Le Côté de Guermantes, Marcel Proust

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Après Du côté de chez Swann et  A l’ombre des jeunes filles en fleurs, Le Côté de Guermantes, la troisième partie de l’œuvre monumentale de Marcel Proust, A la recherche du temps perdu, emporte le lecteur vers de nouveaux vertiges littéraires et apporte une pierre (précieuse) à la compréhension de l’édifice de cette œuvre monumentale.

Le côté de Guermantes, Marcel Proust, Livre de Poche, Gallimard

Le temps a, encore une fois, passé depuis le précédent volume et nous retrouvons un narrateur aux portes de l’âge adulte, toujours aussi sensible et inquiet. Passionné par l’aristocratie qui le fascine depuis sa plus petite enfance. le narrateur fréquente les salons les plus prisés pour connaître tous ces grands noms légendaires. Mais la réalité des conventions et des conversations de ce milieu sera une amère désillusion pour ce jeune homme, qui observera d’une œil admiratif, irrité et amusé,  la noblesse et en particulier le duc et la duchesse de Guermantes.

Le côté de Guermantes, Marcel Proust, Livre de Poche, Gallimard-3

Marcel Proust, avec tout le génie qu’on lui connaît, profite de cette analyse minutieuse pour dresser un panel de personnages et de situations absolument croustillants ! La sophistication extrêmes des codes sociaux aristocratiques n’a d’égale que la vacuité de ces conversations où l’on manie une ironie mordante cachant plus ou moins bien une ignorance hautaine. On rit beaucoup de certains dialogues et l’on grince aussi des dents lors de diatribes fortement antisémites.

James_Tissot_-_A_Woman_of_Ambition(Une femme d’ambition, James Tissot, 1885)

Le narrateur ne trouvera pas la sensibilité esthétique qu’il était venu chercher dans ce milieu aristocratique, et ni l’amour ni l’amitié ne sauront non plus lui procurer cette extase poétique pure. Seule la contemplation de tableaux chez le duc saura faire perdre la notion du temps au narrateur, et donc lui offrir un instant d’éternité. L’art est la vie, semble nous dire Marcel Proust.

3-191-Fantin-Latour-Pivoines-blanches-roses-et-narcisses(Pivoines blanches, roses et narcisses, Henri Fantin-Latour)

Mais Le Côté de Guermantes abrite une autre facette, beaucoup plus obscure, donnant à ce volume de La recherche un double visage, gai mais aussi déchirant. En effet, pour la première fois et à deux reprises dans la vie du narrateur, la mort va faire son apparition. Disons-le sans détour, les pages décrivant la lente agonie de la grand-mère du narrateur sont parmi les plus belles et les plus émouvantes de la littérature française. Le temps, qui était jusque là lié à l’enfance, montre sa lente et impitoyable morsure et clôt définitivement ce chapitre essentiel de l’œuvre totale sur une note sublime. L’annonce, en toute fin du récit, de la mort imminente de Swann, finit d’enterrer l’enfance du narrateur et nous fait réaliser in fine que cet immense livre, drôle et pétillant au possible, est un deuil larvé proprement terrassant.

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