The Witch, Robert Eggers

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Depuis la nuit des temps, l’homme aime avoir peur. Son imagination le conduisit à créer des contes terrifiants qu’on se chuchotait à l’oreille le soir, moment propice pour se laisser bercer par les ténèbres. Sorcières, loup-garous, vampires et fantômes (pour ne citer que les entités maléfiques les plus répandues) déferlèrent dans les chaumières, se glissèrent dans les cultures populaires et perdurèrent sous de nombreuses formes artistiques, comme la peinture, la sculpture, la littérature et le cinéma.

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Aimer le conte fantastique, c’est désirer pénétrer dans une situation confortable, qui nous est déjà étrangement familière et qui, peu à peu, va nous faire perdre nos repères les plus fondamentaux pour nous engloutir dans une autre réalité, où la peur est une matière tangible. Ces récits contiennent en outre en leur sein une morale révélant une problématique de la psyché humaine. Ainsi, nous voici en présence récurrente de quête initiatique, où le héros de l’histoire, souvent jeune (symbolisant une idée de pureté ou de virginité spirituelle) se transcendera à travers une série d’épreuves qui le plongeront dans les ténèbres.

Le cinéma de peur, malgré son enrobage moderne, s’appuie complètement sur cette forme narrative pour embarquer un personnage sur un territoire qu’il ne connait pas et maîtrise encore moins. Inévitablement, cet art dépendant fortement de facteurs industriels et économiques a vu sa source originelle se vider de sa substance pour accoucher bien trop souvent de coquilles vides où la finalité tient plus d’un manège à sensation (on paie, on consomme, on sort, on oublie) que d’une réflexion spirituelle sur notre monde (notre psyché) et ses zones d’ombre. Bien sûr, de très nombreuses œuvres viennent démentir ce sinistre état des lieux (citons par exemple Jeepers Creepers, Darkness, ou beaucoup plus récemment le très réussi Mr Babadook) mais force est de constater que la puissance matricielle et souterraine du conte effrayant a été complètement délaissé.

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Pour toutes ces raisons invoquées, The Witch s’impose comme une date historique dans l’histoire du cinéma fantastique. Les ressources artistiques du cinéma ont été pleinement exploité par le réalisateur Robert Eggers pour revenir aux sources de la peur. Et par peur, nous entendons une disposition intellectuelle, spirituelle et sensitive qui va lentement mais sûrement faire vaciller les fondements de notre réalité. Le choix temporel de l’intrigue permet au récit de se débarrasser instantanément du superflu (qui nous empêche de nous pencher sur notre nature profonde) et d’offrir un élan artistique sublime de retenue et de sobriété. Nous voici en plein cœur du mal. Le montage se découpera alors comme une page de livre qu’on tournera doucement, afin de se délecter de cette inquiétante ambiance naturaliste, où les éléments les plus évidents cachent les plus profondes terreurs.

Scandée par la musique incantatoire de Mark Korven, The Witch  nous renvoie à l’enfance, où tout est si évident et compliqué à la fois, où la forêt semble cacher de sombres mystères que les adultes ne peuvent voir, empêtrés qu’ils sont dans leur rassurante certitude morale. The Witch nous rappelle également la pureté et la noblesse du mal, qui sous ses aspects les plus retors et abjects, démontre toute l’absurdité de vouloir imposer une direction spirituelle à qui que ce soit, et encore moins au nom du bien. Enfin, pour toutes raisons, The Witch est une œuvre séminale qui prouve que le cinéma fantastique, débarrassé de ses oripeaux modernes (abus des images de synthèse, montage épileptique, traitement superficiel du surnaturel), peut encore s’inscrire comme un genre novateur en retournant à la source, aussi impénétrable et ensorcelante soit-elle…

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