Les Douze Enfants de Paris, Tim Willocks

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Il y a bien longtemps que je ne m’étais pas plongé dans un bon gros roman d’aventure comme l’indépassable La Religion de Tim Willocks. C’est un genre littéraire que je connais assez mal et je ne me voyais pas commencer tout de suite la longue saga de Game of Thrones qui attend patiemment son tour sur l’étagère de ma bibliothèque…

Alors que faire ? Mais bien sûr, il me suffisait de continuer à lire les aventures de Mattias Tannhauser dans le volumineux Les Douze Enfants de Paris publié en 2014 aux éditions Sonatine. Je ne reviendrais pas sur le précédant roman de Tim Willocks, mais si vous avez la chance de ne pas l’avoir déjà lu, sachez que vous allez vivre une expérience littéraire inoubliable, où le mot épique sera redéfini et transcendé par une écriture et un récit qui explosent tous les standards en vigueur dans ce genre si codifié.

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Bref, nous retrouvons Mattias Tannhauser le 23 Août 1572 aux porte de Paris pour y retrouver sa femme enceinte Carla de La Penautier. Les férus d’histoire auront certainement compris que cette date correspond à la veille de l’un des épisodes les plus sanglants et les plus féroces de l’histoire de France, le massacre de la Saint-Barthélemy.

Pendant trois jours, Mattias Tannhauser va donc traverser un Paris devenu fou, où les meurtres et les viols s’enchaînent sans répit, où les hommes vont redevenir des bêtes sanguinaires, où les dirigeants royalistes et religieux vont soit fermer les yeux soit encourager cette abomination pour l’humanité.

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Scène de la Saint-Barthélemy, assassinat de Briou, gouverneur du Prince de Conti, 24 août 1572, Joseph Nicolas Robert-Fleury

Nous voici donc plongé au cœur de l’enfer avec le diable en personne. Tim Willocks n’a rien perdu de son savoir-faire, au contraire, il nous entraîne avec une maestria sans égale dans un Paris labyrinthique où chaque ruelle abrite un danger potentiel. Au fur à mesure de son avancée, Mattias Tannhauser se constituera malgré lui une petite équipe, étrange et hétéroclitique. Juste, Pascale, Estelle, les jumelles, Grégoire et Grymonde suivront le sombre héros qui ne reculera devant aucune atrocité pour retrouver l’amour de sa vie.

En parallèle à la quête désespérée et ultra-sanglante de Mattias, nous suivons le destin de Carla, prisonnière d’un enjeu obscur, religieux et politique. Là encore, Tim Willocks excelle dans la description de cette femme qui va devoir donner la vie dans un lieu de mort. Au fur et à mesure du récit, la teneur réaliste de l’ensemble se transcende pour atteindre une dimension mystique qui ajoute si c’était possible une palette supplémentaire de sentiments et de symboles à chaque personnage.

Et dans ce bourbier infect, Mattias Tannhauser va puiser en lui tout son savoir de la guerre et faire exploser son attrait de la mort. Si dans La Religion, Tim Willocks avait fait de ce personnage une icône absolue de guerrier sombre et solitaire, Les Douze Enfants de Paris entérine la légende de cet ange noir en le poussant à ses extrémités. La façon avec laquelle la violence est décrite est ahurissante de précision, on sait où arrive chaque flèche tirée, ce qu’elle traverse, et où elle ressort ! Les détails sanguinolents abondent pour assécher notre soif de vengeance face à ces actes atroces de cruauté auquel nous sommes confrontés. Et c’est là une des forces du roman, car Tim Willocks réveille en nous le guerrier que nous ne serons jamais, qui répond à la souffrance donnée par une souffrance plus grande encore.

Cette spirale infernale de violence démarre très fort et pourtant jamais le récit barbare et haletant n’accuse de baisse de régime, au contraire, chaque chapitre nous entraîne vers un nouveau sommet et c’est avec déchirement que l’on doit reposer le livre pour retourner à nos occupations quotidiennes. Sans rien dévoiler de l’intrigue ni du final, Les Douze Enfants de Paris s’achève dans une apothéose apocalyptique qu’on a envie de lire debout en hurlant les phrases !

Tim Willocks a frappé une nouvelle fois très très fort, et c’est avec beaucoup d’impatience que nous attendons une suite probable pour clôturer la légende de l’insaisissable  et passionnant guerrier noir, Mattias Tannhauser.

 

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