La vie rêvée des moines…

Réservé aux moines
Il était une fois…Un jeune homme qui décida de tout changer dans sa vie qui ne lui convenait plus du tout. Outre une nouvelle orientation professionnelle aux antipodes de la précédente, il décida de sortir totalement de sa zone de confort culturel. C’est-à-dire qu’il s’intéressa à tout ce qui ne l’intéressait pas. Passionné de comics, il parcourut les musées pour découvrir les peintures et l’art contemporain. Constamment à la recherche de nouvelles sonorités musicales, il se lança dans l’étude de la musique classique. Ne lisant que quelques ouvrages de King et de Werber par an, il alla en librairie pour relire Zola et Maupassant. Quant au cinéma, fort d’une culture cinématographique entièrement tournée vers le fantastique et les genres, il fréquenta festivals et cinémas dédiés au cinéma d’auteur. On pourrait penser que ce volte-face culturel est en quelque sorte une imposture allant jusqu’à dénigrer ses anciens amours. Sauf que, sans renier ce qui l’a construit et nourri pendant près de 40 ans, il comprit qu’il lui restait des portes à ouvrir, menant à de nouveaux espaces esthétiques et intellectuels. Se remettre en question de la sorte est d’une violence assez particulière, d’autant plus que son entourage peut prendre ce changement pour une posture sociale suffisante. Mais ce qui se joue à l’intérieur de soi est d’une toute autre nature. Une nature d’une profondeur qu’on ne soupçonnait pas.

Crépuscule

Naît en soi la recherche de la beauté, la contemplation du monde et une attirance pour le sacré. Né dans une famille catholique, le jeune homme a toujours vécu son éducation religieuse comme un amusement, au pire comme un ennui. C’est en découvrant l’architecture des abbayes cisterciennes qu’il ressentit l’appel du divin. Encore faut-il s’entendre sur le mot divin dans son esprit. Ce n’est pas croire dents serrées à un dieu en particulier, c’est célébrer le mystère du cosmos à l’aide d’une attitude, d’une posture particulière. C’est rechercher en ce monde des lieux qui permettent de réfléchir sur soi, sur son rapport au monde, sur sa finalité et son appartenance. C’est comprendre que par certains moyens (que l’on doit éprouver seul) il nous est donné de relier notre profondeur la plus secrète avec la grandeur du cosmos. Le jeune homme découvrit que l’écriture lui permettait cela. Ou plutôt les écritures, qu’elles soient intimes, philosophiques, fictionnelles ou poétiques. Il y a également des chocs qui bouleversent, comme par exemple entendre dans le film de Terrence Malick, Tree of Life, la sublime incantation Funeral Canticle de John Tavener, qui dans le cas de ce jeune homme, lui ouvrit le cœur et l’âme en grand, en très grand.

Arrivé à ce point de sa vie, fort de cette richesse intérieure et quelque peu en difficulté avec la manière de gérer cela au quotidien, le jeune homme eut la possibilité d’effectuer une retraite de quelques jours dans une abbaye. A la fois enthousiaste et inquiet, il pénétra dans l’abbaye, avec dans son sac quelques ouvrages sur l’ordre cistercien et surtout des cahiers et des stylos, histoire d’avancer à pas de géant dans les fictions en germe. Précipité au début d’un repas dans la communauté, le jeune homme ressentit immédiatement l’impression d’être un vil usurpateur au milieu de fidèles croyants. Le repas pris dans le silence fut pour lui, d’une nature enjouée et bavarde, une véritable torture, le faisant rougir comme une tomate bien mûre. Ne trouvant pas non plus sa place dans les tâches ménagères suivant le repas, il s’éclipsa discrètement et visita les lieux.

Bibliothèque

Il s’arrêta à la bibliothèque du monastère, déserte. Il s’arrêta sur les rayons qui le dérangeaient le plus, notamment sur les ouvrages traitant de l’avortement et de l’homosexualité. Puis il se pencha sur les grands textes sacrés et eut un choc total. Epris de liberté intellectuelle, surtout après une expérience spirituelle malheureuse, jamais il n’aurait cru trouver là des pistes de réflexions aussi passionnantes et fondamentales. Et c’est ainsi qu’il passa tous ses après-midi, seul avec ses cahiers, ses stylos, recopiant des phrases fulgurantes de sagesse, reprenant des conseils pour les éprouver plus tard dans son quotidien, le tout bercé par une délicieuse lumière solaire et le chant d’un ruisseau. Le soir était consacré à de longues ballades dans un parc avec pour compagnon un carnet et un stylo, l’occasion pour le jeune homme de se sentir poète et d’écrire sur la beauté de la nature. Le plus surprenant fut le repas du soir, où au lieu de la gêne éprouvée le midi, il ressentit une union avec la communauté et comprit en son for intérieur l’utilité du silence, faisant apparaître en lui une attention bienveillante aux autres.

Déjà transformé par ce vécu intense, le jeune homme fut encore plus troublé d’assister à tous les offices célébrés par les moines cisterciens. Poussé par la politesse autant que par l’obligation de suivre deux offices par jour, il sentit en lui quelque chose qui remontait lentement à la surface. Troublé par ce sentiment diffus, il choisit de participer à tous les offices, porté par le chant envoutant et émouvant des moines. Et cela vint, sans prévenir, ce qu’il sentait remonter en lui était la foi de son enfance. Dans son âme se passa alors la tempête la plus belle et la plus calme que l’on puisse imaginer. Revint en lui tout l’amour qu’il portait à ses parents, à son frère, à sa famille. Il avait par le passé replonger dans son enfance à travers la collection de jouets, de bandes dessinées et de films qu’il avait méticuleusement accumulé année après année. Mais comment aurait-il pu imaginer rejoindre l’enfant qu’il était à travers une révélation mystique ?

Livres

Cette expérience s’accompagna de lectures pour mieux comprendre le milieu dans lequel il était émergé : La règle de saint Benoît par Antoine Dumas et Petit livre de la sagesse des moines par Henri Brunel. Le premier est l’occasion de revenir à la source qui régit la vie des moines depuis le VIeme siècle. Comme tout texte religieux, cette règle doit être pensée par le lecteur, pesée afin de déterminer dans quelle mesure ce grand texte de sagesse peut être incorporé dans notre quotidien. Quelle intérêt d’apprendre par cœur un texte religieux par cœur, qu’il soit de l’islam, du bouddhisme ou de n’importe quelle religion ? Alors qu’une étude approfondie peut en révéler toute la profondeur, en souligner tous les paradoxes. Quant au 2eme ouvrage, l’auteur dresse un panorama des principales ordres monastiques, et on est surpris par le mélange d’humour et de profondeur de ce petit texte ô combien pertinent pour qui veut en savoir plus ce monde clos. Et le jeune homme dans tout ça ? Nous le laisserons sur le palier d’une nouvelle porte, plein d’interrogations et d’allégresse, et peut-être même avec une pointe de sagesse supplémentaire. Il lui sera très difficile d’expliquer cette expérience avec la parole, mais qui sait, peut-être qu’avec des mots écrits, il saura donner une infime partie de la transcendance mystique qu’il aura vécu dans ce lieu de paix, de silence et de rigueur.

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Un commentaire pour La vie rêvée des moines…

  1. JpbS dit :

    Merveilleux.

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