Les livres prennent soin de nous, Régine Detambel

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Il y a de cela quelques années maintenant, à l’approche de la quarantaine, je décidai de changer complétement de vie : sociale, culturelle, artistique, professionnelle et amoureuse. Ce fut une période extrêmement riche et mouvementée, où je rencontrais de nouvelles personnes très motivantes, et faisait parfois face à un entourage incompréhensif. Dans ce tumultueux bouillon, je fus guidé par deux amies qui ne m’ont jamais quitté depuis et qui ne quitteront probablement plus jamais ma vie : l’écriture et la lecture.

Peinture de Léonid Pasternak

Peinture de Léonid Pasternak

L’écriture fut ce qui me permit, par le biais d’un journal intime, de me reconnecter avec mon moi profond, d’écrire mes doutes, mes envies, mes joies et mes douleurs. Elle me permit également, à l’aide d’un cahier de développement personnel, de noter toutes les phrases inspirantes, les ouvrages à lire, les méthodes de vie testées par d’autres et à essayer, bref une écriture anarchique et vivifiante pour le corps et l’esprit. Et enfin, le meilleur pour la fin, je me remis à écrire de la fiction, art que j’avais abandonné depuis mon adolescence. Peut-être est-ce là, dans cette dernière forme d’écriture (qui va de la nouvelle en passant par la poésie et l’écriture automatique) que je me suis le mieux révélé à moi-même.

Non, ceci n'est pas une salle d'attente !

Non, ceci n’est pas une salle d’attente !

Pour la lecture, je lisais rarement des romans, peut-être une dizaine par an, et je dévorais les magazines de cinéma et de musique, ainsi que les BD et les mangas. Voulant complétement sortir de ma zone de confort culturel, j’ai acheté sans savoir vraiment pourquoi deux romans : Bel-ami de Guy de Maupassant et L’assommoir de Zola. Ces deux lectures ont eu un impact fondamental sur ma façon d’appréhender la culture dominante et celle dont j’ai besoin. Par besoin, j’entends, non pas la solution à un problème pratique (les livres de développement personnel sont là pour ça) mais une ouverture vers l’extérieur qui provoque un changement intérieur.

La liseuse, Jean-Honoré Fragonard, 1772

La liseuse, Jean-Honoré Fragonard, 1772

En discutant avec d’autres lecteurs, je compris qu’on pouvait les ranger en deux catégories : ceux qui lisent pour se distraire et ceux qui lisent pour vivre. C’est un peu réducteur de penser comme cela, j’en conviens, et je connais nombre de lecteurs (moi le premier) évoluant entre ces deux zones. Mais ne lire que des romans à l’eau de rose apporte-il quoi que ce soit ? Non, dans ce cas, la lecture est à mettre au même plan qu’une bonne émission de divertissement à la télé. Et puisque la tendance est à la lecture divertissante (voyez les meilleures ventes pour vous en convaincre), permettez que je me fasse le défenseur d’une littérature exigeante (avec soi-même), d’un rapport viscéral aux livres, qui accroche les tripes et triture les méninges.

Régine Detambel

Régine Detambel

C’est pourquoi la lecture du dernier essai de Régine Detembel, Les livres prennent soin de vous, trouva en moi un profond écho. L’auteure est bibliothérapeute, c’est-à-dire, pour résumer grossièrement, qu’elle aide des personnes à choisir les bons livres qui vont leur ouvrir des portes. Evacuons d’emblée l’idée immonde que pour une dépression nerveuse, la bibliothérapeute va recommander par exemple Tomber sept fois, se relever huit de Phillipe Labro. Au contraire, nous sommes là à des années-lumière d’une ordonnance médicale de la littérature. Il s’agit plutôt de rechercher des œuvres fortes qui auront forcément un impact sur nous. Nous ne sommes pas dans l’idée de « livre-pansement », mais plutôt dans la constitution d’une perception de la littérature qui transcende le quotidien et permettant de relativiser ce dernier en lui donnant un nouvel éclairage.

Texte passionnant, passionné et érudit, Les livres prennent soin de nous abondent en citations et références pour illustrer cette brillante démonstration d’une littérature vivante et conséquente. Au fil des pages se construit un brillant éloge à la lecture et à l’écriture par le biais de chapitres aussi courts que percutants. Difficile d’en résumer en quelques lignes toute la richesse, mais c’est tout à fait le genre d’ouvrage qui nous accompagne toute une vie, piochant ça et là au hasard une phrase, une idée, une intention. Essai pratique et théorique, Les livres prennent soin de nous interpellera forcément ceux, qui comme moi, travaillent dans le milieu des livres. Personnellement, travaillant dans une petite médiathèque, j’ai un immense bonheur à conseiller les usagers et à échanger avec eux leurs impressions. J’ai profondément la sensation d’être « utile », de faire du bien, de transmettre et d’apprendre au quotidien. Et c’est cette sensation que j’ai eu en lisant ce petit livre important de Régine Detambel.

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2 commentaires pour Les livres prennent soin de nous, Régine Detambel

  1. Pauline dit :

    Non seulement tu me donnes envie de lire ce livre de Régine Detambel, mais en plus, tu me pousse à me questionner sur ma vision de la lecture.
    Je me suis toujours présentée comme quelqu’un qui adore la lecture, et pourtant, je ne suis pas du tout attirée par littérature dite « classique », au contraire, j’ai tendance à la repousser… Pourtant, je ne suis pas plus amatrice de Marc Levy.
    J’ai un rapport à lecture qui est clairement de divertissement, et pourtant, je ne pourrais pas m’en passer. Quand je me plonge dans un livre, je ne peux plus en sortir (en général).
    Mon métier me pousse à lire pas mal de livres que je ne lirais aps forcément (beaucoup de littérature jeunesse) ce qui me fait d’autant plus apprécier un livre « adulte » quand j’en lis un. Et en général, je l’apprécie comme un mets dont j’aurais été longtemps privée…

    Bon, une belle réflexion est en train de germer dans mon esprit…. Et aussi une envie, je sens la fibre de l’écriture créative se réveiller au fond de moi…
    😉

  2. Que dire Pauline…Je suis très heureux d’avoir modestement suscité une réflexion sur ta façon d’appréhender la lecture. Entre Marcel Proust et Marc Levy se dresse tout un univers littéraire à défricher, c’est merveilleux de tranquillement cheminer dans ce dédale et de trouver un chemin plus « éclairant » que les autres, quitte à parfois se perdre ou prendre des raccourcis périlleux !
    A chacun d’appréhender son intimité littéraire de la façon qui lui convient le mieux…et de la faire partager ! Je te souhaite de très bonnes lectures.

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