Un été italien

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La torpeur de l’été est une période idéale pour se délecter dans la fraicheur d’un salon de classiques et pépites oubliées du cinéma italien. Grâce soit rendue à l’éditeur SNC et sa collection « Les maîtres italiens » pour nous permettre de puiser dans cet inestimable patrimoine cinématographique.

LA FILLE A LA VALISE ; LA RAGAZZA CON LA VALIGIA (1960)

Parmi une pléthore de titres disponibles, penchons-nous sur trois long-métrages ayant pour point commun la saison estivale. La chaleur des sentiments, la sensualité des corps et l’apparente légèreté des conversations sont autant d’indicateurs d’une certaine idée de ce cinéma vivant, intelligent et moderne.

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Après une carrière dans le cinéma documentaire, Luciano Emmer va réaliser en 1949 Dimanche d’Août (Domenica d’agosto), expliquant ainsi la formidable portée historique de la vie romaine de ce film choral virevoltant. Le dimanche étant le seul jour de congé, c’est toute une foule empressée et bigarrée qui va profiter des joies de la plage d’Ostie, à une quinzaine de kilomètres de Rome.  Ces premières scènes sont réellement impressionnantes par leur réalisme, où acteurs et personnes de la rue se fondent dans la même masse rugissante, poussant des coudes, se ruant dans les trains, les voitures ou sur les vélos, pour profiter, le temps d’une journée, de la douceur de vivre d’un été italien.

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Etrange paradoxe quand on constate avec beaucoup d’amusement l’agglutinement de la population sur la plage. Ou plutôt devrait-on dire les plages, car même au bord de la mer règne la différence de classes sociales symbolisée par un effarant grillage séparant ainsi les familles populaires des fratries aisées. Rien n’échappe à l’œil avisé du réalisateur qui va nous régaler d’une foule de détails et dialogues croustillants nous plongeant ainsi au cœur de la société italienne. Le croisement virtuose d’intrigues parallèles va nous dévoiler, au delà de leur charme indéniable, une variété de sentiments allant de la légèreté des amours adolescents jusqu’à la crise existentielle du milieu de vie. L’été nous est ainsi montré sous un double jour : celui du rapprochement du corps et des cœurs et de la réinvention de soi, parfois voulue, parfois involontaire.

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Quittons Rome pour Parme, pour rencontrer La fille à la valise (La ragazza con la valigia), réalisé par le rare Valerio Zurlini en 1962. Interprétée par l’époustouflante Claudia Cardinale, Aida sera notre guide, notre fil conducteur, dans cette histoire à priori toute ordinaire débutant par une rupture brutale sur un ton léger. L’ingénue Aida va alors tout faire pour récupérer son amoureux, quitte à utiliser un adolescent aux allures d’ange, pour parvenir à ses fins. Mais le jeu sera plus compliqué que prévu, car ce jeune garçon n’est autre que le frère de l’amant d’Aida, se gardant bien de lui dissimuler sa véritable identité afin d’avoir une chance de séduire la magnifique italienne, complétement prisonnière de la confusion de ses sentiments, et agissant constamment sous le coup de l’impulsion.

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L’impulsion guide d’ailleurs le film, et chaque personnage, vers le néant où chacun sera éconduit par un autre. Le récit étonne par sa transformation discrète d’œuvre légère et estivale en requiem émotionnel confondant de désillusion. L’ange, le diable et la sainte s’incarnent progressivement dans ces personnages ne parvenant pas à donner un sens à leur vie.

Réalisé la même année, en 1962, Elle est terrible ( malheureuse traduction de La voglia matta), de Luciano Salce, va pousser cette destinée du hasard à son paroxysme avec l’improbable rencontre entre Antonio, la quarantaine, chef d’entreprise orgueilleux et suffisant, et Véronique, adolescente délurée et fantasque. Cette fracassante réunion entre deux générations complétement différentes va révéler les failles de chacune. D’un côté, l’arrogante jeunesse ne vit que dans l’insouciance puérile de l’instant et la destruction systématique de toutes les règles de savoir-vivre en société, et de l’autre, un monde adulte matérialiste et moralisateur qui a oublié ses rêves sur le chemin de la vie.

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Le film concentre ce qui fait souvent la force du cinéma italien, à savoir parler de sujets profonds sur un mode très léger (et vice-versa). L’humour, constamment présent, est puissamment révélateur de la vacuité dans laquelle s’enfonce chaque protagoniste de l’histoire, et cela sans jamais forcer le trait. Brillamment interprété par Ugo Tognazzi, Antonio va nous faire passer par toute une galerie d’émotions à son égard : l’antipathie, le mépris, la compassion, jusqu’au bouleversant final, sublime moment de grâce où en une scène, on mesure tout le poids du temps qui passe et qui ne reviendra jamais.

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