La Planète des Singes, Pierre Boulle

DSCN3453

Si la Science-Fiction a connu lors des dernières décennies des moments de gloire cinématographique (citons par exemple Avatar en 2009, Matrix en 1999, Star Wars V : L’Empire contre-attaque en 1980) à travers des œuvres spectaculaires redéfinissant les prouesses technologiques et l’imaginaire collectif, il nous faut bien avouer qu’elle a vécu un certain âge d’or de la fin des années 60 jusqu’au milieu des années 70 où une quantité de longs-métrages se servaient du genre pour interroger la société et notre rôle en son sein. Quelques titres de films devraient asseoir notre propos : Stalker (1979) et Solaris ( 1972) d’Andreï Tarkovski ainsi que 2001, l’odyssée de l’espace(1968) de Stanley Kubrick sont des œuvres à la richesse philosophique et spirituelle inépuisable, dont on n’aura jamais fini de faire le tour tant les films présentent de nouvelles facettes selon notre cheminement intellectuel. Sans aller jusque là, des films comme THX 1138 (1970) de George Lucas ou Soleil vert (1973) de Richard Fleischer étaient porteurs d’une charge politique dévastatrice envers le système social. Et bien sûr, en 1968, n’oublions pas La Planète des Singes, réalisé par Franklin Schaffner !

Affiche La Planète des Singes

Chaque spectateur garde en lui un souvenir impérissable de ce film mettant en scène un homme pris au piège d’une société archaïque habitée et dirigée par des singes. L’imposant Charlton Heston incarne l’astronaute George Taylor  arrivé sur cette planète dont le mystère ne sera révélé que dans le dernier plan anthologique du long-métrage. A l’occasion de la sortie en Audiolib du roman original de Pierre Boulle écrit en 1963, il est temps de revenir sur les fondements de ce mythe absolu de la Science-Fiction…

Edition originale 1963 La Planète des Singes

Dès les premières lignes du récit, on est terrassé par la supériorité du roman au film, même si ce dernier est considéré à juste titre comme un classique du cinéma américain. Pierre Boulle apporte une touche poétique à un univers de science-fiction ultra-technologique, et on lit (ou on écoute la lecture parfaite et habitée du comédien Bernard Gabay) avec ravissement ce prologue incroyable où un couple se promenant dans le cosmos grâce à une voile solaire va tomber sur une bouteille contenant un parchemin. Le Passé et le Futur se rejoignent là dans un geste sublime, et le récit d’Ulysse Mérou, être humain de l’an 2500, parti avec deux collègues découvrir l’étoile Bételgeuse, peut commencer…

Pierre Boulle

Si au cinéma, l’astronaute George Taylor incarnait la virilité dans toute sa splendeur, il en est tout autrement avec Ulysse Mérou, qui nous fera part tout au long du récit de ses réflexions anthropologiques, biologiques et philosophiques. Le roman de Pierre Boulle est d’une violence inouïe par rapport au film, c’est avec horreur que l’on tombe dans une battue à l’homme organisée par des gorilles habillés pour l’occasion comme des nobles pour une chasse à courre. Là où le long-métrage décrivait la société des singes comme un univers primaire, nous avons ici une complète inversion de l’homme et du singe dans les pratiques sociales et éthiques. Pierre Boulle nous chamboule complétement et nous pousse à reconsidérer notre position morale face aux animaux, tel qu’ils soient.

Ulysse va apprendre à connaître ce monde étonnant et pourtant si proche, où son salut proviendra de la reconnaissance de son esprit par la communauté scientifique des primates. Cet inversement total des valeurs oblige le lecteur, tout comme le héros, à repenser la domination humaine sur la planète Terre au détriment des autres espèces animales. Si manger des animaux nous paraît naturel, qu’en serait-il si des êtres feraient cuire notre enfant parce qu’il « faut bien se nourrir » ? Et si les expérimentations sur les souris, chiens ou singes sont indispensables pour guérir l’homme du cancer ou autres maladies mortelles, serions-nous d’accord qu’une autre espèce inocule le virus du sida à nos parents pour procéder à des tests visant à aider la science ?

La Planète des Singes BD

Si nous somme déjà bouleversé d’un point de vue éthique par le roman de l’écrivain français, celui-ci va encore aller plus loin dans une dernière partie époustouflante qui sera l’occasion d’interroger l’homme en toute franchise. Comment un être doué de tant d’intelligence peut-il se perdre dans une vie dévouée à la fainéantise et au divertissement ? Son esprit, conscient de la beauté de l’univers, ne devrait-il pas prendre ses responsabilités et agir avec une grande sagesse ? Si tel n’est pas le cas, alors a-t-il encore seulement sa place dans le cosmos ?

Betelgeuse2

La Planète des Singes est un pur chef-d’œuvre de la littérature de science-fiction, et ce ne sont pas les dernières pages traumatisantes du livre (mais qui n’ont absolument rien à voir avec le final du film) qui démentiront cet état de fait. Lire La Planète des Singes, c’est, outre passer un formidable moment de lecture, interroger notre condition d’homme et notre place dans l’univers. Ce qui n’est pas la moindre des questions, mais les réponses apportées par chacun peuvent faire évoluer la direction que prend l’espèce humaine dans un sens complétement différent que celui, bien triste, que nous suivons actuellement. Là est la grandeur de la Science-Fiction.

Publicités
Cet article, publié dans Littérature, est tagué , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s