La Nuit de la Peur, Festival Lumières 2015

affiche-officielle-nuitdelapeurEncore une fois le Festival Lumières de Lyon a frappé très fort avec sa nuit du cinéma consacrée cette année à un thème attendu avec impatience par de nombreux cinéphiles : la peur ! Après une introduction par le directeur de l’Institut Lumières Thierry Frémaux accompagné par Pierre Lescure, c’est Alain Chabat, orné d’une impressionnante chevelure grise et bouclée, qui présenta à sa manière, drôle et désinvolte, la soirée tant attendue. Le café servi, les cookies à portée de main, nous sommes prêts à embarquer pour une longue nuit de la peur avec, toujours fidèle, un public hétéroclite, passionné et débordant d’une bonne humeur communicative !
the-thing-movie-poster
thing-1982-photo-3

Présenté dans une version restaurée, The Thing de John Carpenter (1982) prend toute son ampleur sur l’écran gigantesque de la Halle Tony Garnier. Éreinté par le public (qui lui préféra le gentil E.T de Steven Spielberg) et la critique (qui ne voyait là qu’un « monster-movie » de plus), le film du maître de l’épouvante reste encore aujourd’hui un monument du cinéma d’horreur, jouant à armes égales avec Alien de Ridley Scott. Perdue dans un superbe et austère paysage de l’antartique, une communauté scientifique va se faire décimer par une entité extra-terrestre pouvant imiter à la perfection sa victime. Maîtrisant parfaitement sa mise en scène et sa direction d’acteurs (génial Kurt Russel), John Carpenter instaure un climat glacial et paranoïaque qui ira crescendo tout au long du récit, aidé par une magistrale composition de Ennio Morricone et les effets spéciaux cauchemardesques de l’artiste aussi rare que précieux Rob Bottin. D’un pessimisme écrasant, The Thing évacue toutes les préoccupations qui font de l’être humain un animal social pour le confronter frontalement avec son essence brute. On peut même voir (et une ligne de dialogue le permet) le héros J. MacReady comme une figure christique désabusée et alcoolique dont l’issue se confondra (peut-être) avec celle de la race humaine toute entière.
notld.jpeg

Après un hommage au regretté Christopher Lee (où l’on se prit à rêver d’une nuit Star Wars, Lord of the Rings ou Vampires), le film culte de George Romero, Night of the Living Dead (1968) fait son apparition à l’écran. Ce long-métrage fondateur du mythe du zombie moderne (sans lui, point de Resident Evil ou de Walking Dead) accuse le poids des années, un sentiment décuplé par le décalage entre sa conception artisanale et les moyens techniques énormes de cette nuit spéciale. Malgré cela, c’est un grand plaisir de revoir la naissance du mort-vivant au cinéma, débarrassé de ses origines vaudou pour ne garder que la mort dans sa réalité la plus crue. Le public, porté par un enthousiasme délirant, joue le jeu et applaudit à tout rompre les punchlines du héros et surtout une pauvre Barbra bien malmenée par les sinistres événements. On retiendra également les plans terrifiants d’un cannibalisme lancinant et la chute finale, d’une grande portée politique.
4fdfce3175487b4d70591e730bbc8779_large.jpeg

Un bel hommage fut ensuite rendu à Wes Craven (1939-2015) à travers une sélection pertinente d’extraits de ses longs-métrages (on retiendra particulièrement celui de A Nightmare on Elm Street). Profitons-en pour saluer l’admirable travail de tout l’équipe de programmation et de logistique du festival qui accomplit chaque année une incroyable performance. Mais voici que déboule LE grand moment du festival, le film qui fera bondir comme un seul squelette les 4500 spectateurs transis d’amour et d’effroi pour le très réussi Insidious de James Wan (2011). Reprenant avec malice tous les artifices utilisés dans les films de fantômes, le réalisateur détourne très subtilement les codes du genre pour surprendre continuellement l’habitué du genre. On frissonne, on sursaute, on crie et oui, on a peur, on a même parfois TRES PEUR ! Grand moment de frousse collective, Insidious remporte sans peine les faveurs d’un public enjoué et terrifié. A noter la phrase d’une jeune femme entendue dans mon dos durant la projection : « Putain, mais je vais avoir une crise cardiaque ! »

.
EvilDead

Enfin, réalisé sans moyens mais avec une ambition folle et une énergie démesurée, l’ultra-culte, le dégénéré Evil Dead (1981) de Sam Raimi clôtura cette nuit fantastique dans un déluge d’hémoglobine colorée, de cadrages impensables et d’une bande sonore hystérique. Quelle bonne idée de finir la programmation avec cette bande d’amis confrontés en pleine forêt, dans une cabane délabrée, à des démons aussi drôles que repoussants. La réalisation cartoonesque de Sam Raimi (oui, celui qui réalisera la première trilogie des Spider-Man) fait la différence avec la masse de productions dans le même genre tournées à la même époque et emporte l’adhésion du public resté nombreux pour assister à ce sommet du cinéma d’horreur.
2015_festivallumiere_nuitdelapeur

Cette Nuit de la Peur fut donc une immense réussite, et on saluera tous les spectateurs de la salle, soucieux du respect de chacun en éteignant systématiquement leur écran de portable avant la projection des films, tous les bénévoles et professionnels qui ont permis que cette soirée fut un moment mémorable. A la sortie de la Halle Tony Garnier, vers les 6h du matin, malgré l’état de fatigue avancé, les pronostics allaient bon train pour imaginer la prochaine Nuit en 2016. Western, polar, action ? Les paris sont ouverts, à l’année prochaine !

Publicités
Cet article, publié dans Cinéma, Evenements, est tagué , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Un commentaire pour La Nuit de la Peur, Festival Lumières 2015

  1. Roxane dit :

    Super article qui fait très bien ressortir la bonne ambiance qui a régné tout au long de cette nuit! J’ai d’ailleurs été surprise de voir quasiment toute la salle tenir jusqu’au petit matin.
    Ce fut une nuit mémorable, à la fois drôle, surprenante et parfois glaçante…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s