Les jours, les mois, les années, Yan Lianke et La grande vie, Christian Bobin

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Il y a différentes manières d’aborder la poésie. Non, en fait il y a toutes les manières d’aborder la poésie. Sur la forme et dans le fond, intéressons-nous aujourd’hui à deux ouvrages qui manient la poésie en prose, chacun à leur manière.

Contraint de fuir leur village condamné par une sécheresse meurtrière, une population laisse malgré elle un vieil homme seul. Seul avec un chien aveugle et un pied de maïs. Voilà, c’est tout. Et c’est beaucoup. Car l’auteur va s’attacher aux minuscules détails qui peut faire basculer un homme de la vie à la mort. La chaleur du soleil plombe chaque geste et chaque décision. On ressent même le poids des rayons de la lumière qui grille la nature et la peau du vieil homme. La relation entre l’homme et le chien est à l’image de la narration de ce roman, dure et attentive. Au fil du récit, on est happé par les événements naturels (dont on ne dira rien pour laisser la surprise au lecteur) qui s’enchainent, éprouvant la foi et la résistance du vieil homme.

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La traduction du roman de Yan Lianke n’a pas dû être aisée pour faire ressentir au lecteur français toute la poésie sèche et rugueuse contenue dans ses lignes, mais le travail de Brigitte Guilbaud est à saluer, car ce minimalisme narratif décuple la puissance poétique du combat titanesque entre un homme dans sa fin de vie et une nature implacable et indifférente. Les jours, les mois, les années est une œuvre littéraire forte et entêtante, à conseiller fortement aux amoureux des contes, de la poésie naturaliste et de la littérature chinoise.

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Changeons de continent avec le dernier ouvrage en date du poète Christian Bobin, La grande vie. Sans conteste l’un des plus grands poètes actuels de la langue française, Christian Bobin pousse encore plus loin son écriture poétique et nous fait partager sa vision magnifique et intimiste du monde qui nous entoure.

« Le monde a tué sa lenteur. Il ne sait plus où il l’a enterré. »

Lire Christian Bobin est un choc. Il faut accepter de lâcher prise, de comprendre qu’il n’y a pas qu’une seule façon de voir, de comprendre le monde. La poésie est là, partout sous nos yeux, en nous, et un poète va en rendre compte grâce à une écriture magnifique, libérée, qui ose tout.

« Dès que je les ai vus, les nuages sont venus à mon secours. Si vous saviez comme j’ai besoin d’aide. Il n’y a pas un instant où je ne cherche une pierre pour m’aiguiser l’œil. »

CHRISTIAN BOBIN ouverture

Chaque détail au monde a son importance, et on peut y parler librement de Marylin, d’une toile d’araignée, d’un empereur japonais ou d’une roue de camion. Le regard du poète fait que les échelles se confondent, qu’il n’y a pas de grand ou de petit, de futile ou d’obligatoire, seul compte l’attention aux choses, l’exploration de sa propre sensibilité.

« Plus loin dans les bois il y a un chemin sur lequel je marchais avec toi, quand tu étais encore de ce monde. Le chemin semble indifférent mais je sais qu’il se souvient de toi. Il n’y a pas de temps. Il n’y a que la joie éternelle et nos pauvres cœurs architectes. »

Les livres de Christian Bobin sont éternels. On peut les oublier des années, puis en prendre un, un jour au hasard dans sa bibliothèque, et se laisser emporter par un mot, une phrase, un instant d’éternité. Cet homme est un magicien des mots.

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