Come to Daddy, Aphex Twin

A l’occasion de la sortie très proche (le 22 Septembre) de Syro, le nouvel album très attendu d’Aphex Twin, voici un petit retour sur un mini-album capital dans la discographie gargantuesque du génie de la musique électronique : Come to Daddy.

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Nous sommes en 1997, la scène Techno connaît un engouement artistique et médiatique sans précédent. En France, Daft Punk et Air s’emparent des ondes FM, Laurent Garnier est enfin connu du grand public, les magazines culturels n’hésitent plus (ou presque) à faire l’éloge de tel disque ou tel artiste de musique électronique. En Angleterre, The Chemical Brothers, Prodigy et Underworld connaissent un succès fulgurant chez les amateurs de Pop-Rock et conquièrent les festivals. Les noms de grandes légendes vivantes de la Techno américaine, comme ceux de Jeff Mills et Carl Craig, apparaissent sur toutes les lèvres, de nouveaux courants musicaux sont créés tel la Jungle ou le Big Beat. Aphex Twin, Autechre, et Orbital ont sorti l’année précédente des chef-d’œuvre ahurissants d’inventivité (respectivement Richard D. James album, Tri Repetae et In Sides), bref la musique électronique a envahi le monde et on ne sera pas surpris de croiser sa grand-mère à la Techno parade.

richard-d-james-album-5017ce15d932d(Richard D. James album, 1996)

Seulement, un très mauvais génie va arriver et mettre et un grand coup de pied dans la fourmilière. Sans crier gare, nous voici plongé dans un cauchemar total au milieu duquel émerge un hurlement dantesque et inhumain, accompagné par une ribambelle de rythmes hystériques, une comptine surnaturelle proprement terrifiante qui va crucifier sans aucune forme de procès les amateurs de Techno-Rock. Le titre sera mis en scène par un surdoué de l’image, Chris Cunningham, qui réussira l’exploit de se hisser visuellement à la hauteur de l’inquiétante et cynique sauvagerie de Come to Daddy. Si vous n’avez jamais vu ou entendu ce titre, un conseil, éteignez la lumière, mettez le son très très fort et profitez en plein écran de cette pure déflagration sonore :

Il est de bon ton de voir désormais ce fantastique titre comme une ébouriffante parodie de groupes tel que Prodigy, cela est certainement vrai, mais ce serait passer à côté d’un niveau de lecture beaucoup plus intéressant si on rattache ce titre au reste du mini-album au titre éponyme. N’oublions pas que le compositeur anglais a sorti l’année précédente son Richard D. James album, une œuvre qui explore l’enfance d’Aphex Twin à travers une dizaine de titres absolument stupéfiants et bouleversants, d’une inventivité proprement inédite dans la musique moderne. Richard D James va donc continuer à creuser ce sillon intime et musical dans son parcours artistique avec l’album Come to Daddy, mais cette fois-ci, il va explorer les recoins les plus sombre de l’enfance.

tumblr_nbbvb1QV9C1r1jh5wo3_1280(sculpture de Chloe Gray)

Le titre Come to Daddy– Pappy mix est en réalité l’arbre qui cache la forêt, ou pour utiliser une métaphore plus adéquate, le coffre à jouets qui abrite de mystérieux trésors à découvrir. L’agressivité cataclysmique de ce 1er titre de l’album est en vérité une violence d’adulte singée par un enfant, se moquant éperdument du sérieux de l’affaire. L’enfant a investi le corps de l’adulte, et va prendre un très grand plaisir à le plier à ses moindres désirs, le triturer et le déformer jusqu’à le transformer en un terrifiant démon électronique. Le morceau s’achève sur des distorsions, de brusques variations, c’est bon, le coffre est ouvert, allons voir ce qu’il y a à l’intérieur…

Flim n’est ni plus ni moins que l’un des plus beaux titres jamais créés par le compositeur anglais. Son sens de la mélodie nostalgique est prodigieux, c’est purement l’innocence de notre enfance qui est retrouvée, accompagnée par une douce rythmique qu’aucun adulte ne viendra plus jamais troubler. Mais pour Aphex Twin, rien n’est simple car tout est affaire de dualité dans sa musique, et ce petit lutin va vite nous faire comprendre avec le 3eme titre, Come to Daddy – Little Lord Faulteroy mix, que le monde de l’enfance n’est pas aussi joli que dans nos souvenirs. C’est avec cette comptine aussi inquiétante qu’entêtante que l’on comprend que le coffre à jouets abrite des trucs bizarres et des machines inconnues, qui ont le don de faire rire et peur en même temps !

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Bucephalus Boucing Ball démontre tout le talent de Richard D James pour jouer à sa guise avec ses instruments électroniques. Basé sur le gimmick sonore d’une balle rebondissante, le titre est une véritable aire de jeu où Aphex Twin nous propose de faire une partie avec lui. On court d’un côté, puis de l’autre, on reçoit une tape amicale dans le dos puis un croche-patte dans la foulée, inutile de vous dire qui a gagné la partie. Le morceau suivant est une reprise d’un titre de son précédent album, To cure a weakling child, appuyant du coup la filiation entre l’un et l’autre, mais aussi leur différence: cette version va beaucoup plus loin que la précédente, car l’enfant terrible décide de tout essayer, il casse, il bricole, il répare, et miracle, ça fonctionne toujours !

Avec l’hilarant Funny little man, on retrouve le côté le plus vicelard de l’enfant, où le charmant bambin vous fait son plus beau sourire tout en arrachant les ailes d’une mouche dans ses mains. Le Come to Daddy – Mummy mix vient compliquer l’affaire en nous promenant dans un bric-à-brac musical traversé d’éclairs blancs et de fantômes sonores. Le coffre à jouets serait-il hanté ? Heureusement, tout est bien qui finit bien et c’est le merveilleux IZ-US qui nous accompagne vers la sortie. Le temps s’est écoulé, nous sommes retombés en enfance, il ne reste plus qu’à refermer ce drôle de coffre à jouets qu’on est pas près d’oublier…

 

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