Ode nostalgique à l’imaginaire des Temps Anciens…

( Photo : Pascal Olivier)

( Photo : Pascal Olivier)

Il était une fois…

Comment ne pas frissonner avec ces quelques mots à l’espoir d’écouter ou de lire un récit qui va nous emporter très loin, dans d’autres temps, d’autres lieux ?

(Photo Pascal Olivier)

(Photo : Pascal Olivier)

Si la plupart des enfants ont été fasciné à l’école par l’histoire médiévale de notre pays et imaginé des aventures palpitantes avec châteaux-forts, boucliers et princesses en détresse, d’autres ont été un peu plus loin pour explorer le versant imaginaire du monde médiéval avec son lot de dragons et de sorcières. Et d’autres encore moins nombreux sont partis encore plus loin découvrir la Terre du Milieu grâce aux écrits enchantés et enchanteurs du Professeur Tolkien, se confronter à un diable aussi effrayant que charismatique dans Legend de Ridley Scott, vivre les aventures fabuleuses des héros de L’Histoire sans fin ou de Dark Crystal, lutter au côté de Conan le Barbare ou encore participer à des guerres dantesques avec la gammes de jouets Les Maîtres de l’Univers. Même l’univers de Star Wars puise sa force profonde dans le sentiment chevaleresque de codes immémoriaux, dans les bases d’un monde où l’honneur est de mise, où les sentiments profonds habitent des êtres participant à un dessein inconnu de tous.

Illustration de la gamme de jouets des années 80 Les Maîtres de l'Univers

Illustration de la gamme de jouets des années 80 Les Maîtres de l’Univers

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Extrait du film Dark Crystal (1982)

Extrait du film Dark Crystal (1982)

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Extrait du film L’Histoire sans fin (1984)

Et puis les années passent, et tellement de portes s’ouvrent à nous que nous explorons d’autres passions, d’autres lieux, d’autres connaissances. Et un beau jour, c’est dans l’intimité que nous ressentons le souffle de l’imaginaire des temps anciens. Cela est peut-être dû à la visite d’un monument, d’un château, d’un édifice religieux, et notre âme s’est échappée un instant,  est partie explorer les moindres recoins de pièces obscures, s’est perdue dans les allées d’un jardin ensoleillé. Nos yeux se sont arrêtés sur une simple pierre, nos mains l’ont frôlé avec respect, et notre esprit s’est demandé depuis combien de temps était-elle là, de combien d’émerveillements et de terreurs avait-elle été le témoin aveugle et muet. La musique classique a elle aussi joué un rôle dans notre redécouverte de la noblesse des temps anciens, elle nous emporte dans des sentiments absolus, des glorifications exaltantes ou des mers de ténèbres sans fond. Et curieusement, on trouvera dans la musique électronique certains compositeurs tel le compositeur canadien d’Eon qui, avec son projet Music for Keyboards, est parti de l’utilisation calme et aérée de synthétiseurs pour inventer une musique spirituelle qui a évolué au 4eme volet vers une musique hybride, un incroyable mélange de sources médiévales et électroniques !

Mais allons toujours plus loin, vers des terres obscures, avec Burzum, un personnage norvégien pour le moins controversé, aux idées politiques nauséabondes, qui fut une figure incontournable du Black-Metal avant de produire en prison deux albums superbes et minimalistes de Dark-Ambient, Dauði Baldrs (1997) et Hliðskjálf (1999). Après cela, l’homme s’éloigna des guitares saturées et des chants gutturaux pour livrer deux albums essentiels, Sôl Austan, Mâni Vestan (2013) et The Way of Yore (2014),  faisant l’éloge du paganisme et de l’imaginaire. Si bien des groupes  ont suivi ce mouvement de Fantasy Musicale, aucun n’a été aussi loin dans la recréation d’un monde extérieur et intérieur que Erang. Tout au long de sa discographie, on explore les mille et une facettes du royaume imaginaire de ce musicien français influencé par Tolkien, les films de Fantasy des années 80 et la musique des jeux-vidéo de RPG. Sa musique, sensible et nostalgique, nous prend doucement par la main pour nous promener dans des lieux enchantés ou terrifiants, peuplés de créatures et d’êtres fabuleux, et on découvre avec une grande joie que d’autres personnes ont établi un contact intérieur avec leur imaginaire des temps anciens.

