X-Men Apocalypse, Bryan Singer

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Au fur et à mesure que le temps passe, le cinéma de super-héros s’est imposé comme une référence incontournable du cinéma fantastique et d’action, engendrant des millions de dollars à travers le monde entier, relayé par une impressionnante machine marketing (teasers, jouets, vêtements, publicité…) qui elle même est relancée par des milliers de sites et de blogs professionnels ou non. On se presse de tout bord pour savoir comment sera adaptée telle BD, à quoi ressemblera le costume du héros, par qui sera joué le méchant de l’histoire mais à pratiquement aucun moment on ne se soucie de la qualité cinématographique, comme si le fait de dépenser des millions d’euros dans une licence destinée en général à un très large public suffisait pour juger un film uniquement en fonction de la qualité de ses effets spéciaux et du rythme trépidant du récit.

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Il est certain que la majorité du public acquise à la cause des super-héros a grandi avec les BD Marvel et DC Comics pour ne citer que ces deux poids lourds de l’industrie de la bande dessinée américaine. Et comment ne pas vibrer face à ce mélange de soucis quotidiens et de vie super-héroïque ? Dans une juste mesure, le mythe moderne  du super-héros permet de questionner le lecteur sur son identité et son intégrité.

Chacun à leur manière et de façon très différente, des réalisateurs aguerris comme Stephen Norrington (Blade), Alex Proyas (The Crow), Bryan Singer (X-Men 2) et bien sûr Sam Raimi (le définitif Spider-Man 2) ont prouvé qu’une recherche de stylisation originale du matériau traité aboutissait à une enveloppe cinématographique permettant de donner corps et sens aux prouesses surhumaines mais également aux questionnements moraux. Ce court âge d’or du cinéma de super-héros (en terme de qualité) rassemblait aussi bien cinéphiles désireux de voir un film exigeant avec lui-même que le grand public venant simplement chercher (et c’est tout légitime) sa dose de grand spectacle parfaitement exécuté.

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Même si le chant du cygne de ce sous-genre cinématographique donna lieu à un futur classique du cinéma américain avec le funèbre Dark Knight de Christopher Nolan, force est de constater que les produits médiocres s’accumulent sur le grand écran, que ce soit du côté de Marvel (le calamiteux Avengers) ou DC Comics (Man of Steel), sans que cela ne semble gêner qui que ce soit. Pire que cela, ces films calibrés habituent le grand public à un spectacle très confortable et paresseux dénué de la moindre ambition cinématographique. Hors, comme on l’a vu, on est en droit d’attendre une progression artistique de la part de ce genre cinématographique qui, paralysé par le coût exorbitant de la production et du marketing, se vampirise jusqu’à ne plus laisser qu’une pauvre coquille vide sans cervelle.

Dans ce triste paysage cinématographique, la saga autour des mutants X-Men s’est brillamment réinventée après être, elle aussi, passée par des épisodes calamiteux (X-Men : L’affrontement et les films sur Wolverine). En revenant sur la première équipe des X-Men, Bryan Singer redonne un souffle adulte au film de super-héros, en approfondissant les relations des uns et des autres et en relevant les choix moraux de chacun à travers des dialogues plus travaillés et un rythme plus posé. Pour le 3eme volet de cette « prélogie », Bryan Singer  (réalisateur ayant relancé le succès planétaire du cinéma de super-héros avec son tout premier X-Men) puise dans les fondements mythologiques du surhomme grâce à la figure quasi-divinisée d’Apocalypse, qui est présenté comme le premier mutant apparu sur Terre.

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On le voit, l’ambition est grande et écrase ne serait-ce que par son intention 90% des pitreries actuelles. Chaque personnage (selon son importance dans le récit)  va se voir ainsi questionné par la parole d’Apocalypse qui pousse chacun à explorer la puissance qu’il a en lui. L’auto-divination de ce personnage quasi-éternel exprime à lui seul la tentation que peut ressentir chacun face à un pouvoir qu’il peut choisir d’exercer à sa guise. A ce titre, Magnéto, être complexe et torturé, signera les plus belles scènes du film, où son tiraillement entre humanité et divinité sera mis en scène avec talent par Bryan Singer qui fait le choix audacieux de pousser sa saga dans ses derniers retranchements visuels et narratifs.

X-Men Apocalypse retrouve ainsi ce qu’on était en droit d’attendre d’un film de super-héros : une vision. Mais tout n’est pas simple dans un film de très gros studio, et c’est bien dommage que ce long-métrage se perde dans une accumulation de personnages secondaires grossièrement traités, surtout quand on connaît leur charisme et importance dans la bande dessinée originale (voire Angel et Psylocke). On aurait aimé que le film plonge encore plus loin dans cette fascinante réflexion suscitée par Apocalypse et à laquelle devra répondre l’équipe du Pr Xavier, dont la cohérence de jeu d’acteur et de scènes d’actions est un vrai plaisir cinématographique. Les clins d’œil à d’autres pans de la saga en bande dessinée X-Men abondent  (Phénix, L’Arme X) mais ne gênent en aucun cas la narration; plus surprenant (mais amusant) est le tacle sans tact fait à l’horripilant 3eme volet de la saga (X-men : L’affrontement donc), réalisé dans l’urgence par Brett Ratner (Speed). 

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On peut se demander maintenant si le réalisateur va pouvoir se renouveler avec une suite qui ne peut qu’être souhaitée. En effet, on sent que de nombreuses scènes d’Apocalypse font écho dans leur conception au précédent film (Days of future past), ne serait-ce que la scène incroyable avec Vif-Argent, où le temps ralenti (et non arrêté) est prétexte à  une multitude de gags savoureux sur la musique entêtante de Sweet Dreams, du groupe Eurythmics. Il serait peut être temps que le réalisateur retourne à son statut si précieux de producteur pour garder l’unité artistique de la saga, et passe le flambeau à un autre réalisateur; ainsi pourra-t-il éviter l’écueil de Christopher Nolan qui ne put surpasser son Dark Knight avec le 3eme volet de Batman. La saga X-Men  en bande dessinée regorge de trouvailles scénaristiques et visuelles, c’est un vivier inépuisable dans lequel il est conseillé d’y plonger la tête froide pour pouvoir ensuite travailler cinématographiquement tout ce qui la force de cette bande dessinée qui s’est toujours voulue plus adulte que tous ces illustres congénères du studio Marvel.

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