Mémoires antiques

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Pour se  comprendre et comprendre le monde qui nous entoure, il peut être bon, voire salutaire, de se pencher vers un passé lointain, de toucher du doigt une forme de pensée plus pure, pas encore ravagée par la science et le divertissement, une pensée immortelle où la place de l’homme est au cœur de toutes les préoccupations des grands esprits.

Entamons ce voyage temporel avec Mémoires d’Hadrien, de Marguerite Yourcenar (1903-1987). Ce roman historique, écrit en 1951, se présente comme un testament spirituel d’un empereur arrivé à la fin de sa vie pour son protégé et possible successeur, Marc Aurèle.

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Narré à la première personne et s’adressant directement à Marc Aurèle (et donc au lecteur), le récit chronologique démontre toute la complexité de la nature humaine, surtout si celle-ci est amenée à exercer les plus hautes fonctions politiques, créant ainsi une tension prodigieuse entre l’intériorité de l’être et l’extériorité de l’homme social. Hadrien nous enchante par sa façon de conter sa vie, d’expliquer son ascension politique par la sagesse et sa gouvernance par la raison. Modèle de tempérance, il sera malgré tout confronté à de terribles démons intérieurs nourris par la vacuité de la gloire et la folie de la richesse.

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Cette vie éblouissante est au fond une vaste méditation philosophique qui plonge de toute son âme le lecteur dans la complexité spirituelle du monde romain, tout en l’éclairant sur la situation géopolitique de l’époque. Le génie absolu de Marguerite Yourcenar est d’empêcher cet ouvrage de se transformer en baudruche romantico-historique par la grâce inouïe d’un travail littéraire étourdissant d’intelligence et de sensibilité.

Accumulant une quantité de savoirs et de documentation gargantuesque sur cette époque, l’auteur en a patiemment retiré la quintessence pour pénétrer au plus près de l’esprit d’un homme de l’antiquité. Le résultat  est absolument exceptionnel et fait clairement partie des ouvrages à lire au moins une fois dans sa vie.

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Après la fiction, intéressons-nous maintenant à la philosophie avec les Pensées de Marc-Aurèle (121-180). Ecrites par l’empereur lui-même de 170 à 180, ces pensées n’avaient pas vocation à être lues par quiconque et se présentent ainsi comme de courts textes adressés à l’auteur lui-même. Cette aridité première doit être dépassée si l’on veut découvrir toute l’étendue philosophique empreinte de stoïcisme d’un esprit exceptionnel confronté à un destin qui ne l’est pas moins.

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La mort apparait comme l’ultime horizon à ne jamais oublier pour Marc Aurèle, afin de relativiser chaque acte de sa vie, de soupeser chaque décision par rapport à la paix intérieure désirée par tout à chacun. L’empereur-philosophe s’emploie à systématiquement démonter l’égo en nous démontrant que tout événement est neutre en soi, et que c’est bien notre opinion qui va juger et décider si celui-ci est bon ou mauvais, et ainsi engendrer une réaction qui peut nous dépasser.

Les pensées de Marc Aurèle creusent un sillage où la conduite d’une vie est questionnée sans répit. Eloge sublime de l’intelligence et de la tempérance, ce recueil philosophique fait partie de ces ouvrages que l’on garde à portée de main tout au long de sa vie, pour vivre enfin une vie apaisée avec soi-même.

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