Nuit du Festival Lumière 2018: Le Seigneur des Anneaux

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Après nous avoir régalé de Nuits anthologiques les années précédentes (tel que La Nuit de la Peur ou La Nuit Alien), l’annonce de la cuvée 2018 du Festival Lumière à Lyon était attendue avec impatience par tous les cinéphiles. Et les organisateurs n’ont pas déçu en nous révélant que ce sera la trilogie (en version longue) de Peter Jackson, Le Seigneur des Anneaux, qui aura la faveur d’être projeté sur l’écran gigantesque de la Halle Tony Garnier le Samedi 20 Octobre de 19h à 8h du matin. Un choix vraiment pertinent tant on sait l’influence monumentale que cette saga épique a eu dans le monde, que ce soit au niveau du public qui se déplaça en masse à chaque volet de la trilogie, de la critique auparavant souvent condescendante avec le cinéma fantastique ou de l’industrie cinématographique (pour le meilleur et pour le pire). Peut-être faut-il revenir en quelques mots sur l’origine du projet car Peter Jackson était alors plutôt connu comme le meilleur réalisateur Gore au monde (même si Créatures Célestes et Fantômes contre Fantômes avaient démontré respectivement son talent pour l’émotion et le grand spectacle), et son idée de transcrire sur grand le roman réputé le plus inadaptable prêtait à sourire chez pas mal de professionnels, qui prédisaient même l’enterrement de New Line, la compagnie qui finançait ce projet titanesque. Mais c’était mal connaître Peter Jackson, ce passionné perfectionniste, qui s’entoura de la meilleure équipe imaginable pour réussir ce pari impossible. Que ce soit le casting, les effets spéciaux, les décors, les costumes ou la musique, tout fut pensé de A à Z pour faire surgir l’imaginaire foisonnant de Tolkien à l’écran de la meilleure façon possible. On connait la suite, tous les spectateurs du monde entier furent sidérés par ce déferlement poétique, épique et fantastique qu’on espérait pas aussi intense et habité, surtout après l’énorme déception causée par la nouvelle trilogie de George Lucas, Star Wars.

C’est donc avec une grande fébrilité que nous nous sommes retrouvés avec des amis ( accompagnés de 2 x 5000 personnes au total, une Nuit précédente ayant été proposé après la vente éclair de tous les tickets pour cette soirée) ce samedi 20 Octobre pour célébrer la saga sur le gigantesque écran de la Halle Tony Garnier à Lyon. La salle étant déjà presque pleine, nous devons nous assoir au 3eme rang, ce qui est vraiment très près pour un écran de cette taille. Nous croisons quelques fans en costume, l’ambiance est vraiment très sympathique, les bénévoles très souriants, nous faisons le plein de bières, de sandwichs et de confiseries avant d’embarquer pour la Terre du Milieu… Alors que pour les éditions précédentes, un maître de cérémonie prestigieux avait inauguré la soirée (Jean-Pierre Jeunet, Alain Chabat ou Alexandre Astier), ce n’était pas hélas le cas cette année. Une personne (qui ne s’est pas nommée mais qu’on imagine être un des organisateurs) est apparue sur scène pour un discours de 10mn dont la moitié était consacrée à lire un texte publicitaire d’Orange (le sponsor de la soirée) sur son smartphone. Si la présence et l’évocation  d’un sponsor n’est évidemment pas problématique en soi, ce moment assez gênant était inapproprié pour une Nuit de cette importance. Peu importe, les lumières s’éteignent, le public hurle de joie lorsque le titre Lord Of The Rings apparaît à l’écran.

 

J’ai une affection toute particulière pour le 1er volet, La Communauté de l’Anneau, sûrement parce que celui-ci est le plus contemplatif, poétique et fantastique de la saga. Si le dantesque prologue nous permet de cerner immédiatement les enjeux et l’importance de l’anneau, le début du film dans la Comté est absolument remarquable de simplicité, d’humour et de bonté. On se laisse porter par cette atmosphère campagnarde puis de liesse à l’approche d’une fête donnée par Bilbo Baggins et la présence débonnaire d’un vieux magicien au regard malicieux, Gandalf le Gris. On n’a qu’une envie, celle de rejoindre immédiatement ce monde si tendre et proche de la nature. Mais bientôt l’aventure se met en place et la noirceur du Mordor va peu à peu s’insinuer dans le récit. Le public fait un tonnerre d’applaudissements à chaque apparition (Legolas et Aragorn remportent la palme du public à ce jeu-là) des principaux protagonistes et on ne peut être qu’émerveillé de redécouvrir ce chef-d’œuvre de la Fantasy sur un écran qui rend honneur à la réalisation impeccable de Peter Jackson. Les basses vrombissent dangereusement lorsque la musique d’Howard Shore illustre avec maestria les attaques des forces de Sauron sur notre petite compagnie, un son tonitruant se propage dans toute la salle portée dès ce 1er film par la beauté épique qui se dégage de cette trilogie. Quelle émotion de redécouvrir la fragilité belliqueuse de Boromir, l’amitié débonnaire qui unit les hobbits, la beauté froide du monde des elfes, le caractère grognon de Gimli sans parler des blocs narratifs époustouflants qui construisent le récit. A titre personnel, c’est celui de la Moria qui reste le plus cher à mon cœur : la découverte de ce lieu époustouflant puis la bataille terrible qui s’en suit avant la course-poursuite hallucinante qui se conclue par la plus incroyable créature jamais vu sur un écran, le Balrog. La fin complétement déprimante de ce 1er volet est contrebalancée par l’espoir jamais anéanti des héros qui feront tout leur possible pour endiguer le mal qui prolifère sur la Terre du Milieu…

