Christine, Stephen King

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Écrit au début des années 80 par un King déchaîné (par l’écriture, l’alcool et la drogue), Christine fait partie des classiques du maître de l’épouvante que l’on prend beaucoup de plaisir à relire des décennies après. Outre un imaginaire follement débridé (il fallait oser le coup de la voiture hantée) qui ne cesse de nous surprendre au fil des pages, Stephen King, immense conteur de son état, nous installe dans un univers et nous présente des personnages qui feront immédiatement partie de l’inconscient collectif.

La 1ere édition roman est sortie aux USA en 1983.

La 1ere édition roman est sortie aux USA en 1983.

Puisant dans les sources du mythe américain (le rock, les filles et les bagnoles !) des sixties, le récit s’installe doucement et nous permet de trouver nos marques dans un univers très réaliste, personnifié par deux adolescents : Arnie Cunningham et Dennis Guilder (le narrateur). Le roman est une histoire d’amour complètement dingue entre Arnie, un jeune homme mal dans sa peau, maigrelet, le visage couvert d’acné et Christine, une superbe Plymouth Fury de 1958, que le jeune homme va découvrir par hasard dans la cour d’un vieil homme particulièrement antipathique, Roland D. LeBay . Va alors débuter chez Arnie une transformation physique et psychologique qui ira de pair avec sa fascination obsessionnelle pour sa voiture acquise contre la volonté de ses parents peu habitués à se faire désobéir par leur fils soumis. Et la bande de voyous qui a pour habitude de maltraiter ce pauvre Arnie va mystérieusement se faire décimer…

Le livre fut adapté avec brio en 1983 par John Carpenter.

Le livre fut adapté avec brio en 1983 par John Carpenter.

On est là en présence de l’un des meilleurs romans jamais écrit sur l’adolescence. La frustration, la rage, l’amour, l’amitié, la sexualité, la rébellion, tout cela est concentré dans le style sec et ample de King, l’humour et l’horreur se côtoient, parfois dans la même phrase ! On ne sait plus ce qui nous terrifie le plus, la folie ambiante qui s’empare du livre au fur et à mesure du déroulement inexorable des événements, ou les scènes incroyablement dures entre Arnie et ses parents, King faisant preuve d’une lucidité et d’une crudité époustouflantes dans les dialogues. L’arrivée d’un personnage féminin, Leigh Cabot, va expliciter encore plus toute la tension sexuelle contenue dans le roman.

La couverture affligeante de banalité du livre audio nous présente en plus une voiture de la mauvaise couleur !

La couverture affligeante de banalité du livre audio nous présente en plus une voiture de la mauvaise couleur !

Christine est également un bel hommage au rock américain, les riffs de guitare se mélangeant au vrombissement du moteur meurtrier. Les chapitres mettant en scène Christine sont vraiment impressionnants, l’apparition du fantastique se passe vitesse par vitesse, jusqu’à complètement quitter la route principale et s’engouffrer dans les terres spectrales du surnaturel… On repense avec nostalgie à certaines critiques parues à l’époque de la sortie du roman, et qui, tout en saluant la qualité générale du récit, déplorait sa lenteur excessive à introduire de plein pied le fantastique. Relire King (ou l’écouter par la très bonne lecture, habitée et pénétrante, de Paul Barge) aujourd’hui permet de comprendre cette méprise chez les critiques de la littérature de genre : là où ils attendaient un roman choc écrit avec talent, ils se retrouvaient avec un livre du plus grand conteur du XXeme siècle, qui trouva dans le fantastique l’écrin le plus noir et le plus fascinant pour donner vie à des personnages et des histoires inoubliables.

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3 commentaires pour Christine, Stephen King

  1. Jpbs dit :

    Cela fait bien longtemps que j’ai lu ce superbe livre (et encore plus que j’ai vu le film), mais je me souviens encore de l’extraordinaire couverture des éditions France Loisir. Mais le coup de la voiture hantée n’est pas si osé qu’on le croit car avec le camion tueur de « Duel »,(1971) de Steven Spielberg où on ne voit pas le conducteur (on l’aperçoit peut-être dans un court moment) il n’y a qu’un pas pour donner une vie propre à un véhicule fou sur les routes américaines.
    En tout cas, superbe article qui donne envie de se replonger dans cette magnifique oeuvre.

    • Merci Julien ! Cette édition de France loisirs provient d’un don d’une usagère où je travaille qui m’a donné pratiquement l’INTEGRALE des Stephen KIng paru chez France Loisirs, je me sentais comme un enfant à Noël !
      Il est vrai que Duel avait préparé le terrain, je me souviens également d' »un enfer mécanique » vu sur la défunte chaîne La 5, qui, pour le coup, pompait sans vergogne le livre de King et le film de Carpenter.

  2. Ping : Joyland, Stephen King | C'est arrivé près de chez moi

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