La vanité de l’argent

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La recherche de l’argent est devenue la base de toute préoccupation sociale de chaque être vivant. Créatures intelligentes et sensibles, nous n’avons pas su créer un système qui puisse nous permettre de nous libérer de contraintes matérielles pour évoluer différemment, sur un plan plus spirituel. Et pourtant, à chaque instant, notre connaissance du monde, que ce soit par la science ou la poésie, s’agrandit, nous dévoilant des pans entiers de l’infiniment grand comme de l’infiniment petit. Les mystères du temps et du cosmos se dévoilent, apportant avec eux leur lot de nouvelles interrogations. Malgré tout, nous restons confinés dans un système archaïque, créateur de terribles inégalités sociales, qui se nourrit de notre suffisance morale et matérielle, et nous poussant à satisfaire notre terrible appétit de réussite économique.

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La littérature n’a de cesse de se démarquer par son acuité à décortiquer les infimes rouages de nos personnalités perdues dans cette monstrueuse machine incontrôlable. Repère cruel et incisif, La parure, très courte nouvelle de Guy de Maupassant parue en 1884, nous dévoile comment la recherche de l’apparence par tous les moyens aboutit à une dégringolade morale et sociale. L’écrivain utilise sa plume de la manière la plus cinglante qui soit pour nous infliger une gifle dans toute la dernière ligne.

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Charles Dickens, avec toute sa puissance de conteur, va également nous donner une très grande leçon de vie avec son roman Les Grandes espérances (1861). Narré à la première personne, le récit nous plonge dans l’univers de Pip, un jeune garçon évoluant tant bien que mal dans un village anglais, au sein d’une famille pauvre. Les circonstances de la vie vont lui apporter sur un plateau une énorme somme d’argent offerte par un mystérieux donateur dont on ne saura rien avant la fin de ce volumineux roman. Pip va alors renier son entourage et peut-être même sa personnalité pour enfin se frayer un chemin dans la haute société. Son snobisme ira jusqu’à désavouer les seules personnes qui l’ont toujours soutenu et aimé. Mais ceci n’est qu’un des très nombreux aspects du roman qui manie les personnages et les intrigues avec une maestria époustouflante. Le suspense, l’amour et l’humour s’imbriquent dans une succession d’événements toujours surprenants. On rit et on frémit en lisant le récit de ce jeune homme dépassé par les événements. Apothéose littéraire de Charles Dickens, Les grandes espérances est une œuvre exaltante et intelligente, où l’auteur semble nous dire que posséder de l’argent implique de l’avoir convenablement gagné et surtout de l’utiliser avec la plus grande moralité.

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Pourtant l’argent, drame du monde, possède une formidable qualité : il agit comme révélateur de l’hypocrisie, de l’avarice et de la cupidité de celles et ceux qui le possèdent. Honoré de Balzac, réduit par un système scolaire buté à un auteur de « descriptions ennuyeuses » par des élèves inexpérimentés à la vie et ses turpitudes, va finir de nous assommer avec Le père Goriot (1842), un roman sombre et sans appel sur la monstruosité qui se cache derrière chaque couche sociale, qu’elle soit misérable ou aristocratique. Là aussi, il sera question d’ascension sociale, mais elle se fera par le cœur, aveuglant un jeune homme ambitieux qui mettra du temps à réaliser qu’autour de lui ne règne que l’égoïsme et le calcul. L’argent balaie le monde, rétrécit la grandeur d’âme et transforme les hommes en d’ignobles créatures ricanantes et malfaisantes. Avec un grand savoir-faire, Balzac nous étouffe, nous fait suffoquer dans les fumées de cet enfer bien terrestre. Chute impitoyable d’un vieil homme trop aimant, Le père Goriot  expose en pleine lumière la soi-disant bonne pensée des braves gens et des belles dames et en fait ressortir tout le pus et l’odeur infecte. Car bien souvent le plus grand vice se cache sous d’éclatantes vertus.

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3 commentaires pour La vanité de l’argent

  1. Belle analyse des vanités humaines a travers la littérature du IXXeme siècle. Elle est tragique si elle se fait sur des principes moraux, par le prisme des vices et des vertus. Elle est plus acceptable si on fait fi de la morale en envisageant les rapports humains comme un échafaudage de rapports de forces et de luttes d’influence.

  2. francefougere dit :

    Très bel article merci
    Le matérialisme est odieux, et pourtant certains feraient tout pour  » posséder « .
    Je vous souhaite une belle année 2017 – france

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