Après un entracte de 30mn indispensable pour se dégourdir les jambes et refaire le plein de café, il nous sera proposé un petit making-of promotionnel assez inutile de 5mn visant à vanter les mérites du 2eme volet. Quelle drôle d’idée de nous proposer cet interlude plutôt qu’une bande-annonce décalée qui aurait fait le bonheur des festivaliers comme cela avait été le cas par exemple pour la Nuit de la Science-Fiction. Une bande-annonce du dessin animé de Ralph Bakshi (Le Seigneur des Anneaux, 1978), d’un film de Peter Jackson ou même d’un film d’Heroïc-Fantasy comme Conan le Barbare aurait été plus original à mon goût. Bref, nous embarquons pour Les Deux Tours qui nous plonge directement au cœur de l’action avec la lutte finale entre Gandalf et le Balrog. Revoir cette scène mythique m’a fait frissonner de plaisir tant la puissance épique qui se dégage de cette étourdissante confrontation est colossale. Si La Communauté de l’Anneau possédait un spectre chromatique assez doux, qui allait du vert chatoyant de la comté au blanc spirituel de Fondcombe, Les Deux Tours est un film dont la tonalité graphique principale sera sombre et grisâtre. Nous découvrons alors le monde des Hommes, avec ce qui les caractérise, de l’honneur à la couardise, du sens du devoir à la traîtrise. Dès lors, les principaux protagonistes n’auront de cesse de convaincre et de parlementer afin d’engager les indécis et les indifférents à prendre part à la lutte contre les forces du mal. Et c’est là une grande force morale du film de Peter Jackson que d’accorder autant d’attention au sens des responsabilités de chacun. Que ce soit Aragorn, Frodon ou le peuple des Ents, chaque personnage a le devoir d’embrasser sa destinée, quel qu’en soit le prix. On ne peut, on ne doit pas rester indifférent au sort du monde. Chacun a le devoir de trouver sa place pour aider le monde à aller mieux. Si je ne peux énumérer tous les personnages marquants de cette saga, comment ne pas évoquer la magistrale incarnation du roi Théoden par Bernard Hill ? La trajectoire de cet homme prisonnier d’un infâme sortilège qui devra se libérer de lui-même et de ses peurs pour embrasser l’honneur de ses ancêtres est véritablement bouleversant à plus d’un égard. La bataille finale du gouffre de Helm est un monument de fureur guerrière qui n’a pas perdu une once de sa superbe, on reste tétanisé par la violence des Uruk-Hai, la déflagration des corps qui se fracassent les uns contre les autres ou les charges épiques de chevaux montés par des cavaliers survoltés de rage et de courage, le tout accompagné par la magistrale composition de Howard Shore.

Nous sommes déjà au beau milieu de la nuit, et il nous reste encore Le Retour du Roi, conclusion foudroyante de beauté épique de ce poème cinématographique. Le prologue relatant la transformation de Sméagol en Gollum est un petit bijou qui donne le ton de ce 3eme volet qui, même au sein de luttes gigantesques, prends le temps d’explorer l’émotion ressentie des protagonistes. La montée en puissance des événements est stupéfiante, on est scotché au siège, on vibre avec Aragorn qui embrasse enfin son destin, on souffre avec Frodon qui ploie sous le poids maléfique de l’anneau, on pleure avec Sam qui voit son meilleur ami le rejeter pour s’enfoncer dans les ténèbres avec Gollum; tous les personnages s’envolent vers leur destin, la trilogie atteint enfin son apothéose dans une lutte titanesque, nous vivons une véritable épiphanie. Que ce soit dans les scènes de guerre qui tiennent du jamais-vu (et qui n’ont jamais été dépassé jusqu’à présent) ou les moments d’introspection, Le Retour du Roi transcende son déroulement narratif par une incarnation visuelle d’une puissance et d’une beauté qu’aucun  spectateur n’aurait pu rêver. La salle applaudit à tout rompre à chaque moment de bravoure, et on finit ému aux larmes, comblé par une conclusion qui prends véritablement le temps de quitter comme il se doit tous ces personnages auquel nous nous sommes tant attachés et qui restent aujourd’hui présents en nous. Le tonnerre d’applaudissements qui se déclenche à la fin du film me confirme que nous avons tous  vécu un immense moment de cinéma, une communion qui nous a permis, à nous les amoureux de cette trilogie qui a changé nos vies, de nous retrouver une nouvelle fois propulsé dans l’univers de Tolkien revisité par Peter Jackson. Il ne nous restait plus qu’à nous diriger, hagards, heureux et courbaturés vers le petit déjeuner que le Festival nous offrait généreusement. Vers 7h30, dehors, une horde silencieuse et bienveillante sortit de la Halle Tony Garnier pour emporter avec elle un petit bout de la Terre du Milieu…

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