Vivien et Merlin, estampe de 1868 réalisée par Gustave Doré

Vivien et Merlin, estampe de 1868 réalisée par Gustave Doré qui a servi d’illustration pour un album de Burzum, The ways of Yore

Et la littérature dans tout ça ? Par manque de connaissances pointues, on trainera un œil torve sur les rayonnages de Fantasy des librairies et bouquinistes où chaque couverture et résumé donne l’impression d’être un décalque infini et peu inspiré. On quittera donc les terres du merveilleux pour revenir vers deux ouvrages d’imaginaire des temps anciens, aussi différents l’un que l’autre. Commençons avec la lecture du Chevalier inexistant (1959) du romancier italien Italo Calvino (1923-1985). Charlemagne fait le tour de ses troupes quand il s’aperçoit que l’un deux, un chevalier revêtu d’une impeccable armure blanche, est inexistant ! Bien que l’armure soit vide bien, elle est bien animée de vie et douée de parole. En outre, Agifulfe Edme Betrandinet des Guildivernes et autres de Carpentras et Syra va se distinguer de ses partenaires par son extrême rigueur, sa précision de haute volée et son sens du dévouement sans failles. La noblesse de la chevalerie en prend grandement pour son grade dans ce roman irrésistible de drôlerie où à la paillardise des troupes viles, paresseuses et dégénérées s’oppose l’obsession des règles et de la droiture pour cette armure sans corps mais pas sans esprit. La loufoquerie est reine tout au long de ce récit court et rythmé dont chaque personnage possède une logique interne qui ne cesse de nous surprendre. En filigrane se dessine l’absurdité de la guerre et de ses règles, ainsi qu’une réflexion salutaire sur l’existence et ce qui la compose.

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L’existence, la destinée, voilà également ce qu’on retrouve dans Du domaine des murmures (2011) de Carole Martinez. Esclarmonde, 15ans, décide de refuser un mariage arrangé par son roi de père, se tranche l’oreille et exige d’être emmurée vivante pour dévouer sa vie à Dieu. Carole Martinez dit avoir fait « un pas de côté » vers la littérature médiévale pour se libérer et trouver sa propre singularité. Le résultat dépasse toutes les espérances. Dans une langue qu’on a envie de dire à haute voix pour la faire résonner dans notre monde, les mots de l’écrivaine s’emparent de l’esprit médiéval, le transforment en songe féminin, en folie masculine, font vibrer les pierres du château et souffler le vent sur la nature indifférente aux souffrances humaines. Du domaine des murmures est un sortilège littéraire, prions pour qu’un jour un éditeur fou édite ce livre sur un parchemin pour révéler sa vraie nature, celle d’un conte fantastique sans âges qui nous emporte de l’autre côté du monde et au fond de notre âme. Cruauté et douceur, chair et esprit, christianisme et paganisme, homme et femme,  intérieur et extérieur, tout fonctionne en dualité spirituelle dans ce roman d’une remarquable unité. De mémoire, on n’avait pas connu un choc aussi profond depuis La splendeur de Régine Detembel, c’est dire la force sauvage et extatique de ce récit puissant et bouleversant.

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Terminons cette réflexion avec la 1ere saison de Game of Thrones (2011), fascinante série qui nous réconcilie avec l’imaginaire visuel des temps anciens (et qui doit beaucoup au style visuel du Seigneur des Anneaux de Peter Jackson). Porté par la partition sombre et épique de Ramin Djawadi, cette série part d’un formidable postulat qu’on peut refléter sur notre vie actuelle. Dans un monde gouverné par les rivalités politiques, amoureuses et sociales, où la matérialité fait office de réalité, une femme va réveiller le pouvoir de l’imaginaire, du fantastique et l’imposer à ce monde désenchanté. Ce nouvel équilibre instable va réveiller au fur et à mesure des épisodes des légendes, des menaces et des pouvoirs enfouis. L’émergence du merveilleux dans notre quotidien est une expérience merveilleuse vécue par tous les poètes et rêveurs de ce monde. Laissons de la place à notre esprit pour qu’il vagabonde dans les temps anciens et redécouvre le pouvoir de l’imagination, qu’il invente sa propre légende dans ce monde accaparé par l’objet et trouve en fin de compte sa voie sacrée, constituée de tout ce qui l’aura vu et aidé à grandir dans son existence terrestre.

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