Des souris et des hommes, Steinbeck

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Il y a de cela fort longtemps, un temps où l’on pouvait découvrir de grands classiques du cinéma à la télévision sur les chaînes du service public (car désormais on ne peut que compter sur le Cinéma de minuit sur France 3), j’ai eu la chance de découvrir Les raisins de la colère, un film américain réalisé par John Ford en 1940. Le souffle épique et humaniste de cette fresque familiale durant la grande dépression de 1929 m’avait époustouflé autant par la qualité de sa réalisation que par la force de son récit. C’est ainsi que je connus John Steinbeck, qui écrivit en 1939 le roman The Grapes of Wrath dont le film est issu. Et c’est bien des années plus tard que je découvris dans un vieux carton de livres usagés une édition Folio du début des années 80 de Des souris et des hommes, un roman écrit par l’auteur en 1937.

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Nous sommes en Californie. La première page s’ouvre sur une remarquable description d’un paisible paysage (« Sur la rive sablonneuse, les feuilles forment, sous les arbres, un tapis épais et si sec que la fuite d’un lézard y éveille un long crépitement. »), suivie par l’irruption de deux hommes, George (« petit et vif ») et Lennie (« un homme énorme, à visage informe »), qui vont entamer un dialogue. On comprends vite que les deux lascars sont des vagabonds qui semblent fuir une sombre mésaventure. On est immédiatement aspiré dans l’univers que nous propose l’écrivain, autant par la qualité de son style, direct mais possédant une poésie âpre et naturaliste, que par la qualité des dialogues qui constituent la majeure partie du récit. Si rien n’est dit à haute voix, on sent l’immense amitié qui unit les deux infortunés compères à la recherche d’un avenir moins morose.

US novelist John Steinbeck (1902 - 1968).   (Photo by Hulton Archive/Getty Images)

US novelist John Steinbeck (1902 – 1968). (Photo by Hulton Archive/Getty Images)

Leur arrivée dans un ranch pour travailler semble de prime abord le premier pas vers le doux rêve de posséder une petite maison et des lapins, et de couler des jours paisibles ensemble. Mais les deux amis d’enfance vont avoir du fil à retordre avec Curley, le fils du patron, qui aime la bagarre, et la femme de celui-ci, une créature aguicheuse qui sème le trouble dans ce petit monde masculin. Tous les éléments sont là, le rusé et méfiant George ne pourra pas empêcher son meilleur ami Lennie, un homme aussi gentil que retardé, d’être au centre d’une déchirante tragédie qui verra le rêve américain voler en éclats.

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Ce bref roman est une claque, une gifle sèche et brutale dans la figure. Steinbeck manie son art à la perfection, ciselant les phrases, désossant le gras des mots pour mordre directement dans l’os. Lorsque la dernière page du livre est refermée, on est sonné, groggy. L’homme est un loup pour l’homme, c’est sa malédiction. On retrouve dans Des souris et des hommes la même force émotionnelle que Les raisins de la colère, les personnages ont les yeux dans le ciel et les pieds dans la boue. On n’est pas près d’oublier l’émouvante amitié liant George et Lennie : « Et moi, j’t’ai. On est là tous les deux à se faire de la bile l’un pour l’autre, voilà ! »

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