La direction de sa vie

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Comment aborder sa vie ?

Il existe mille façons de la vivre et de la ressentir, avec des nuances plus ou moins grandes.

Choisissons deux approches aussi simples que différentes pour nourrir notre réflexion.

Séparons en deux groupes ceux qui pensent leurs vies de ceux qui vivent leurs vies.

A priori, nous serions plutôt tentés de nous rattacher au deuxième groupe, notre existence étant si brève qu’il ne faudrait surtout pas passer à côté de l’infinité d’expériences à éprouver. Mais foncer au cœur de l’action sans avoir préalablement réfléchi à celle-ci est-il toujours une bonne façon d’envisager son mouvement ?

 

 

L’action pure nous fait-elle parvenir à dessiner un cheminement cohérent de notre existence ? En fait, laisser la spontanéité, mouvement chéri de notre époque actuelle, dominer nos pensées et nos actions est peut-être le meilleur système pour rester englué dans le même conditionnement intellectuel et culturel. Alors que nous pensons, mués par une force prodigieuse, abattre les cloisons qui nous empêchent de comprendre et de vivre le monde autour de nous, il se peut que nous construisons au contraire des remparts qui nous empêchent de nous projeter hors de nous et donc de transcender notre existence.

Les partisans de l’action sauront à n’en point douter faire fi de ces réflexions en brandissant le poing levé le droit à l’instinct, caractéristique bien humaine s’il en est. Il est certain que l’action libère le poids existentiel de l’individu, le soulève tel une feuille emportée par le vent et le dépose à un endroit qu’il n’avait peut-être pas prévu. Le sujet, tout heureux de son aventure improvisée, ira alors en sifflotant découvrir ce nouveau territoire en attendant la prochaine impulsion. Mais si par malheur, son instinct le mène dans un lieu sombre, alors l’homme d’action deviendra subitement et maladroitement penseur et reviendra sur les raisons de cette mauvaise action. Alors que si l’individu avait mûrement réfléchi son action, peu importe au fond qu’elle le mène au bon endroit, il saura procéder à une fine analyse du lieu, le relier avec discernement aux actions passées et celles à venir.

 

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Intervient à ce stade de notre réflexion un point capital : l’écriture.

Ecrire sa vie est un acte intellectuellement déstabilisant mais extrêmement révélateur de soi, de ses aspirations les plus profondes qui n’apparaîtront d’ailleurs qu’après une longue pratique. L’écriture de soi est un miroir déformant à l’aveuglante pureté. Tous les défauts, toutes les erreurs, toutes les passions et les colères seront notées et conservées afin de garder une trace du cheminement qui se crée, qu’il soit labyrinthique ou ordonné. Le chaos de nos pensées, de notre instinct, de notre intuition, se trouve ainsi éclairci sous un nouveau jour, plus douloureux certes, mais tellement plus riche et enthousiasmant pour penser notre passé et notre futur.

Ecrire sa vie, c’est s’extraire de l’omniprésence du présent.

Se dégagera ainsi les éléments de sa vie qui ont le plus d’importance et qui sont hélas trop souvent ensevelis par les préoccupations et distractions du monde moderne. Alors que l’on s’acharnait impitoyablement à combler le vide de son existence, voilà qu’apparaît soudain la possibilité d’une vie pleine, grâce à un lent travail de réflexion.

 

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Il ne s’agit ici que de proposer une piste pour faire un pas de côté, et ne plus subir le dictat d’une société matérialiste, technologique et abrutissante. Il convient seulement de s’éloigner pour un moment des incessantes stimulations pour s’offrir un espace de pensée pure. L’action in fine est ainsi nourrie par une profonde réflexion qui agira au fur et à mesure jusqu’à créer paradoxalement une nouvelle spontanéité !

Il ne s’agit pas non plus de faire le procès de l’élan naturel. La beauté mystérieuse de la vie est justement de nous confronter à des éléments imprévus, apportant sur notre vécu un nouvel éclaircissement. Mais plus on réfléchira à sa vie, plus ces imprévus seront chargés de sens, suivant la direction que l’on a défini au préalable.

En guise de conclusion, soulignons les deux ouvrages qui sont à l’origine de cette réflexion et que nous invitons à lire pour nourrir et confronter ce sujet inépuisable :

La vie matérielle, Marguerite Duras

La nausée, Jean-Paul Sartre

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