Une promenade dans la nature, une balade en soi

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Dans notre monde hyper-connecté où chaque moment de rêverie et de réflexion est remplacé par un temps de divertissement que nous propose la technologie et ses sociétés marchandes, il est indispensable de renouer avec les forces invisibles qui font la beauté de la nature. La simplicité d’une promenade dans les bois prend désormais des allures de refuge, la méditation active d’une course à pied permet de réunir à nouveau sur un même plan corps et esprit, et ainsi de faire émerger ce qui nous manque tant aujourd’hui, cette précieuse poche de résistance que l’on doit chérir au plus haut point, l’essentiel.

Des poètes comme Charles Juliet ou Christian Bobin n’auraient sans doute pas la même force et la même profondeur s’ils étaient nés en territoire urbain plutôt qu’à la campagne. Est-ce à dire qu’il faut condamner toute la poésie née d’urbains ? Certainement pas ! Mais reconnaissons que ces immenses poètes ont su développer au gré des saisons et au creux de la nature un regard clair sur le monde et les sentiments, une clairvoyance poétique qui nous souffle et nous emporte au plus profond de notre être.

   « Celle qu’on aime, on la voit s’avancer toute nue. Elle est dans une robe claire, semblable à celles qui fleurissaient autrefois le dimanche sous le porche des églises, sur le parquet des bals. Et pourtant elle est nue – comme une étoile au point du jour. A vous voir, une clairière s’ouvrait dans mes yeux. A voir cette robe blanche, toute blanche comme du ciel bleu.

    Avec le regard simple, revient la force pure. »

(extrait de Une petite robe de fête, Christian Bobin)

A l’inverse, il est ridicule également de célébrer avec une béatitude infantile la nature, comme on peut le voir actuellement dans tant de magazines aussi naïfs qu’éphémères. Dans son roman La vie tranquille, Marguerite Duras prend comme cadre une ruralité lourde et pesante, aussi bien sur les corps que sur les âmes. Rien ne peut émerger de bon dans cette nature maussade, et les promenades peuvent facilement tourner au cauchemar. Les paysages n’ont que faire des corps brisés et des vies ratées. Il faut alors savoir s’extraire de cette nature pour se révéler à soi-même, ailleurs. Contrairement à ce qu’affirment nombre d’ouvrages de psychologie positive, ce ne sont pas les promenades en forêt qui font que l’on y puise une source de bien-être, mais c’est bien grâce à un patient travail de réflexion sur soi et arrivé à un certain point de plénitude intérieure, de compréhension de soi, c’est là que la rencontre avec les forces invisibles de la nature se fera et qu’on trouvera dans le bruit d’un ruisseau et le bruissement des feuilles un écho à soi.

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A ce titre, Les rêveries du promeneur solitaire de Rousseau est un modèle du genre qui nous intéresse. Les balades du philosophe sont autant de façons de s’oublier complétement que l’opportunité de plonger dans d’intenses réflexions. La nature a permis à Rousseau de se retrouver, de se recentrer et de se découvrir sous un nouveau jour, plus apaisé. Accompagné par le silence et la solitude, le promeneur repense sa vie avec un recul qui lui était jusqu’à alors interdit. Ces méditations bucoliques apaisent nos cœurs  et interrogent nos vies. Elles font apparaître les problèmes que l’on se cachait mais également les solutions que l’on espérait plus. Contempler la nature, c’est se voir enfin  vraiment dans le miroir.

« De quoi jouit-on dans une pareille situation? De rien d’extérieur à soi, de rien sinon de soi-même et de sa propre existence, tant que cet état dure on se suffit à soi-même comme Dieu. »

(extrait de Les rêveries du promeneur solitaire, Jean-Jacques Rousseau)

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