Le vide et le silence

Westerlund 2, cet amas stellaire de la voie lactée comporte l'étoile la plus massive jamais observée

Westerlund 2, cet amas stellaire de la voie lactée comporte l’étoile la plus massive jamais observée

J’ai une âme boulimique. Boulimique de cinéma, de musique et d’art en général. Durant une bonne partie de ma vie j’ai été un collectionneur passionné, accumulant les objets avec avidité. Dès le lever du jour, je mettais la radio ou un CD et ceci jusqu’au soir. Et si je n’avais plus l’envie d’écouter des sons, c’est l’image qui prenait le relais avec le visionnage d’un DVD ou d’une émission de TV. Et puis, un jour, je me suis interrogé sur cette boulimie auditive et visuelle. Jusqu’où allait-elle m’entraîner ? Si j’étais très fort pour connaître et suivre mes envies, même au détriment des autres, qu’en était-il de mes besoins ? Quels étaient-ils et comment les reconnaître ? Il n’y eut pas d’autres moyens que de renoncer. Renoncer jusqu’à l’épuration.

Et connaître le vide et le silence.

Bobin

Extrait de « La souveraineté du vide »(1985), Christian Bobin

C’est à ce prix que l’on peut se rencontrer et se confronter. C’est parfois un choc brutal car on peut se rendre compte soudain que ce qu’on croyait bon pour nous n’est finalement qu’une facilité intellectuelle, une sourde paresse culturelle, et qu’il va falloir se mettre en marche, faire preuve d’humilité pour trouver une nouvelle voie. Écouter le silence, c’est écouter le monde, contempler le temps qui passe, sentir sa vie s’écouler. Regarder le vide, c’est regarder le monde, prendre conscience de l’infini de l’espace, se voir dans son intériorité. C’est un acte fort dans notre monde bruyant et consommateur que de refuser l’endoctrinement matérialiste.

C’est faire ce petit pas de côté qui va nous bouleverser.

Le vide et le silence offrent des possibilités inouïes de créations et de réflexions. Ils nous transforment, nous expérimentent. On apprend à les apprivoiser, à leur créer un espace-temps, à les apprécier après une période où vont se bousculer toutes nos angoisses existentielles. Ce sont deux visions merveilleuses qu’on peut tester de différentes manières : dans l’écriture d’une une pièce au calme, dans la promenade solitaire et pensive en forêt, dans la course à pied autour d’un lac… L’activité solitaire n’est pas s’exclure du monde, c’est être vraiment avec soi, être plus vrai dans le monde, se rapprocher du miracle de l’instant présent, ce moment toujours passé et toujours à venir.

Cet instant d’éternité.

Deux petits livres pour de grands moments de lecture et de méditation

Deux petits livres pour de grands moments de lecture et de méditation

Il est des écrivains qui, par différents chemins littéraires, nous parlent de cela. Le poète Christian Bobin illuminera notre chemin de mille feux avec ses merveilleux ouvrages tel  Souveraineté du vide et Lettres d’or. Sa vie chuchotée à notre oreille est une admiration sans fin à la beauté de la vie. Comme dans la grande littérature japonaise, chaque bruissement, chaque variation, est observée et ressentie avec une élégance spirituelle dont on n’osait soupçonner l’existence.

Lire Bobin, c’est lire la vie.

Christian Bobin

Christian Bobin

Nous serons encore ailleurs et différemment avec Comme un chant d’espérance de Jean d’Ormesson.  Le respectable et enjoué académicien va renouer la réflexion, la science et la spiritualité dans un même élan littéraire absolument désarçonnant de limpidité et d’amour. En prenant le temps de nous conter la naissance de l’univers, l’écrivain va nous emporter dans sa réflexion sur Dieu, l’homme et le cosmos, loin de tous dogmes pesants et archaïques . Il est fascinant de constater à quel point, en cherchant un peu, chacun peut façonner de manière singulière et exaltée sa réflexion face au grand mystère de l’univers et surtout son avant (le fameux mur de Planck) et son après. L’existence est une histoire, elle possède un début, elle aura donc une fin. Avec une plume exaltée, Jean d’Ormesson explore les avancées scientifiques pour expliquer sa foi et c’est merveilleux de lire ce petit trésor d’intelligence de ce grand homme amoureux de la vie. Au début, il n’y avait rien, donc il y avait tout. Ainsi la mort de l’homme n’est pas de retourner dans un néant obscur, elle le convie à refaire partie de ce grand Tout, si mystérieux et si fantastique, qu’il a déjà connu avant sa naissance. Mais quelle merveilleuse expérience aura-t-il vécu durant sa brève existence terrestre, que celle d’exprimer la pensée de l’univers, la conscience de soi et du cosmos ! Ne serait-ce d’ailleurs pas là le but secret de l’existence de l’homme ?

Être la pensée du cosmos.

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Jean d’Ormesson

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