnages de chaque camp évoluent plutôt dans une zone grise, où les décisions (ou les non-décisions) des leaders sont remises en cause, où les questionnements moraux sont nombreux, on craint alors que l’un des personnages principaux bascule soudainement de l’autre côté pour rejoindre le prince noir. Et quel prince noir ! Cruel, sournois, terrifiant et insaisissable, le charismatique Randall Flagg deviendra d’ailleurs le pivot de l’œuvre littéraire de Stephen King, qui trouvera son apothéose démesurée dans la brillante saga La Tour Sombre. Le fantastique s’installe alors pleinement dans le récit, la très vieille mère Abigaël affrontant par le renoncement les forces obscures qui menacent sa communauté. La religion sert donc à King de moteur fantastique, et il est intéressant de noter que ces deux personnages symboliques font preuve, chacun à leur manière, d’un certain aveuglement, à la fois déchirant et troublant.

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Le 3eme volume peut enfin lâcher la bride et plonger tous les personnages survivants dans l’apocalypse finale. King s’amuse avec nos nerfs, créant des retournements inattendus et des points de non-retour. Avouons quand même que le récit s’essouffle quelque peu sur la fin, et que les allusions religieuses, trop nombreuses, affaiblissent la subtilité du roman. Qu’importe ces menus détails de narration quand après coup, on comprend toute la portée de cette œuvre. Stephen King nous interroge sur ce qu’il considère comme le fléau ultime, notre société ! Sous couvert de fiction, on tient là une brillante réflexion sur nos réflexes sociaux autour des notions de territoire, de communauté, de sécurité et d’organisation. Le Fléau est sans conteste une œuvre immense dans laquelle on se plonge avec un grand bonheur et un grand effroi, comme toujours avec les plus belles réussites littéraires du maître de l’horreur, Stephen King.

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